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Les monades urbaines [The World Inside - fr]

Электронная книга - «Les monades urbaines [The World Inside - fr]». Краткое содержание книги:

L’an 2381.
La Terre porte 70 milliards d’êtres humains, dont la devise est : Croissez et multipliez.
70 milliards d’humains qui croient avoir atteint l’utopie.
Qui vivent dans des tours de mille étages, les monades urbaines.
Qui jouissent d’une totale liberté sexuelle.
Qui ne quittent jamais leurs villes verticales et qui explorent rarement un autre étage que le leur.
Le bonheur règne sur Terre.
Qui en doute est malade. Qui est malade est soigné.
Qui est incurable est exécuté.
Dieu soit loué !
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Il faut qu’il parte. Il le faut.

Il se lève. Stacion remue.

— Chut, dit-il pour l’apaiser. Dors.

— Tu vas en promenade nocturne ?

— Je crois, oui. (Il se déshabille et se glisse sous la douche moléculaire. Puis il passe une tunique propre, des sandales, ses vêtements les plus solides. Que prendre d’autre ? Il n’a rien. Il partira comme il est.)

Un baiser à Stacion. Un bacio. Ancora un bacio. Le dernier, peut-être. Il laisse un instant sa main posée sur le ventre rond. Elle recevra son message demain matin. Au revoir, au revoir. Il embrasse ses enfants et sort. Dans le couloir il lève la tête comme si son regard pouvait traverser les cinquante étages qui le séparent de sa sœur. Au revoir, Micaela. Je t’aime. Il est 02 30. Le jour est encore loin. Il progressera lentement. Il s’arrête, étudie les cloisons autour de lui. C’est un plastique sombre d’apparence métallique, semblable à du bronze poli. C’est un bâtiment solide, bien dessiné. Des rivières de câbles se glissent secrètement dans la colonne centrale des services. Et ce cerveau gigantesque créé par des hommes, terré au milieu de l’ensemble. Si facilement berné. Micael trouve un terminal dans le hall. Il se fait identifier. Micael Statler, 704 11. Un laissez-passer, s’il vous plaît. Bien sûr, monsieur. Voici. Par l’orifice sort un bracelet bleu scintillant qu’il glisse à son poignet. Il prend le descenseur. Il se fait déposer au 580e, sans raison particulière. Boston. Il a du temps à perdre. Comme un visiteur de Vénus, il se promène dans le hall, croisant de temps en temps un promeneur nocturne ensommeillé sur le chemin du retour. Comme il en a le privilège, il ouvre quelques portes, regardant les gens à l’intérieur. Quelques-uns sont endormis, d’autres non. Une fille l’invite à partager sa plate-forme.

— Je passais simplement, répond-il en secouant la tête.

Il retourne au descenseur. 375e étage. San Francisco. C’est ici que vivent les artistes. Il entend de la musique. Micael a toujours envié les habitants de cette cité. Eux ont un but dans la vie : leur art. Il ouvre d’autres portes.

— Venez, a-t-il envie de dire, j’ai un laissez-passer. Je sors ! Venez avec moi, tous !

Sculpteurs, poètes, musiciens, écrivains. Il se voit tel le joueur de flûte de la légende. Mais son autorisation ne sera certainement valable que pour une seule personne, et il se tait. Il continue sa descente. Birmingham. Pittsburgh, là où Jason œuvre à recréer le passé, que nul pourtant ne peut faire revivre. Tokyo. Prague. Varsovie. Reykjavik. L’immense édifice est tout entier au-dessus de lui. Mille étages. 885 000 personnes. Pendant le court instant d’arrêt qu’il marque, douze enfants viennent de naître. Douze autres sont conçus. Peut-être quelqu’un meurt-il. Et un va s’échapper. Doit-il dire adieu à l’ordinateur ? À ses tubes, ses connections, ses entrailles pleines de fils et de liquides, d’yeux disséminés un peu partout dans l’immeuble ? Des yeux qui l’épient, lui, Micael Statler – mais il n’a rien à craindre, il a l’autorisation. L’étage zéro. Enfin.

C’est tellement facile. Mais où est la sortie ? Ceci ? Cette petite porte ? Il s’était attendu à un immense hall, pavé d’onyx, avec des piliers d’albâtre, brillamment éclairé, du cuivre poli partout et une large porte de verre pivotante. Bien sûr, personne d’important n’utilise jamais cette entrée. Les hauts dignitaires voyagent en rapides, débarquant et décollant de l’aire d’atterrissage au millième étage. Quant aux produits fermiers importés des communes agricoles, ils entrent par des issues profondément enterrées. Il se peut que cette porte ne se soit plus ouverte depuis des années. Comment doit-il faire ? Il avance, le bras tendu, exposant le bracelet aux détecteurs qui devraient se trouver là. Oui. Une lumière rouge s’allume au-dessus de la porte… qui s’ouvre. Qui s’ouvre ! Il avance. Il se trouve à présent dans un long tunnel, froid, pauvrement éclairé. La porte du sas se referme derrière lui. Afin de prévenir toute contamination par l’air extérieur, suppose-t-il. Il attend. Une seconde porte s’ouvre devant lui, grinçant légèrement. Il ne voit rien au delà. Tout est noir. Après la porte, il devine quelques marches, sept ou huit. Il les descend. Le court escalier s’arrête brusquement. Soudain, sous son pied, le sol lui apparaît étrangement spongieux, étrangement mou. C’est de la terre. De la terre véritable. Il est dehors.

Il est dehors.

Il se sent quelque peu comme le premier homme débarqué sur la Lune. Il fait un pas en chancelant, ne sachant quoi faire ni ce qui va suivre. Tant de sensations nouvelles qu’il doit absorber d’un coup. La porte se referme derrière lui. Cette fois, il est seul. Mais il n’a pas peur. Je dois me concentrer sur une seule chose à la fois. L’air, d’abord. Il inspire largement. Il le sent dans sa gorge. Il a un goût différent, plus doux, plus vivant, plus naturel – un air qui semble se dilater en lui, pénétrant dans les moindres recoins de ses poumons. Une minute plus tard, l’étonnement de la nouveauté a disparu. C’est un air banal, neutre, familier. Un air qu’il aurait respiré toute sa vie. Son organisme va-t-il être envahi par des bactéries mortelles ? Lui qui vient d’une atmosphère totalement aseptisée. Peut-être, d’ici une heure sera-t-il en train d’étouffer, exsangue, se roulant sur le sol en une dernière agonie ? Ou bien un étrange pollen transporté par la brise s’installe-t-il dans ses narines, le suffoquant bientôt ? Ne pense plus à l’air.

Il lève la tête.

L’aube ne sera pas là avant une heure. Le croissant de la lune est haut dans le ciel bleu nuit, constellé d’étoiles. Il a déjà vu le firmament à travers les fenêtres de l’immeuble, mais jamais ainsi. La tête rejetée en arrière, les jambes écartées, les bras largement ouverts, il voudrait étreindre cette immensité. Un milliard de minuscules aiguilles glacées transpercent son corps. Il a la tentation de se mettre nu et de s’étendre ainsi jusqu’à ce que les étoiles et la lune le brûlent. Il sourit et s’écarte de dix pas du bâtiment. Il jette un coup d’ceil derrière lui. Un colossal pilier de trois kilomètres de haut. Une masse vacillante trouant l’air. Il est terrifié. Il commence à compter les étages, mais la tête lui tourne bientôt – il s’arrête bien avant le 50e. De là où il se trouve, la plus grande partie de la tour lui est cachée par la perspective verticale, mais cela lui suffit. La masse énorme l’effraye. Il s’en éloigne à travers les larges pelouses. Loin devant lui se dresse la silhouette entière d’une monade voisine. À cette distance, il a une image plus exacte de la taille du bâtiment. C’est tellement haut, tellement haut ! Comme si le faîte touchait aux étoiles. Toutes ces fenêtres. Et derrière, 850 000 personnes, ou plus, qu’il n’a jamais rencontrées. Des enfants, des promeneurs nocturnes, des analo-électroniciens, des épouses, des mères de famille, tout un monde. Un monde mort. Mort. Il regarde à sa gauche. Une autre monade, à moitié noyée dans le brouillard du petit matin. À sa droite, une autre. Il baisse les yeux. Les jardins. Des allées bien dessinées. De l’herbe. Il s’agenouille, arrache un brin, le broie dans ses mains – un remords l’envahit instantanément. Assassin. Il mâchonne le brin d’herbe ; pas beaucoup de goût. Il avait pensé que ce pourrait être bon. De la terre. Il plonge ses mains dedans. Du noir se glisse sous ses ongles. Il ratisse avec les doigts. Une corolle de pétales jaunes ; il la respire. Il regarde un arbre. Sa main se pose sur l’écorce.

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