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Les zinzins d'Olive-Oued [Moving Pictures - fr]

Электронная книга - «Les zinzins d'Olive-Oued [Moving Pictures - fr]». Краткое содержание книги:

La manivelle tourne…
Et les diablotins se décarcassent dans la boîte à images.
Car un alchimiste d’Ankh-Morpork a découvert la magie des images animées. Une activité fébrile s’empare d’une colline déserte au bord de l’océan : Olive-Oued.

Du friçon ! De l’aventure !
Avec les étoiles
**Victor Marasquino**
et **Delorès de Vyce**
Et avecque mille éléfants !
Une daibauche de passionne et de grands aiscaliers sur fond d’hystoire tumulte-tueuse :
QUAND S’EMPORTE LE VENT D’AUTAN
Après le pestacle, l’Antre à Côtes de Harga vous attend.
Sa cuisine gaz trop gnomique.
Mais les rêves d’Olive-Oued cachent un noir mystère qui menace le Disque-monde.
Il était une fois à Olive-Oued…
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On bâtissait à Olive-Oued les cités du monde.

Ce furent les Alchimistes Affranchis qui lancèrent le mouvement avec une réplique au dixième en bois et toile de la grande pyramide de Tsort. Bientôt jaillirent des terrains vagues des rues entières d’Ankh-Morpork, des palais de Pseudopolis, des châteaux d’Axlande. Dans certains cas, les rues étaient peintes au dos des palais, si bien que seule l’épaisseur d’une toile à sac séparait les princes des paysans.

Victor passa le reste de la matinée à travailler dans un court métrage. C’est tout juste si Ginger lui adressa la parole, même après le baiser de rigueur lorsqu’il l’eut sauvée des griffes de ce que Momo était censé représenter cette fois-ci. Quelle qu’en fût la nature, la magie qu’Olive-Oued exerçait sur eux n’agissait pas aujourd’hui. Il fut ravi de prendre le large.

Il erra ensuite dans les terrains vagues et suivit les épreuves auxquelles on soumettait Lazzi le chien prodige.

Force était de constater, alors que la forme gracieuse volait comme une flèche par-dessus les obstacles et saisissait un dresseur par un bras soigneusement rembourré, qu’il s’agissait là d’un chien pour ainsi dire conçu par dame Nature pour le cinéma. Même ses aboiements étaient photogéniques.

« Et t’sais ce qu’il raconte ? » fit une voix renfrognée à côté de Victor qui reconnut Gaspode, l’image même de la douleur sur des pattes arquées.

« Non. Quoi donc ? demanda Victor.

— “Moi Lazzi. Moi bon chien. Bon chien, Lazzi.” », répondit Gaspode. Ça donne envie de dégueuler, non ?

— Oui, mais tu pourrais sauter une haie d’un mètre quatre-vingts, toi ?

— Parce que tu trouves ça intelligent ? Moi, j’fais toujours le tour… Ils font quoi, là, maintenant ?

— Ils lui donnent son déjeuner, je pense.

— C’est ça qu’ils appellent un déjeuner ? »

Victor regarda Gaspode s’approcher nonchalamment du bol du chien et y plonger le regard. Lazzi lui jeta un coup d’œil en coin. Gaspode aboya doucement. Lazzi gémit. Gaspode aboya une seconde fois.

Suivit un long échange de jappements.

Puis Gaspode revint tout aussi nonchalamment et s’assit aux pieds de Victor. « Vise-moi ça », fit-il.

Lazzi prit le bol dans sa gueule et le retourna.

« Un truc infâme, dit Gaspode. Que des tuyaux et des entrailles. J’donnerais même pas ça à un chien, et je suis un chien.

— Tu lui as fait renverser son propre repas ? fit Victor, horrifié.

— Très obéissant, comme gars, je trouve, répondit Gaspode d’un ton suffisant.

— C’est méchant de faire ça !

— Oh, non. J’lui ai aussi donné des conseils. »

Lazzi aboya d’un ton péremptoire sur les gens qui se rassemblaient autour de lui. Victor les entendit marmonner.

« Chien mange pas son repas, lui parvint la voix de Détritus, chien aura rien d’autre.

— Raconte pas de bêtises. M’sieur Planteur a dit qu’il vaut plus qu’nous !

— P’t-être qu’il a pas l’habitude de manger ce genre de truc. J’veux dire, un chien d’la haute comme lui, tout ça. C’est un peu dégueu, non ?

— C’est d’la viande pour chien ! C’est c’que mangent les chiens, d’habitude !

— Ouais, mais est-ce que c’est d’la viande pour chien prodige ? On leur donne quoi à bouffer, aux chiens prodiges ?

— C’est toi que m’sieur Planteur va lui donner à bouffer, si ça continue.

— D’accord, d’accord. Détritus, tu vas passer chez Borgle. Vois ce qu’il lui reste. Prends pas ce qu’il donne à ses clients, tout d’même.

— C’est justement ça qu’il donne à ses clients.

— C’est bien ce que j’voulais dire. »

Cinq minutes plus tard, Détritus rapporta de son pas traînant environ cinq kilos de viande crue. Il les déposa dans la gamelle du chien. Les dresseurs observaient Lazzi.

Lazzi glissa un coup d’œil vers Gaspode, lequel hocha imperceptiblement la tête.

Le grand chien posa une patte sur une extrémité du steak, prit l’autre dans la gueule et en arracha une portion. Puis il parcourut l’enclos à pas feutrés et laissa respectueusement tomber le morceau devant Gaspode qui le contempla d’un long regard calculateur.

« Ben, j’sais pas, finit-il par dire. Tu trouves que ça fait dix pour cent, toi, Victor ?

— Tu as négocié son repas ? »

La viande étouffait la voix de Gaspode. « J’pense que dix pour cent, c’est très correc’. Très correc’, dans l’cas présent.

— Tu sais, tu es vraiment un chien, fit Victor.

— Et j’en suis fier », répliqua indistinctement Gaspode. Il engloutit ce qu’il restait du steak. « On fait quoi, maintenant ?

— Faut que j’aille me coucher tôt. On part à Ankh demain à l’aube, répondit le jeune homme d’un ton mal assuré.

— T’as toujours pas avancé avec le livre ?

— Non.

— Laisse-moi y jeter un coup d’œil, alors.

— Tu sais lire ?

— Va savoir. Jamais essayé. »

Victor regarda alentour. Personne ne lui prêtait la moindre attention. Comme d’habitude. Dès que les opérateurs s’arrêtaient de tourner, personne ne s’occupait plus des acteurs ; c’était comme s’ils devenaient temporairement invisibles.

Il s’assit sur un tas de bois de charpente, ouvrit le livre au hasard vers le début et soumit la page à l’œil critique de Gaspode.

« Y a plein d’signes dessus », finit par dire le chien.

Victor soupira. « C’est de l’écriture », fit-il.

Gaspode plissa les yeux. « Quoi ? Tous ces petits dessins ?

— L’écriture ancienne, c’était comme ça. On faisait des petits dessins pour représenter des idées.

— Alors… si on retrouve un peu partout le même dessin, ça veut dire que c’est une idée importante ?

— Quoi ? Ben, oui. J’imagine.

— Comme le mort. »

Victor ne suivait plus.

« Le mort sur la plage ?

— Non. Le mort sur les pages. Tu vois ? Partout le mort. »

Victor lui jeta un drôle de regard, puis il retourna le livre de son côté et l’examina.

« Où ça ? Je ne vois pas de morts. »

Gaspode grogna.

« Regarde, sur toute la page, dit-il. Ça ressemble aux tombes qu’on trouve dans les vieux temples et autres machins. Tu sais bien ? On fait la statue du macchabée allongée sur le tombeau, avec les bras croisés et qui tient son épée. Quand un seigneur est mort.

— Bon sang ! Tu as raison ! Ça ressemble bien à… un mort…

— Toutes les écritures, ça doit raconter que c’était un type génial de son vivant, fit Gaspode d’un air entendu. Tu sais, des formules du genre « vainqueur de milliers d’ennemis ». Il a sans doute laissé plein d’argent pour que les prêtres disent des prières, allument des cierges, sacrifient des chèvres, des trucs comme ça. Tu sais, ces types-là, ça court la gueuse, ça boit et ça s’fout de tout jusqu’au jour où ce brave vieux Faucheur se met à aiguiser sa faux ; d’un coup ça devient dévot, et ça s’achète des tas de prêtres pour un brin de toilette de l’âme vite fait bien fait et pour répéter aux dieux quels braves types c’étaient.

— Gaspode ? fit calmement Victor.

— Quoi ?

— Tu es un chien savant. Comment ça se fait que tu connaisses tout ça ?

— J’ai pas seulement la tête bien faite.

— Tu n’as même pas la tête bien faite, Gaspode. »

Le petit chien haussa les épaules. « J’ai toujours eu des yeux et des oreilles, dit-il. C’est pas croyable les trucs qu’on voit et qu’on entend quand on est chien. J’savais pas ce que tout ça voulait dire à l’époque, évidemment. Maintenant, si. »

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