Les monades urbaines [The World Inside - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1974
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- Переводчик: Michel Rivelin
- Жанр: Социально-философская фантастика
Электронная книга - «Les monades urbaines [The World Inside - fr]». Краткое содержание книги:
La Terre porte 70 milliards d’êtres humains, dont la devise est : Croissez et multipliez.
70 milliards d’humains qui croient avoir atteint l’utopie.
Qui vivent dans des tours de mille étages, les monades urbaines.
Qui jouissent d’une totale liberté sexuelle.
Qui ne quittent jamais leurs villes verticales et qui explorent rarement un autre étage que le leur.
Le bonheur règne sur Terre.
Qui en doute est malade. Qui est malade est soigné.
Qui est incurable est exécuté.
Dieu soit loué !
Il se met à hurler. Il prononce son nom, appelle Micaela. Stacion, ses enfants.
— Je suis un citoyen d’Edimbourg ! crie-t-il. De Monade Urbaine 116 ! 704e étage !
Le son de sa voix flotte autour de lui avant de s’éloigner vers les nuages ouatés. Comme le ciel est devenu beau ; or, bleu et blanc.
Soudain, un vrombissement. Il s’approche – vient-il du nord ? – et augmente d’intensité. Strident, grondant, rauque. Ses cris ont-ils alerté quelque monstre ? Il protège ses yeux pour scruter le ciel. Le voilà : un long tube noir glissant doucement vers lui à une hauteur de, oh, cent mètres maximum. Micael se jette sur le sol et rampe parmi les rangées de choux, ou de navets, ou de n’importe quoi. Sur les flancs de la machine noire pendent une douzaine de petits tuyaux vaporisant une pluie dense et verdâtre. Micael a deviné. C’est certainement une épandeuse, pulvérisant un poison pour tuer les insectes et toutes sortes de vermines. Quel peut être l’effet sur l’homme ? Il se tasse sur lui-même, les genoux serrés sur la poitrine, le visage enfoui dans les mains, yeux et bouche fermés. Le grondement terrifiant est maintenant juste au-dessus de lui. Si l’ignoble poison ne me tue pas, ce sera le bruit. L’intensité décroît. La machine est passée. Le pesticide tombe lentement sur moi, calcule-t-il, se retenant de respirer. Lèvres scellées. Des pétales sauvages venus du ciel. Des fleurs de mort. Ça y est ! Il sent une légère rosée sur ses joues, un voile humide qui le recouvre. Combien de temps me reste-t-il à vivre ? Il compte les secondes qui passent.
Il vit encore. À présent il n’entend plus aucun bruit. Précautionneusement il ouvre les yeux et se lève. Peut-être après tout le produit n’est-il pas dangereux pour l’homme. Il aperçoit un peu plus loin une petite crique – il court à travers champs et plonge dans l’onde scintillante. Il racle et frotte tout son corps. Dans sa panique il comprend soudain que le plan d’eau a été vaporisé lui aussi. De toute façon, il n’est pas encore mort.
À quelle distance peut se trouver la commune la plus proche ?
Dans leur infinie sagesse, les planificateurs de cette exploitation ont laissé subsister une colline. Micael a beaucoup de mal à l’escalader en plein après-midi bien qu’elle soit basse. Là ce sont les monades urbaines, curieusement minuscules. Là les champs de culture. Il aperçoit soudain des machines avançant dans les rangées, tous leurs bras en action, arrachant et décortiquant. Mais nulle part la moindre trace d’habitations. Micael descend la colline et marche vers les robots agricoles. C’est la première compagnie qu’il rencontre depuis le début de son voyage.
— Bonjour. Micael Statler, de Monade Urbaine 116. Comment t’appelles-tu, machine ? Quel genre de travail fais-tu ?
De mornes yeux jaunes l’étudient un instant et se détournent de lui. La machine gratte la terre autour de chaque pied, rangée par rangée, avant de l’arroser d’un épais liquide laiteux. Pas très sympathique, ou bien elle n’a pas été programmée pour parler.
— Cela ne me dérange pas, dit Micael. Le silence est d’or. J’aimerais seulement que tu me dises où je pourrais trouver quelque chose à manger. Ou simplement des êtres humains.
Un nouveau vrombissement se fait entendre. Mince ! Encore une de ces horribles épandeuses ! Il s’aplatit sur le sol, prêt à se rouler en boule. Mais non. Aucune goutte ne le touche, et pourtant l’engin est au-dessus de lui. Il lève la tête. Dans un bruit infernal, la machine volante décrit un cercle étroit autour de lui. Une trappe s’ouvre, deux bandes de fibre dorée se déroulent, viennent toucher le sol. Des sièges coulissent le long de ces bandes, porteurs de deux personnes, une femme et un homme. Ils se posent en souplesse et avancent vers Micael. Leurs visages sont sinistres. Leurs yeux menaçants. Des armes pendent à leurs côtés. Ils sont vêtus d’une sorte de jupe courte d’un rouge brillant qui leur couvre le ventre et les cuisses. Leurs peaux sont tannées ; leurs corps souples et élancés. L’homme porte une barbe noire, épaisse et drue. Grotesque ! Incroyable ! Ces poils sur le visage ! Les seins de la femme sont petits et durs. Les armes sont pointées sur Micael.
— Bonjour ! dit-il, la bouche sèche. Je viens d’une monade urbaine. Je voulais visiter votre pays. Je suis un ami. Ami ! Ami ! (La femme lui répond quelque chose qu’il ne comprend pas.) Excusez-moi, dit-il, levant les mains. Je ne comp…
Le canon de l’arme le frappe entre les côtes. La femme est presque contre lui. Comme son visage est froid ! Les yeux semblent être deux billes de glace. Vont-ils le tuer ? Maintenant c’est l’homme qui parle. Il parle lentement, distinctement, très fort, comme quelqu’un s’adressant à un enfant de trois ans. Pourtant chaque syllabe est étrange, imcompréhensible. Il doit probablement l’accuser d’avoir marché dans les champs cultivés, ayant été dénoncé par une des machines agricoles. Micael essaye de se défendre. Il montre du doigt les monades urbaines à peine visibles d’ici. Il les désigne, puis se désigne lui-même, se frappant la poitrine de la main. À quoi cela servira-t-il ? Ils doivent certainement savoir d’où il vient. En face de lui la femme et l’homme opinent, le visage toujours fermé. Réfrigérants. On l’arrête. Un intrus dangereux pour la sainteté des champs. La femme le prend par le coude. Du moins ne vont-ils pas le tuer ici même. L’engin volant tourne toujours au-dessus d’eux, accomplissant sa courte et assourdissante rotation. On le pousse vers les bandes qui pendent de l’appareil. La femme grimpe sur le siège et monte. Ensuite l’homme ordonne quelque chose à Micael qui doit signifier : « À vous maintenant. » Micael sourit. Sa seule chance est de se montrer coopératif. Il se glisse sur le siège ; l’homme boucle les harnais autour de sa poitrine et il se sent soudain soulevé du sol. En haut, la femme l’attend. Elle le libère et le pousse sur une sorte de hamac, l’arme toujours pointée sur lui. Un instant plus tard l’homme monte à bord ; la trappe se ferme et l’appareil se met en marche. Pendant le vol, il est interrogé. Les phrases sèches et brèves sont faites de mots complètement étrangers à ses oreilles.
— Je ne parle pas votre langue, se contente-t-il de répondre, s’excusant. Comment pourrais-je vous dire ce que vous voulez savoir ?
L’appareil se pose quelques minutes plus tard. Micael est poussé dehors. Une esplanade de terre battue de couleur ocre rouge. Autour, des bâtiments bas en brique au toit plat, de curieux véhicules gris au mufle aplati, plusieurs machines agricoles hérissées de tentacules, et des douzaines d’hommes et de femmes vêtus de la même jupe rouge brillant. Il n’y a pas beaucoup d’enfants ; peut-être sont-ils encore à l’école malgré l’heure tardive. Tout le monde le montre du doigt. Ils parlent tous en même temps. Des mots rauques et inintelligibles. Quelques rires aussi. Micael est un peu effrayé. Pas tant à cause du péril qu’il court que par l’étrangeté de la situation. Il sait qu’il se trouve dans une commune agricole. Cette marche tout au long du jour n’était qu’un prélude ; maintenant il a réellement pénétré dans un autre monde.
L’homme et la femme qui l’ont capturé le poussent en avant. Ils traversent le terre-plein et la foule présente avant d’entrer dans un bâtiment proche. Sur son passage les fermiers touchent ses habits, tâtent ses bras nus et son visage. Un long murmure parcourt l’assistance. C’est lui la cause de cet ébahissement. Un véritable Martien débarqué parmi eux. Le bâtiment dans lequel ils pénètrent est faiblement éclairé, grossièrement construit, avec des murs de guingois, bas de plafond ; le sol, constitué de plaques de plastique moucheté, n’est même pas plat. Micael est jeté dans une pièce sombre et nue. Une odeur douceâtre et aigre à la fois flotte dans l’atmosphère : du vomi ? Avant de sortir, la femme lui désigne les commodités en quelques gestes brusques. Ici l’eau ; un bassin fait en une substance blanche synthétique imitant la pierre, jaunissant et se craquelant par endroits. Pas de plate-forme de repos, mais une pile de couvertures froissées, jetées contre le mur. Pas le moindre endroit où se laver. Un seul bloc d’excrétion, tout simplement une sorte d’entonnoir en plastique planté dans le sol, avec un bouton à pousser pour le vider. Pour les urines et les fèces en même temps, bien sûr. Étranges mœurs. Mais il est évident qu’ici la régénération des déchets serait superflue. Aucune source de lumière artificielle. Rien qu’une fenêtre par laquelle entrent les pâles derniers rayons du soleil couchant. Elle donne sur la place où les fermiers sont toujours assemblés. Ils discutent à son propos ; il les voit de sa cellule, le désignant du doigt, hochant la tête, se poussant du coude. L’ouverture est équipée de barreaux de métal entrecroisés, suffisamment rapprochés pour interdire à un homme de se glisser au travers. C’est bien une cellule. Il va à la porte. Verrouillée. Accueillants, ces paysans ! Il n’est pas près d’atteindre la côte si cela continue.