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Les zinzins d'Olive-Oued [Moving Pictures - fr]

Электронная книга - «Les zinzins d'Olive-Oued [Moving Pictures - fr]». Краткое содержание книги:

La manivelle tourne…
Et les diablotins se décarcassent dans la boîte à images.
Car un alchimiste d’Ankh-Morpork a découvert la magie des images animées. Une activité fébrile s’empare d’une colline déserte au bord de l’océan : Olive-Oued.

Du friçon ! De l’aventure !
Avec les étoiles
**Victor Marasquino**
et **Delorès de Vyce**
Et avecque mille éléfants !
Une daibauche de passionne et de grands aiscaliers sur fond d’hystoire tumulte-tueuse :
QUAND S’EMPORTE LE VENT D’AUTAN
Après le pestacle, l’Antre à Côtes de Harga vous attend.
Sa cuisine gaz trop gnomique.
Mais les rêves d’Olive-Oued cachent un noir mystère qui menace le Disque-monde.
Il était une fois à Olive-Oued…
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« C’est idiot de s’escrimer là-dessus par une chaleur pareille », commenta distraitement Victor. Son regard alla de l’entrée à la mer, puis tomba sur Gaspode.

Lazzi gravit tant bien que mal le sable et aboya, surexcité, en direction de l’ouverture étroite entre les battants.

« Pourquoi il fait ça ? demanda Victor qui sentait soudain la peur le gagner. Il a les poils tout hérissés. Tu crois que c’est un de ces mystérieux pressentiments qu’ont les animaux en présence du mal, dis ?

— Je crois que c’est un con, répliqua Gaspode. Lazzi, la ferme ! »

Un jappement lui répondit. Lazzi recula de la porte, perdit l’équilibre sur le sable mouvant et dégringola au bas de la pente. Il se remit sur ses pattes d’un bond et reprit ses aboiements ; pas ses aboiements habituels de chien idiot, cette fois, mais dans le plus pur style du chien qui invective un chat grimpé dans un arbre.

Victor se pencha et toucha la porte. Elle était froide malgré la canicule perpétuelle d’Olive-Oued, et comme animée d’une très légère vibration. Il fit courir ses doigts sur la surface. Il y sentit des inégalités, comme si elle s’était ornée d’une sculpture que le temps avait érodée et renvoyée dans les ténèbres.

« Une porte comme ça… fit Gaspode derrière lui, une porte comme ça, si tu veux mon avis… une porte comme ça… une porte comme ça… (il prit une profonde inspiration) ça augure.

— Hmm ? Quoi ? Ça augure quoi ?

— Pas besoin qu’ça augure quelque chose. En soi, l’augureté, c’est jamais bon, tu peux m’croire.

— Ça devait être important. Ça fait un peu temple, dit Victor. Pourquoi elle voulait l’ouvrir ?

— Des morceaux de falaise qui glissent et des portes mystérieuses qui apparaissent, fit Gaspode en secouant la tête. C’est du gros augure, ça. On va s’tirer ailleurs, loin d’ici, et réfléchir à tout ça, hein ? »

Ginger laissa échapper un gémissement. Victor s’accroupit.

« Qu’est-ce qu’elle a dit ?

— J’sais pas, fit Gaspode.

— On aurait dit : “Je veux être saule.” Non ?

— C’est idiot. L’est restée trop longtemps au soleil, m’est avis, répliqua Gaspode d’un air entendu.

— Tu as peut-être raison. C’est vrai qu’elle a la tête drôlement brûlante. » Il la souleva et tituba un peu sous le poids.

« Viens, dit-il enfin. On va descendre en ville. Il va bientôt faire noir. » Il regarda les arbres rachitiques autour de lui. La porte se dressait dans une espèce de creux, lequel devait capter assez de rosée pour que la végétation locale se dessèche légèrement moins qu’ailleurs.

« Tu sais, je connais déjà ce coin, j’ai l’impression, dit Victor. C’est là qu’on a tourné notre premier film. C’est là qu’on s’est vus pour la première fois.

— Très romantique, commenta froidement Gaspode en se dépêchant de partir tandis que Lazzi faisait des bonds joyeux autour de lui. Si un truc horrible sort de là-dedans, vous pourrez vous dire que c’est votre monstre à vous, le souvenir de votre rencontre.

— Hé ! Attends-moi !

— Grouille-toi, alors.

— Pourquoi elle voudrait être un saule, dis ?

— J’en sais foutre rien… »

Après leur départ, le silence reflua dans la dépression.

Un peu plus tard, le soleil se coucha. Sa lumière rasante éclaira la porte et les vagues inégalités de surface devinrent un relief en creux. Avec de l’imagination, on aurait pu reconnaître une silhouette humaine.

Avec une épée.

De tout petits bruits reprirent à mesure que le sable, grain à grain, dévalait la pente depuis le battant de la porte. À minuit, elle s’était ouverte au moins de quinze millimètres.

Olive-Oued rêvait.

Rêvait de se réveiller.

Rubis couvrit les feux sous les cuves, rangea les bancs sur les tables et se prépara à fermer le Lias Bleu. Mais, juste avant de souffler la dernière lampe, elle hésita devant le miroir.

Cette nuit encore il serait à l’attendre dehors. Comme toutes les nuits. Ce soir, il avait assisté au spectacle, elle l’avait vu qui souriait tout seul. Il mijotait quelque chose.

Rubis avait pris conseil auprès de plusieurs filles qui travaillaient dans le cinéma, et en plus de son boa de plumes elle avait désormais investi dans un chapeau à large bord décoré d’une espèce d’ougraah, on appelait ça des cerises, paraissait-il. On lui avait garanti un effet renversant.

Le seul ennui, elle devait le reconnaître, c’est qu’il était, pourrait-on dire, trollement bien foutu. Depuis des millions d’années les femmes trolls se sentaient naturellement attirées par les mâles bâtis comme des monolithes avec une pomme posée au sommet. Les instincts perfides de Rubis la bombardaient de messages qui lui remontaient la moelle épinière et lui soufflaient insidieusement que dans ces longs crocs et ces jambes torses une fille trouverait tout ce qu’elle pouvait souhaiter chez un compagnon.

Des trolls comme Roc ou Momo, évidemment, beaucoup plus modernes, savaient par exemple se servir d’un couteau et d’une fourchette, mais Détritus avait un côté, disons, rassurant. Peut-être à cause de la façon énergique dont ses phalanges touchaient le sol. Par ailleurs, elle ne doutait pas d’être plus futée que lui. Il donnait l’impression d’une espèce de force lourdaude irrésistible qui la fascinait. C’était à nouveau son instinct qui parlait – l’intelligence n’a jamais été un trait dominant de survie chez les trolls.

Et elle devait bien avouer qu’elle aurait beau s’attifer de boas de plumes et de beaux chapeaux, elle accusait cent quarante ans bien sonnés et dépassait de cent quatre-vingts kilos le poids en vogue.

Si seulement il pouvait se remuer un peu.

Se remuer n’importe quoi, même pas grand-chose.

Ça vaudrait peut-être le coup d’essayer ce maquillage dont lui avaient parlé les filles.

Elle soupira, souffla la lampe, ouvrit la porte et sortit dans un labyrinthe de racines.

Un arbre gigantesque s’étendait sur toute la longueur de la ruelle. Il avait fallu le remorquer sur des kilomètres. Les rares branches survivantes entraient par les fenêtres ou s’agitaient tristement en l’air.

Au beau milieu se dressait Détritus, fièrement perché sur le tronc, la figure fendue d’un sourire jusqu’aux deux oreilles, les bras grands ouverts.

« You-hou ! » lança-t-il.

Rubis poussa un soupir éléphantesque. Ça n’était pas facile, l’amour, quand on était troll.

Le bibliothécaire força la page à s’ouvrir et l’enchaîna. Le livre essaya de le mordre.

Son contenu l’avait rendu ce qu’il était. Malfaisant et perfide.

Il renfermait des connaissances interdites.

Enfin, pas vraiment interdites. Personne n’était allé jusqu’à les interdire. Pour les interdire, il aurait déjà fallu savoir de quoi il retournait, et ça, c’était interdit. Mais il renfermait assurément des connaissances dans lesquelles on regrettait, après coup, d’avoir mis le nez[19].

Tout homme mortel, disait la légende, qui lisait plus de quelques lignes de l’exemplaire original mourait fou.

C’était sûrement vrai.

L’ouvrage, disait encore la légende, contenait des illustrations dont la vue faisait s’écouler par les oreilles le cerveau de l’homme le plus solide.

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19

Le Nécrotélicomnicon est l’œuvre d’un nécromancien klatchien du nom d’Achmed le Fou, mais qui préférait se faire appeler Achmed le J’ai-juste-des-maux-de-tête. On prétendait qu’il l’avait écrit le lendemain d’un jour où il avait trop bu de ce café klatchien aussi étrange qu’épais qui non seulement dégrise mais renvoie dans un état de l’autre côté de la sobriété, si bien qu’on entrevoit l’univers réel par-delà les nuages de l’aveuglement douillet que la vie a généralement la sagesse de générer autour d’elle afin d’éviter de finir en gâteau aux noix. On ignore presque tout de lui avant cet événement car la page intitulée «À propos de l’auteur» s’est consumée spontanément peu de temps après sa mort. Cependant, celle intitulée «Du même auteur» indique que son œuvre précédente publiée s’intitulait le Livre des histoires drôles sur les chats, d’Achmed le J’ai-juste-des-maux-de-tête, ce qui peut expliquer bien des choses.

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