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Le général [The Call of Earth - fr]

Электронная книга - «Le général [The Call of Earth - fr]». Краткое содержание книги:

On le surnomme Mouj. C’est le plus grand général qui ait jamais mené les troupes de l’imperator Goryani au combat. Lorsqu’il apprend que Basilica, la cité des femmes, la ville éternelle, est agitée par les soubresauts de la guerre civile, son génie militaire lui fait immédiatement entrevoir le parti qu’il peut tirer de la situation. Mais le stratège ne sait pas encore qu’il s’apprête à livrer son plus difficile combat !
Basilica cristallise l’attention de Surâme, l’ordinateur-dieu qui n’a pas l’intention d’abandonner la ville sans se battre. Entre la machine et le général, c’est un jeu de dupe qui s’engage, dans lequel Nafaï et sa famille risquent de n’être que de simples pions…
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Alors Elemak la prit dans ses bras et elle s’accrocha comme si elle voulait se fondre en lui. C’est ça, l’amour, pensa-t-il. Voici l’amour qui fait les chansons et les légendes. Elle me suivra dans le désert et avec elle à mes côtés, je créerai une tribu, un royaume dont elle sera la reine. Car tout ce que ce général Mouj peut faire, j’en suis capable moi aussi. Je suis un véritable époux, meilleur qu’aucune Tête Mouillée ne le sera jamais. Eiadh veut un homme viril ? Eh bien, je suis cet homme-là !

Bitanke ne se réjouissait pas de ce qui se passait à Basilica depuis quelques jours, surtout parce qu’il ne pouvait se défaire de l’impression que tout était peut-être de sa faute. Il n’avait pourtant guère eu le choix à la porte de la cité ; ses hommes avaient combattu avec vaillance, mais ils étaient trop peu nombreux et la masse des mercenaires palwashantu devait l’emporter, inévitablement. Quelle chance aurait-il eue, dans ce cas, contre les Gorayni surgis du néant et qui lui promettaient alliance ?

J’aurais pu en appeler aux mercenaires et les supplier de faire cause commune contre les Gorayni… Ça aurait pu marcher. Mais le général gorayni s’était montré si convaincant, et puis il y avait tous ces feux dans le désert. On aurait dit ceux d’une armée de cent mille hommes. Comment aurais-je pu savoir qu’elle se réduisait aux soldats présents à la porte ? Et même, nous n’aurions pas pu leur résister, de toute façon.

Mais nous aurions pu nous battre, leur coûter des hommes et du temps, alerter les autres gardes et déclencher l’alarme dans la cité. J’aurais pu mourir là, une flèche gorayni dans le cœur, plutôt que d’assister à leur mainmise sur ma cité, ma cité bien-aimée, sans même qu’un seul d’entre eux subisse une blessure assez grave pour l’empêcher d’aller partout d’un pas hardi, comme s’il était chez lui.

Et pourtant… pourtant, alors même qu’on l’introduisait en présence du général Mouj pour une nouvelle entrevue, Bitanke ne pouvait s’empêcher d’admirer cet homme pour son audace, son courage, son génie ; avoir fait une si longue marche en si peu de temps, prendre une cité avec si peu d’hommes, puis y régner alors même que la garde dépassait largement son armée en nombre ! Qui sait si Basilica ne serait pas mieux lotie avec Mouj comme gardien ? Plutôt lui que ce porc de Gaballufix ou le méprisable Rashgallivak ! Plutôt lui que Roptat, même ! Et que les femmes, qui s’étaient révélées faibles et sottes en avalant les mensonges cousus de fil blanc de Mouj sur dame Rasa.

Ne voyaient-elles pas que Mouj les manipulait pour les diviser, les dresser les unes contre les autres et les détourner de la seule femme capable de mener une résistance efficace ? Non, bien entendu, elle ne voyaient rien – pas plus que Bitanke lui-même ne s’était aperçu, ce premier jour, que loin de l’aider, le Gorayni le manœuvrait et le poussait à trahir inconsciemment sa propre cité.

Nous sommes tous des imbéciles quand un homme habile apparaît.

« Mon cher ami ! » s’écria le général Mouj.

Bitanke ne serra pas la main tendue.

« Ah, vous êtes en colère contre moi, reprit Mouj.

— Vous vous êtes présenté chez nous avec la lettre de dame Rasa, et voilà que vous la faites arrêter !

— Vous est-elle donc si chère ? Je vous assure que sa réclusion n’est que temporaire et n’a pour but que sa protection. Des mensonges affreux circulent sur elle dans la cité et qui sait ce qui pourrait lui arriver si sa maison n’était pas protégée par des soldats ?

— Oui, des mensonges par vous inventés !

— Mes lèvres n’ont rien dit de dame Rasa sinon la grande admiration qu’elle m’inspire. C’est la meilleure des femmes de cette cité, douée de l’esprit et du courage d’un homme, et je ne permettrai jamais qu’on touche à un seul de ses cheveux. Si vous ne le savez pas, Bitanke, mon ami, vous ne savez rien de moi. »

C’est presque sûrement vrai, songea Bitanke. Je ne sais rien de vous, comme tout le monde, d’ailleurs.

« Pourquoi m’avez-vous fait venir ? demanda-t-il. Allez-vous dépouiller la garde basilicaine d’une nouvelle prérogative ? Ou bien nous réservez-vous quelque basse besogne qui nous humiliera et nous démoralisera encore un peu plus ?

— Quelle colère ! s’exclama Mouj. Mais réfléchissez bien, Bitanke ; vous vous sentez libre de me dire des choses pareilles sans crainte que je vous décapite. Appelez-vous cela de la tyrannie ? Tous vos soldats sont armés et ce sont eux qui maintiennent désormais la paix dans cette cité ; suis-je un ennemi perfide, à vos yeux ? »

Bitanke ne dit rien, résolu à ne pas se laisser prendre à la rhétorique de Mouj. Il sentit pourtant le doute s’insinuer en lui, comme tant de fois auparavant. Mouj n’avait en effet rien changé à la garde, ni exercé aucune violence sur les citoyens. Peut-être n’avait-il d’autre but que de se servir de Basilica comme étape avant de poursuivre sa route ?

« Bitanke, j’ai besoin de votre aide. Je veux rendre sa puissance à votre cité, celle d’avant les manigances de Gaballufix. »

Oh, oui, je ne doute pas que ce soit votre seul désir – Mouj l’altruiste, qui vous donnez tout ce mal pour aider la cité des femmes. Après quoi vous retirerez vos hommes, avec pour récompense une grande chaleur au cœur à la pensée de tout le bonheur que vous laissez derrière vous !

Mais Bitanke garda le silence. Mieux valait se taire en un tel moment.

« Je ne vous cacherai pas que j’ai l’intention d’arranger les choses ici selon mes vues. Il y a un grand combat à venir entre les Gorayni et les misérables barboteurs de Potokgavan ; nous savons qu’ils manœuvraient pour prendre le contrôle de Basilica – et que Gaballufix était leur sbire. Il était prêt à renverser le gouvernement et à laisser ses assassins agir à leur guise. Mais me voici, avec mes hommes. Ne vous avons-nous jamais donné à penser que nos intentions étaient aussi impitoyables ou violentes que celles de Gaballufix ? »

Mouj attendit et Bitanke parla enfin : « Jamais aussi clairement, non.

— Je vais vous dire ce que je veux de Basilica : j’ai besoin de savoir avec certitude que ses gouvernants sont des amis des Gorayni, qu’avec Basilica derrière moi, je n’ai à craindre aucune traîtrise. Alors, il me sera possible d’amener jusqu’ici des colonnes d’approvisionnement par le désert, sans passer par Nakavalnu, Izmennik ni Seggidugu. Vous, mon ami, vous savez que c’est de la bonne stratégie ; les Potoku comptaient sur le fait qu’il nous faudrait nous frayer un chemin à l’épée jusqu’aux cités de la Plaine ; ils pensaient disposer d’une année, voire de plusieurs, pour renforcer leurs positions, peut-être pour transporter une armée jusqu’ici et faire front contre nos chars. Mais désormais nous commanderons aux cités de la Plaine : avec mon armée postée à Basilica, aucune ne pourra résister. Alors, Nakavalnu, Izmennik et Seggidugu n’oseront plus faire alliance avec Potokgavan. Sans combat, sans guerre, nous aurons assujetti à l’Impérator toute la côte occidentale, des années avant que Potokgavan ne s’y attende. Voilà ce que je veux. Cela et rien de plus. Et pour y parvenir, je n’ai pas besoin de briser Basilica, de vous traiter en peuple conquis. Il me faut seulement l’assurance que Basilica m’est loyale. Et je l’obtiendrai mieux par l’amour que par la peur.

— L’amour ! s’exclama Bitanke avec dérision.

— Jusqu’à présent, reprit Mouj, je n’ai rien eu à faire qui ne soit bien accueilli par les gens de Basilica. Ils jouissent aujourd’hui d’une paix et d’une sécurité plus grandes qu’ils n’en ont connu depuis des années. Croyez-vous qu’ils ne s’en rendent pas compte ?

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