Les zinzins d'Olive-Oued [Moving Pictures - fr]
- Автор: Пратчетт Теренс Дэвид Джон
- Серия: Disque-monde #10
- Год: 1997
- Язык: французский
- Год: Atalante
- ISBN: 2-84172-061-6
- Переводчик: Patrick Couton
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Les zinzins d'Olive-Oued [Moving Pictures - fr]». Краткое содержание книги:
Et les diablotins se décarcassent dans la boîte à images.
Car un alchimiste d’Ankh-Morpork a découvert la magie des images animées. Une activité fébrile s’empare d’une colline déserte au bord de l’océan : Olive-Oued.
Du friçon ! De l’aventure !
Avec les étoiles
**Victor Marasquino**
et **Delorès de Vyce**
Et avecque mille éléfants !
Une daibauche de passionne et de grands aiscaliers sur fond d’hystoire tumulte-tueuse :
QUAND S’EMPORTE LE VENT D’AUTAN
Après le pestacle, l’Antre à Côtes de Harga vous attend.
Sa cuisine gaz trop gnomique.
Mais les rêves d’Olive-Oued cachent un noir mystère qui menace le Disque-monde.
Il était une fois à Olive-Oued…
« On est où, iti ? Bon chien, Lazzi ! »
Gaspode roula des yeux.
« Tu vois ce que j’te disais ? fit Planteur. Un nom qui en jette, un peu de travail, et une étoile est née. » Il gratifia Victor d’une claque dans le dos. « Ça m’a fait plaisir de t’voir, ça m’a fait plaisir de t’voir, repasse quand tu veux, mais pas trop souvent tout d’même, faut qu’on s’fasse une bouffe un d’ces quatre, maintenant file. Sol !
— J’arrive, mon oncle. »
Victor se retrouva soudain seul, en dehors des chiens et de la salle pleine de monde. Il se retira le cigare de la bouche, cracha sur le bout rougeoyant et le dissimula soigneusement derrière une plante en pot.
« Une étoile est mise bas, fit une petite voix méprisante au ras du sol.
— Qu’ette qu’il dit ? On est où, iti ?
— Ne me regarde pas, fit Victor. Je n’ai rien à voir là-dedans.
— Vise-moi un peu ça ! Ma parole, on est à Crétinville, ici, ou quoi ? ricana Gaspode.
— Bon chien, Lazzi.
— Viens, dit Victor. Faut que je sois sur le plateau dans cinq minutes. »
Gaspode se traîna à sa suite en soufflant une haleine épouvantable et en marmonnant à voix basse. Victor saisit quelques mots ici et là : « vieille carpette », « meilleur ami de l’homme » et « putain de chien prodige à la con ». Finalement, il n’y tint plus.
« Tu es jaloux, voilà, dit-il.
— Quoi, d’un chiot grandi trop vite avec un QI à un seul chiffre ? se moqua Gaspode.
— Et aussi le poil luisant, la truffe froide et sans doute un pedigree long comme ton br… comme mon bras.
— Un pedigree ? Un pedigree ? C’est quoi, un pedigree ? C’est que de l’élevage. J’ai eu un père, moi aussi, tu sais. Et deux grands-pères. Et quatre arrière-grands-pères. Et la plupart du temps, c’était le même chien. Alors, viens pas m’parler de pedigree. »
Il s’arrêta pour lever la patte contre un des poteaux de la nouvelle enseigne du siège des « Films du siècle de la Roussette ».
Encore un détail qui avait intrigué Thomas Gauledouin. Il était arrivé ce matin-là, et l’enseigne peinte à la main qui annonçait « Films Passionnants et Instructifs » avait disparu, remplacée par cet immense panneau. Assis à son bureau dans la grande salle, la tête dans les mains, il essayait de se convaincre que l’idée venait de lui.
« C’est moi qu’Olive-Oued a appelé, marmonna Gaspode en s’apitoyant sur lui-même. J’ai fait tout le chemin jusqu’ici, et voilà qu’ils choisissent ce grand machin plein de poils. Le comble, c’est qu’il va sûrement bosser pour une gamelle de viande par jour.
— Ben, écoute, Olive-Oued ne t’a peut-être pas appelé pour que tu fasses le chien prodige, dit Victor. Il avait peut-être un autre projet en tête pour toi. »
C’est ridicule, songea-t-il. Pourquoi est-ce qu’on discute comme ça ? Une ville n’a pas de tête. Elle ne peut pas appeler les gens… Enfin, sauf si on a le mal du pays, des choses comme ça. Mais on n’éprouve pas ce mal-là pour un pays où on n’a encore jamais mis les pieds, ça tombe sous le sens. La dernière fois qu’on a habité le coin, ça doit remonter à des milliers d’années.
Gaspode flaira un mur.
« T’as répété à Planteur tout ce que je t’ai dit ? demanda-t-il.
— Oui. Ça l’a drôlement embêté quand j’ai parlé d’aller aux Alchimistes Affranchis. »
Gaspode ricana.
« Et tu lui as répété ce que je t’ai dit, qu’un contrat verbal vaut pas l’papier sur lequel il est écrit ?
— Oui. Il m’a répondu qu’il ne voyait pas ce que j’entendais par là. Mais il m’a donné un cigare. Et il a dit qu’il paierait pour que Ginger et moi, on fasse bientôt le voyage d’Ankh-Morpork. Il a aussi un projet pour un vraiment grand film.
— C’est quoi ? fit Gaspode avec méfiance.
— Il ne l’a pas dit.
— Écoute, mon gars. Planteur se fait une fortune. J’ai compté. Y avait cinq mille deux cent soixante-treize piastres et cinquante-deux sous sur le bureau d’Sol. Et c’est toi qui les as gagnées. Enfin, toi et Ginger.
— Bon sang !
— Maintenant, j’voudrais que t’apprennes quelques mots nouveaux. Tu t’sens capable ?
— J’espère.
— Pour-cent-age sur le brut, dit Gaspode. Voilà. Tu crois pouvoir te souvenir de ça ?
— Pour-cent-age sur le brut, répéta Victor.
— Bien, mon gars.
— Et c’est quoi ?
— T’inquiète pas pour ça. Contente-toi de dire que c’est ça qu’tu veux, voilà. Au bon moment.
— Et il sera bon quand, le moment, dis ? » demanda Victor.
Gaspode eut un sourire mauvais. « Oh, d’après moi, le mieux, ce sera quand Planteur aura la bouche pleine. »
La colline d’Olive-Oued s’activait comme une fourmilière. Côté mer, les Studios Sapinoued tournaient le Troisième Gnome. Les Films du Microlithe, compagnie presque entièrement dirigée par des nains, travaillaient d’arrache-pied sur les Chercheurs d’ore de 1457, que suivrait la Ruée vers Tore. Quant aux Films de la Vessie flottante, ils trimaient sur Cuisses de dinde. Et Borgle faisait le plein.
« J’sais pas comment ça s’appelle, mais on en tourne un sur un magicien qu’il faut aller voir. Pour ça, faut suivre une crotte de bique jaune, expliqua un homme à moitié vêtu d’une peau de lion à un compagnon dans la queue.
— On voulait ni magiciens ni mages à Olive-Oued, moi j’croyais.
— Oh, celui-là, ça va. L’est pas très bon en magie.
— C’est pas une nouveauté ! »
Le son ! C’était ça, le problème. Dans tout Olive-Oued, les alchimistes s’échinaient dans des hangars, criaient sur des perroquets, suppliaient des mainates, fabriquaient des bouteilles tarabiscotées pour piéger le son et le faire rebondir dans tous les sens sans dommage jusqu’au moment de le libérer. Aux déflagrations sporadiques de l’octocellulose s’ajoutaient parfois des sanglots d’épuisement et des cris de douleur atroce lorsqu’un perroquet enragé prenait un pouce imprudent pour une noix.
Les perroquets ne donnaient pas les résultats escomptés. Bien sûr, ils se rappelaient ce qu’on leur disait et ils le répétaient tant bien que mal, mais on n’arrivait pas à les faire taire et ils avaient pour habitude d’improviser à partir de tout ce qu’ils avaient entendu d’autre ou, soupçonnait Planteur, de ce que des opérateurs malveillants leur avaient appris. Ainsi, des bouts de dialogues romantiques s’émaillaient de cris du genre : « Crrrooo ! Faisvoirtaculoootte ! » Et Planteur affirmait qu’il ne comptait pas tourner ce type de film, du moins pour l’instant.
Le son ! Le premier qui trouverait le procédé serait maître d’Olive-Oued, disait-on. Les spectateurs venaient en masse voir des films à présent, mais le spectateur est volage. La couleur, c’était différent. Pour la couleur, il suffisait d’élever des démons capables de peindre assez vite. Le son, ça, c’était du neuf.
En attendant, on se rabattait sur des solutions provisoires. Le studio des nains avait banni le système classique des dialogues écrits sur des cartons glissés entre les scènes et avait inventé les sous-titres, lesquels fonctionnaient bien dès lors que les acteurs se souvenaient de ne pas trop s’avancer et de ne pas renverser les lettres.
Mais si le son manquait, il fallait remplir l’écran d’un bord à l’autre pour en mettre plein la vue. Les coups de marteaux, bruit de fond habituel à Olive-Oued, redoublèrent désormais…