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Dominium Mundi. Livre II

Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:

« Cette guerre pour laquelle il s’était engagé n’était pas une guerre de religion, ni même une simple guerre de conquête ou de colonisation, mais bel et bien une guerre d’extermination. »
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— Ne gaspille pas ta salive, Tancrède. Personne ne m’a forcé à te suivre et jamais je ne prétendrai une chose pareille. Qu’aurais-je fait dans une armée qui traite un homme tel que toi de cette façon. Rien ne me retenait là-bas.

— Mais… et ton frère ?

— Mon frère se débrouillera fort bien sans moi. Avec tous ses amis ultras, il me remplacera sans difficulté. »

Bien qu’il trouvât son ami un peu dur, Tancrède s’abstint d’argumenter. Ce n’était ni le lieu, ni le moment. Il ne se souvenait que trop bien de la scène difficile qui s’était jouée dans les baraquements de la 78e à peine plus d’une journée auparavant.

Lorsqu’il était arrivé en trombe dans les quartiers de l’unité afin d’y prendre quelques affaires avant que les lieux ne soient envahis par la PM, il était tombé sur Liétaud qui l’attendait. Heureusement pour lui que la police ne le connaissait pas aussi bien que le jeune super-guerrier. Celui-ci, qui avait parfaitement deviné ses intentions, avait insisté avec force pour l’accompagner. Parce qu’il n’avait pas le temps de discuter, et qu’au fond de lui, Tancrède avait envie que son ami vienne avec lui, il avait cédé. C’était alors qu’Engilbert était arrivé, hors d’haleine et hors de lui. Une violente discussion avait éclaté durant laquelle le grand frère avait tout tenté pour retenir son cadet et accablé d’injures son ex-lieutenant. Cela avait été un moment pénible pour Tancrède qui, devant l’urgence de la situation, avait dû interrompre brutalement la dispute et partir, Liétaud à sa suite, sous les yeux de son frère effondré.

Après tout, Liétaud ne demandait qu’une chose : que l’on cesse de le considérer comme un enfant et qu’on le laisse prendre seul ses décisions. Ce matin, il avait un peu la gueule de bois, mais c’était le prix à payer pour décider seul de son destin.

Tancrède, au contraire, se sentait étonnamment bien. Il avait l’impression d’être libre, réellement libre, pour la première fois. Cette euphorie était éphémère, bien sûr. La réalité allait bientôt impitoyablement se rappeler à lui, que ce soit les dangers de cet environnement inconnu, la peur permanente d’être retrouvés, ou la probable impossibilité de revenir sur Terre et de revoir sa famille. Et surtout, la fin de sa relation avec Clorinde. Il savait que tout cela lui reviendrait rapidement en pleine figure, mais, pour le moment, il voulait profiter de l’instant. Il pouvait enfin penser et agir par lui-même sans avoir peur de ses opinions ou de ses convictions.

Liétaud, qui avait terminé d’engouffrer sa ration – ainsi qu’une partie de celle de Tancrède – l’observait en se demandant quel torrent de pensées pouvait bien se déchaîner dans cette boîte crânienne. Bien qu’il fût marqué par la fatigue, le visage de son ex-officier ne lui avait jamais semblé aussi serein.

« Et maintenant ? finit-il par dire, arrachant Tancrède à ses réflexions. Que faisons-nous ? »

Tancrède le regarda en souriant. Il avait les idées claires, à présent.

« J’ai ma petite idée là-dessus… »

* * *

Ce soir-là, j’étais maussade. Cela dit, la corvée de poubelles, ce n’était jamais un truc qui vous faisait sauter de joie.

Tous les soirs, juste avant la tombée de la nuit, l’un d’entre nous se chargeait d’emporter les déchets de la journée jusqu’à une faille à deux cents mètres de notre résidence troglodytique. Au début, nous nous contentions d’une cavité plus proche, mais les odeurs dégagées dès que la température s’élevait en journée nous avaient rapidement fait changer d’avis. Aussi, chacun devait, à tour de rôle, traîner plusieurs dizaines de kilos d’ordures sur un chemin caillouteux afin de les jeter dans un trou si profond qu’on y entendait à peine l’impact en bas.

Cependant, même si c’était pénible, il n’y avait pas là de quoi me mettre d’aussi mauvaise humeur. C’était certainement autre chose.

Probablement cet imbécile d’Ignacio Destraña et sa petite troupe de râleurs patentés. Ignacio était un mécanicien hors pair, capable d’entretenir nos buggys même avec le peu de matériel dont nous disposions, mais c’était aussi un esprit négatif comme j’en avais rarement vu. Je savais qu’il regrettait de s’être laissé embarquer dans notre équipée, et cette mauvaise volonté permanente était sa façon de nous punir. À sa décharge, il avait disposé de peu de temps pour se décider. Très peu de temps même, puisque nous ne lui avions proposé de se joindre à nous qu’à la dernière minute, alors que l’opération d’évasion était déjà lancée. Le mécanicien que nous avions sélectionné à l’origine s’étant retrouvé en prison pour une bagarre à peine quelques heures plus tôt, il nous avait fallu improviser. Quelqu’un avait proposé Ignacio et celui-ci, une fois localisé, avait longuement hésité – ce qui est bien compréhensible. Malheureusement, nous ne pouvions nous payer le luxe d’attendre qu’il mûrisse sa décision, aussi nous insistâmes jusqu’à ce qu’il accepte. Je n’irai pas jusqu’à dire que nous lui avions forcé la main, toutefois, peut-être était-ce l’impression qu’il avait eue et nous en gardait-il quelque rancœur aujourd’hui ?

Quoi qu’il en soit, Ignacio était progressivement devenu notre chicaneur perpétuel. Lorsqu’il y avait une décision à prendre ou une option à discuter, il était toujours là pour compliquer les choses. Circonstance aggravante, un groupe s’était constitué autour de lui qui ne manquait pas de soutenir ses opinions négatives et donnait ainsi du poids à ses remarques. Pour le moment, ils étaient minoritaires et ne bloquaient donc pas le fonctionnement général, mais je sentais bien que si je n’y prenais pas garde, un jour ou l’autre, leur attitude finirait par poser un problème.

Bien que nous fussions organisés hiérarchiquement, je mettais un point d’honneur à laisser chacun s’exprimer librement, “démocratiquement” aurait-on dit avant la Guerre, afin que les décisions puissent être comprises et acceptées de tous. Cependant, il fallait bien reconnaître que, par moments, la démocratie me les brisait menu.

Ainsi, cet après-midi, nous avions réuni tout le monde pour débattre d’une éventuelle organisation du travail au Chaudron. Jusqu’à présent, tous les hackeurs et programmeurs du groupe avaient un peu fait ce qu’ils voulaient, travaillant soit sur des idées de leur cru, soit ne travaillant pas du tout. Selon moi, il était temps de mettre un peu d’ordre dans tout cela. Commencer par définir une stratégie générale – voulions-nous obliger les Croisés à nous ramener chez nous en pratiquant le terrorisme informatique ou, au contraire, nous faire oublier ? – puis répartir le travail entre tous les bio-informaticiens afin de nous donner un maximum de chances d’atteindre nos objectifs. Cela me paraissait être du simple bon sens. Pas pour Ignacio.

Il s’était dressé du haut de son mètre quatre-vingt-cinq, auréolé d’une tignasse brune mal coiffée, pour proférer toute une suite d’arguties totalement creuses, défendant pendant un temps une option puis une autre juste après, si bien qu’au final plus personne ne savait ce qu’il voulait et toute cette discussion semblait en fin de compte vaine et inutile. Sentant que le moment n’était pas encore venu pour un affrontement direct, j’avais diplomatiquement remis le débat à plus tard. Il était cependant inutile de se voiler la face, cette méthode de concertation collective montrait ses limites et si l’on ne voulait pas que la machine se grippe totalement, il allait falloir y mettre un terme.

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