Les zinzins d'Olive-Oued [Moving Pictures - fr]
- Автор: Пратчетт Теренс Дэвид Джон
- Серия: Disque-monde #10
- Год: 1997
- Язык: французский
- Год: Atalante
- ISBN: 2-84172-061-6
- Переводчик: Patrick Couton
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Les zinzins d'Olive-Oued [Moving Pictures - fr]». Краткое содержание книги:
Et les diablotins se décarcassent dans la boîte à images.
Car un alchimiste d’Ankh-Morpork a découvert la magie des images animées. Une activité fébrile s’empare d’une colline déserte au bord de l’océan : Olive-Oued.
Du friçon ! De l’aventure !
Avec les étoiles
**Victor Marasquino**
et **Delorès de Vyce**
Et avecque mille éléfants !
Une daibauche de passionne et de grands aiscaliers sur fond d’hystoire tumulte-tueuse :
QUAND S’EMPORTE LE VENT D’AUTAN
Après le pestacle, l’Antre à Côtes de Harga vous attend.
Sa cuisine gaz trop gnomique.
Mais les rêves d’Olive-Oued cachent un noir mystère qui menace le Disque-monde.
Il était une fois à Olive-Oued…
« Ça oui, bizarre, fit-il. Je pas aussi inculte tu penses, ajouta-t-il. Très à la page, moi. Tu vas voir. »
Les coups de marteau résonnaient partout. Les bâtiments envahissaient les lieux à reculons depuis la rue principale sans nom jusque dans les dunes. Personne ne possédait de terrain à Olive-Oued ; toute surface vierge devenait constructible.
Planteur avait deux bureaux à présent. Un petit où il criait sur les autres, et un plus grand contigu où chacun criait sur tout le monde. Sol criait sur les opérateurs. Les opérateurs criaient sur les alchimistes. Les démons se baladaient sur tous les plans de travail, se noyaient dans les tasses de café et se criaient les uns sur les autres. Deux perroquets verts à l’essai se criaient dessus. Des gens vêtus de bouts de costumes quelconques entraient nonchalamment et se mettaient à crier à la cantonade. Gauledouin criait parce qu’il ne comprenait pas pourquoi on lui avait collé une table de travail dans cette antichambre alors qu’il était le propriétaire du studio.
Gaspode se tenait assis, imperturbable, à la porte du petit bureau. Au cours des cinq dernières minutes, il avait eu droit à un coup de pied distrait, un biscuit pâteux et une caresse sur la tête. Il se disait qu’il avait bien manœuvré, pour un chien.
Il s’efforçait d’écouter toutes les conversations en même temps. C’était extrêmement instructif. Pour commencer, certains des arrivants qui se mettaient à crier apportaient des sacs d’argent…
« Quoi ? »
Le cri sortait du petit bureau. Gaspode dressa l’autre oreille.
« Je… euh… je veux un jour de congé, monsieur Planteur, répéta Victor.
— Un jour de congé ? Tu veux pas travailler ?
— Juste pour la journée, monsieur Planteur.
— Tu t’figures tout de même pas que j’vais m’amuser à payer les gens pour qu’ils prennent des jours de congé, dis ? J’roule pas sur l’or, moi, tu sais. Si encore on faisait des bénéfices. Pointe-moi une arbalète sur la gorge, pendant qu’tu y es. »
Gaspode regarda les sacs devant Sol, lequel totalisait à toute allure des piles de pièces. Il haussa un sourcil incrédule.
Suivit un silence. Oh, non, songea Gaspode. Le jeune crétin oublie son texte.
« Je ne veux pas de paye, monsieur Planteur. »
Gaspode se relâcha.
« Tu veux pas d’paye ?
— Non, monsieur Planteur.
— Mais tu veux un boulot quand tu reviendras, j’imagine ? » railla Planteur.
Gaspode se tendit. Il avait beaucoup fait répéter Victor.
« Ben, j’espère, monsieur Planteur. Mais je pensais aller voir ce que proposent les Alchimistes Affranchis. »
Suivit un bruit exactement comme celui d’une chaise qui s’écrase contre un mur. Gaspode eut un sourire mauvais.
Un autre sac d’argent atterrit devant Sol.
« Les Alchimistes Affranchis !
— On dirait qu’ils sont sur la bonne voie pour les films parlants, monsieur Planteur, fit Victor d’une petite voix.
— Mais c’est des amateurs ! Et des escrocs, en plus ! »
Gaspode fronça les sourcils. Il n’avait pas pu faire répéter Victor au-delà de ce stade.
« Ben, j’aime mieux ça, monsieur Planteur.
— Pourquoi donc ?
— Ben, ce serait terrible si c’étaient des escrocs et des professionnels. »
Gaspode hocha la tête. Joli coup, ça. Joli coup.
Il entendit des pas contourner en hâte un bureau. Lorsque Planteur reprit la parole, on aurait pu lui forer un puits dans la voix et en tirer dix piastres le baril.
« Victor ! Vie ! J’suis pas comme un oncle pour toi ? »
Ben, oui, songea Gaspode. Il est comme un oncle pour la plupart des gens d’ici. Vu que ce sont ses neveux.
Il cessa d’écouter, en partie parce que Victor allait obtenir son jour de congé et sans doute toucher sa paye quand même, mais surtout parce qu’on venait d’introduire un autre chien.
Il était immense et resplendissant. Son poil luisait comme du miel.
Gaspode reconnut un chien de chasse du Bélier pure race. Lorsque le nouveau venu s’assit à côté de lui, ce fut comme si un yacht de course merveilleusement profilé se glissait au mouillage le long d’une barge de charbon.
Il entendit Sol demander : « Alors voilà la dernière trouvaille de mon oncle, hein ? Il s’appelle comment ?
— Lazzi, répondit celui qui tenait l’animal.
— Combien c’était ?
— Soixante piastres.
— Pour un chien ? On devrait changer de boulot.
— Il sait faire toutes sortes de tours, d’après l’éleveur. Gai comme un pinson, il a dit. Exactement ce que cherche monsieur Planteur.
— Bon, attache-le là. Et l’autre clebs, s’il veut se battre avec lui, tu le flanques dehors d’un bon coup de pied au derrière. »
Gaspode posa sur Sol un long regard insistant et pensif. Puis, dès qu’on ne leur prêta plus attention, il se rapprocha en crabe du nouvel arrivant, le toisa et lui parla tout bas du coin des babines.
« T’es là pour quoi ? » demanda-t-il.
Le chien posa sur lui un regard d’incompréhension élégante.
« Enfin, t’as un maître ou quoi ? » demanda Gaspode.
Le chien gémit doucement.
Gaspode essaya le canin fondamental, combinaison de gémissements et de reniflements.
« Salut ? hasarda-t-il. Y a quelqu’un là-dedans ? »
La queue du chien donna par terre des coups hésitants.
« La bouffe, ici, elle est vachement dégueulasse », poursuivit Gaspode.
Le chien leva son museau de haute lignée.
« On est où, iti ? demanda-t-il.
— On est à Olive-Oued, répondit Gaspode sur le ton de la conversation. Je m’appelle Gaspode. À cause du célèbre Gaspode, tu sais. Si t’as besoin d’un tuyau, t’as qu’à…
— Beaucoup de bipèdes, iti. T’est… Où on est ? »
Gaspode le regarda, les yeux écarquillés.
À cet instant, la porte de Planteur s’ouvrit. Victor sortit de l’autre bureau en toussant au bout d’un cigare.
« Parfait, parfait, fit Planteur sur ses talons. J’savais qu’on pouvait s’arranger. Le gâche pas, mon gars, le gâche pas. Ils me coûtent une piastre la boîte. Oh, t’as amené ton p’tit toutou, je vois.
— Ouah », cracha Gaspode avec humeur.
L’autre chien poussa un petit jappement et s’assit ; chacun de ses poils irradiait l’attention et l’obéissance.
« Ah, fit Planteur, et j’vois aussi qu’on a notre chien prodige. »
Ce qui tenait lieu de queue à Gaspode s’agita une fois ou deux.
La vérité se fit alors jour en lui.
Il fusilla du regard son grand voisin, ouvrit la gueule pour parler, se ressaisit juste à temps et réussit à lâcher un « aboie ? » à la place.
« L’idée m’est venue l’autre soir, quand j’ai vu ton chien, fit Planteur. Je m’suis dit, les gens aiment bien les chiens. Moi, j’les aime bien. Une bonne image, le chien. Sauve des vies, meilleur ami de l’homme, tout ça. »
Victor surprit l’expression furieuse de Gaspode.
« Gaspode est très intelligent, dit-il.
— Oh, c’est c’que tu penses, j’imagine, dit Planteur. Mais il suffit d’les regarder tous les deux. D’un côté, ce bel animal, vif, éveillé, et de l’autre cette boule de poussière avec une gueule de bois. J’veux dire, la question s’pose pas, j’ai pas raison ? »
Le chien prodige poussa un autre jappement bref.
« On est où, iti ? Bon chien, Lazzi ! »
Gaspode roula des yeux.
« Tu vois ce que j’te disais ? fit Planteur. Un nom qui en jette, un peu de travail, et une étoile est née. » Il gratifia Victor d’une claque dans le dos. « Ça m’a fait plaisir de t’voir, ça m’a fait plaisir de t’voir, repasse quand tu veux, mais pas trop souvent tout d’même, faut qu’on s’fasse une bouffe un d’ces quatre, maintenant file. Sol !
— J’arrive, mon oncle. »
Victor se retrouva soudain seul, en dehors des chiens et de la salle pleine de monde. Il se retira le cigare de la bouche, cracha sur le bout rougeoyant et le dissimula soigneusement derrière une plante en pot.
« Une étoile est mise bas, fit une petite voix méprisante au ras du sol.
— Qu’ette qu’il dit ? On est où, iti ?
— Ne me regarde pas, fit Victor. Je n’ai rien à voir là-dedans.
— Vise-moi un peu ça ! Ma parole, on est à Crétinville, ici, ou quoi ? ricana Gaspode.
— Bon chien, Lazzi.
— Viens, dit Victor. Faut que je sois sur le plateau dans cinq minutes. »
Gaspode se traîna à sa suite en soufflant une haleine épouvantable et en marmonnant à voix basse. Victor saisit quelques mots ici et là : « vieille carpette », « meilleur ami de l’homme » et « putain de chien prodige à la con ». Finalement, il n’y tint plus.
« Tu es jaloux, voilà, dit-il.
— Quoi, d’un chiot grandi trop vite avec un QI à un seul chiffre ? se moqua Gaspode.
— Et aussi le poil luisant, la truffe froide et sans doute un pedigree long comme ton br… comme mon bras.
— Un pedigree ? Un pedigree ? C’est quoi, un pedigree ? C’est que de l’élevage. J’ai eu un père, moi aussi, tu sais. Et deux grands-pères. Et quatre arrière-grands-pères. Et la plupart du temps, c’était le même chien. Alors, viens pas m’parler de pedigree. »
Il s’arrêta pour lever la patte contre un des poteaux de la nouvelle enseigne du siège des « Films du siècle de la Roussette ».
Encore un détail qui avait intrigué Thomas Gauledouin. Il était arrivé ce matin-là, et l’enseigne peinte à la main qui annonçait « Films Passionnants et Instructifs » avait disparu, remplacée par cet immense panneau. Assis à son bureau dans la grande salle, la tête dans les mains, il essayait de se convaincre que l’idée venait de lui.
« C’est moi qu’Olive-Oued a appelé, marmonna Gaspode en s’apitoyant sur lui-même. J’ai fait tout le chemin jusqu’ici, et voilà qu’ils choisissent ce grand machin plein de poils. Le comble, c’est qu’il va sûrement bosser pour une gamelle de viande par jour.
— Ben, écoute, Olive-Oued ne t’a peut-être pas appelé pour que tu fasses le chien prodige, dit Victor. Il avait peut-être un autre projet en tête pour toi. »
C’est ridicule, songea-t-il. Pourquoi est-ce qu’on discute comme ça ? Une ville n’a pas de tête. Elle ne peut pas appeler les gens… Enfin, sauf si on a le mal du pays, des choses comme ça. Mais on n’éprouve pas ce mal-là pour un pays où on n’a encore jamais mis les pieds, ça tombe sous le sens. La dernière fois qu’on a habité le coin, ça doit remonter à des milliers d’années.
Gaspode flaira un mur.
« T’as répété à Planteur tout ce que je t’ai dit ? demanda-t-il.
— Oui. Ça l’a drôlement embêté quand j’ai parlé d’aller aux Alchimistes Affranchis. »
Gaspode ricana.
« Et tu lui as répété ce que je t’ai dit, qu’un contrat verbal vaut pas l’papier sur lequel il est écrit ?
— Oui. Il m’a répondu qu’il ne voyait pas ce que j’entendais par là. Mais il m’a donné un cigare. Et il a dit qu’il paierait pour que Ginger et moi, on fasse bientôt le voyage d’Ankh-Morpork. Il a aussi un projet pour un vraiment grand film.
— C’est quoi ? fit Gaspode avec méfiance.
— Il ne l’a pas dit.
— Écoute, mon gars. Planteur se fait une fortune. J’ai compté. Y avait cinq mille deux cent soixante-treize piastres et cinquante-deux sous sur le bureau d’Sol. Et c’est toi qui les as gagnées. Enfin, toi et Ginger.
— Bon sang !
— Maintenant, j’voudrais que t’apprennes quelques mots nouveaux. Tu t’sens capable ?
— J’espère.
— Pour-cent-age sur le brut, dit Gaspode. Voilà. Tu crois pouvoir te souvenir de ça ?
— Pour-cent-age sur le brut, répéta Victor.
— Bien, mon gars.
— Et c’est quoi ?
— T’inquiète pas pour ça. Contente-toi de dire que c’est ça qu’tu veux, voilà. Au bon moment.
— Et il sera bon quand, le moment, dis ? » demanda Victor.
Gaspode eut un sourire mauvais. « Oh, d’après moi, le mieux, ce sera quand Planteur aura la bouche pleine. »