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Les zinzins d'Olive-Oued [Moving Pictures - fr]

Электронная книга - «Les zinzins d'Olive-Oued [Moving Pictures - fr]». Краткое содержание книги:

La manivelle tourne…
Et les diablotins se décarcassent dans la boîte à images.
Car un alchimiste d’Ankh-Morpork a découvert la magie des images animées. Une activité fébrile s’empare d’une colline déserte au bord de l’océan : Olive-Oued.

Du friçon ! De l’aventure !
Avec les étoiles
**Victor Marasquino**
et **Delorès de Vyce**
Et avecque mille éléfants !
Une daibauche de passionne et de grands aiscaliers sur fond d’hystoire tumulte-tueuse :
QUAND S’EMPORTE LE VENT D’AUTAN
Après le pestacle, l’Antre à Côtes de Harga vous attend.
Sa cuisine gaz trop gnomique.
Mais les rêves d’Olive-Oued cachent un noir mystère qui menace le Disque-monde.
Il était une fois à Olive-Oued…
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C’était sans doute vrai, ça aussi.

Il suffisait, disait toujours la légende, d’ouvrir le Nécrotélicomnicon pour que la chair se détache de la main de l’imprudent et lui remonte le long du bras.

Personne ne savait si ce dernier détail était vrai, mais il avait l’air assez horrible pour qu’on n’en doute pas, et personne ne comptait le vérifier.

La légende avait en fait beaucoup à dire sur le Nécrotélicomnicon, mais rien sur les orangs-outans, lesquels pouvaient bien déchirer le livre en petits morceaux et le mâcher, la légende s’en moquait. Après l’avoir regardé, le bibliothécaire n’avait rien subi de plus grave qu’une vague migraine et un soupçon d’eczéma, mais ce n’était pas une raison pour prendre des risques. Il positionna le verre fumé de la visière et fit descendre un doigt de cuir noir le long de la table alphabétique ; les mots se rebiffèrent au passage et cherchèrent à le mordre.

De temps en temps il levait le bout de film à la lumière tremblotante de la torche.

Le vent et le sable les avait estompées, mais on devinait bel et bien des sculptures dans la roche. Et le bibliothécaire avait déjà vu ce genre de motifs.

Il trouva la référence qu’il cherchait et, après une courte lutte durant laquelle il dut menacer le Nécrotélicomnicon avec la torche, il força le livre à tourner la page.

Il regarda de plus près.

Ce bon vieux Achmed le J’ai-juste-des-maux-de-tête…

…et sur cette colline, dit-on, fut descouverte une porte vers le Monde Extérieur, et les habitants de la cité observèrent ce qu’on y voyait, ignorant que l’espouvante se tapissait entre les univers…

Le doigt du bibliothécaire revint de la droite vers la gauche et sauta au paragraphe suivant.

… car d’Autres trouvèrent la Porte d’Olive-Oued et s’abattirent sur le monde ; en une seule nuit toutes espèces de folies survinrent, le chaos régna, la cité sombra dans la mer et ne fit plus qu’un avecque les poissons et les homards, exceptés les rares chanceux qui prirent la fuite…

L’anthropoïde retroussa une lèvre et lut plus bas sur la page.

… un guerrier d’or qui repoussa l’ennemi, sauva le monde et dit : « Là où se tient la porte, je me tiens aussi ; je suis celui qui est né d’Olive-Oued afin de protéger l’Idée Folle. » Alors ils demandèrent : « Que devons-nous faire pour détruire la Porte à jamais ? » Et il leur fut respondu : « Cela vous ne le pouvez, car ce n’est pas une chose qui se détruit, mais je garderai la Porte pour vous. » Et eux, qui n’étaient pas nés de la veille et qui craignaient le remesde davantage que la maladie, lui demandèrent : « Qu’allez-vous exiger de nous pour garder la Porte ? » Alors il se mit à grandir jusqu’à atteindre la taille d’un arbre et leur respondit : « Seulement votre mémoire, afin que je ne dorme pas. Trois fois par jour vous vous souviendrez d’Olive-Oued. Sinon les cités du monde trembleront et s’écrouleront, et vous verrez la plus grande desvorée par les flammes. » Et là-dessus l’homme d’or prit son épée dorée, se rendit à la colline et se tint à la porte pour toujours.

Et les gens se dirent alors : C’est drôle, il ressemble beaucoup à mon onscle Osbert…

Le bibliothécaire tourna la page.

… mais il y avait parmi eux, aussi bien chez les hommes que les animaux, ceux que la magie d’Olive-Oued avait touchés. Elle se perpestue de génération en génération comme une antique malesdiction, jusqu’à ce que les prêtres cessent de se souvenir et que l’homme d’or plonge dans le sommeil. Le monde alors devra prendre garde…

Le bibliothécaire laissa le livre se refermer dans un claquement.

Cette légende n’avait rien d’extraordinaire. Il l’avait déjà lue – du moins en majeure partie – dans d’autres livres autrement moins dangereux que celui-ci. On en rencontrait des variantes dans toutes les villes de la plaine de Sto. Il avait autrefois existé une cité, dans les brumes de la préhistoire, plus grande qu’Ankh-Morpork si possible. Et les habitants avaient commis quelque chose, une sorte de crime innommable non seulement contre l’humanité ou les dieux mais contre la nature même de l’univers, un crime si abominable que la ville s’était engloutie sous les flots par une nuit de tempête. Seuls quelques rescapés avaient survécu pour transmettre aux peuples barbares des régions les moins avancées du Disque les techniques artisanales de la civilisation, tels que le taux usuraire et le macramé.

Personne ne l’avait vraiment prise au sérieux, cette légende. Ce n’était rien de plus qu’un de ces mythes classiques du genre « Arrête ou tu deviendras sourd » que les civilisations s’ingénient à léguer à leurs descendants. Après tout, on tenait Ankh-Morpork elle-même pour la ville la plus dépravée qu’un marin puisse espérer trouver en un an d’escales à terre, et elle avait échappé à toute espèce de vengeance surnaturelle, quoiqu’il fût néanmoins possible que ladite vengeance se soit exercée sans que personne ne la remarque.

La légende avait toujours situé la ville qu’elle évoquait dans une région et un temps aussi reculés l’une que l’autre.

Nul ne savait où elle se trouvait, ni même si elle avait existé.

Le bibliothécaire contempla encore les symboles, l’œil mauvais.

Des symboles très familiers. Ils figuraient partout sur les anciennes ruines d’Olive-Oued.

Debout sur une colline basse, Azhural regardait la marée d’éléphants avancer sous lui. Ici et là un chariot dansait entre les corps gris cendré comme un bateau à la dérive. À force de malaxage, deux kilomètres de veld se transformaient en mare bourbeuse, dépourvue de toute herbe – mais à en juger par l’odeur ce serait la région la plus verte du Disque après les pluies.

Il se tamponna les yeux avec un coin de sa robe.

Trois cent soixante-trois ! Qui aurait cru ça !

L’air ne désemplissait pas des barrissements irrités de trois cent soixante-trois éléphants. Et vu toutes les équipes de chasseurs et de piégeurs qui les précédaient, il y en aurait bientôt beaucoup plus. S’il fallait en croire M’Bu, en tout cas. Et il n’allait pas discuter avec lui.

Marrant, ça. Pendant des années, Azhural avait tenu M’Bu pour une espèce de sourire ambulant. Un gamin adroit avec une brosse et une pelle, mais loin de ce qu’on pourrait appeler une lumière.

Et soudain, voilà que quelqu’un, quelque part, voulait mille éléphants ; le gamin avait levé la tête, une lueur lui était apparue dans l’œil, et Azhural avait littéralement reconnu derrière ce grand sourire un kilopachydermatoliste de talent prêt à honorer la commande. Marrant. On pouvait connaître quelqu’un depuis toujours sans s’apercevoir que les dieux l’avaient mis sur cette terre pour déplacer un millier d’éléphants.

Azhural n’avait pas de fils. Il avait déjà décidé de tout laisser à son assistant. Tout ce qu’il possédait à ce jour se montait à trois cent soixante-trois éléphants et… ha ha ha, un découvert éléphantesque, mais c’était l’intention qui comptait.

M’Bu remonta le sentier au petit trot pour le rejoindre, son écritoire à pince solidement coincée sous le bras.

« Tout est prêt, patron, fit-il. Z’avez plus qu’un mot à dire. »

Azhural se redressa. Il contempla autour de lui la plaine ondoyante, les baobabs dans le lointain, les montagnes violettes. Ah, oui. Les montagnes. Il s’était inquiété à propos des montagnes. Il en avait parlé à M’Bu qui avait répondu : « On franchira les ponts quand on arrivera d’sus, patron. » Et lorsqu’Azurhal avait fait remarquer que des ponts, il n’y en avait pas, le gamin l’avait regardé droit dans les yeux et déclaré tout net : « D’abord, on les construit, les ponts, et après on les passe. »

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