Dominium Mundi. Livre II
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #2
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-1-090648-18-0
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:
Adélaïde Moret-Roussant ne put retenir un geste d’exaspération qui dut être parfaitement visible sur la vue caméra de son cockpit depuis les écrans de la Tour de contrôle.
« Faucon Borgne à contrôle. Veuillez confirmer cet ordre. La nuit est tombée et je ne vois plus rien au sol. Cette recherche est inutile. Je répète, veuillez…
— Ne discutez pas les ordres ! aboya une voix connue dans ses écouteurs. Continuez à chercher tant que ces criminels n’ont pas été retrouvés. Terminé ! »
Nul besoin de confirmation pour savoir qui venait de s’exprimer sur son canal, supplantant son superviseur personnel au mépris des consignes de sécurité en vol : Robert de Montgomery.
Le duc de Normandie était venu lui-même donner leurs instructions aux trois pilotes réquisitionnés pour cette chasse à l’homme. Que l’on distraie trois intercepteurs du front pendant l’offensive en cours à la capitale en disait long sur l’importance qu’avaient les fuyards aux yeux de ce pair du royaume.
Même si tout le monde dans l’armée croisée savait que Robert de Montgomery avait déjà essayé de se payer Tancrède de Tarente une fois, personne n’aurait pensé qu’il y reviendrait. Une dégradation et la déchéance de toutes les décorations militaires, c’était déjà beaucoup, mais, à l’évidence, le duc en voulait davantage. Et d’ailleurs, il en voulait tant qu’il ne supportait pas que Tarente se soit détruit tout seul. Car il ne faisait de doute pour aucun soldat que l’ex-lieu-tenant s’était définitivement mis au ban de l’ECM en fuyant ainsi. Quelles que soient ses raisons, un soldat qui déserte en temps de guerre devient un ennemi. Pourtant, lorsqu’elle l’avait vu la veille, au moment de l’exposé de mission, le duc lui avait paru prodigieusement agacé que Tancrède de Tarente soit parvenu à choisir lui-même sa façon d’en finir plutôt que de laisser ses ennemis s’en charger.
Si cela n’avait tenu qu’à lui, le duc aurait certainement utilisé toute la flotte d’intercepteurs pour calmer sa frustration. Il en avait obtenu trois, c’était déjà une belle performance dans le contexte actuel. Du temps perdu, selon la lieutenante Moret-Roussant. À moins qu’ils ne commettent une erreur grossière, on ne retrouverait jamais ces deux hommes et surtout, on s’en fichait pas mal ! Qu’ils désertent si ça leur chante, ils ne feront pas de vieux os sur cette planète.
Maintenant qu’il faisait noir, elle devrait poursuivre ses recherches aux instruments. Capteurs thermiques ou cinétiques, détecteurs moléculaires, etc. Autant de systèmes ultra-sophistiqués que tout soldat aussi expérimenté que ces deux-là savaient déjouer sans difficulté. De toute façon, Robert de Montgomery ne pourrait pas éternellement utiliser les moyens militaires à des fins aussi manifestement personnelles. Encore quelques jours à supporter ces inutiles ratissages du désert et elle pourrait enfin repartir au front.
« À vos ordres, Monsieur le duc », répondit finalement Adélaïde Moret-Roussant, fataliste, en plongeant de trois cents mètres vers la surface.
« J’aurais dû me douter que ce serait toi qu’ils enverraient pour faire le sale boulot ! cracha Albéric avec mépris. Le plus zélé de tous leurs soldats ! Le Méta-guerrier à la foi toute neuve ! »
L’inerme avait vraiment l’air pitoyable, transi de froid et minuscule devant les deux soldats en Weiner-Nikov. Tancrède lança au loin les liens en plastique qu’il venait de trancher.
« Tais-toi, imbécile ! répondit Liétaud aussi sec. Tu ne sais pas de quoi tu parles !
— On se calme, vous deux, intervint Tancrède avant qu’Albéric ne réplique. Nous ne sommes pas l’avant-garde d’une force d’intervention. En fait, nous sommes seuls.
— Seuls ? répéta Albéric. Vous n’êtes que deux ? Je sais que nous ne sommes que des amateurs, mais si vous croyez qu’il suffit de deux hommes pour en arrêter cent, vous vous fourrez le… »
Il s’interrompit en réalisant qu’il venait de révéler combien ils étaient sans même qu’on ait eu besoin de le demander.
« Si c’était son intention, dit Liétaud d’un ton cassant, Tancrède pourrait s’occuper de bien plus de bonshommes que ça à lui seul. Tu ferais mieux d’écouter ce qu’il a à te dire au lieu de t’exciter ainsi ! »
Tancrède se souvint que durant la période où il avait fréquenté Albéric sur le Saint-Michel, Liétaud s’était toujours montré froid, sinon inamical, avec celui-ci. Contrairement à Clorinde, qui méprisait les inermes par principe, le soldat flamand ressentait plus vraisemblablement une certaine jalousie envers l’amitié qui se construisait entre les deux hommes. Liétaud se trompait. L’amitié ne se retranchait pas d’un ami à l’autre, elle s’additionnait.
« Nous avons déserté. »
Pour Tancrède, tergiverser représentait une perte de temps. Il était toujours aussi direct que possible. Albéric eut l’air stupéfait.
« Déserté ? Tu veux dire que vous êtes partis pour de bon ? »
Liétaud ne put s’empêcher de railler :
« En général, lorsqu’on déserte, ce n’est pas pour revenir le lendemain.
— En effet, on ne peut pas faire plus déserteur que cela, répondit Tancrède. J’ai même fui en pleine cour martiale. »
Bien que ce soit difficile à croire, Albéric n’eut pourtant pas l’air de douter de ce qu’il entendait.
« Ce n’est pas le moment de tout te raconter en détail, reprit Tancrède en allant chercher une couverture dans une des sacoches de son méca-perch. Disons simplement que j’ai pris conscience de certaines choses au cours des semaines qui viennent de s’écouler et que j’ai atteint une sorte de point de non-retour lors d’une mission, il y a quelques jours. Un point de non-retour moral, mais aussi militaire, puisque j’ai désobéi aux ordres et fait quitter le front à un demi-millier d’hommes en plein combat. Après cela, j’étais impardonnable. »
Il revint vers Albéric en lui tendant la couverture afin qu’il s’en couvre. Celui-ci l’accepta sans se faire prier. À cette heure-là, le thermomètre était en chute libre. Tancrède le regarda droit dans les yeux.
« Je te dois des excuses. Mon comportement avec toi a été indigne de l’amitié que tu m’as témoignée, et, même si je ne pouvais l’admettre, je l’ai beaucoup regretté par la suite. Aujourd’hui, je me suis débarrassé de mes dernières illusions et c’est donc en toute conscience que je te demande, Albéric, de me pardonner et d’oublier tout ce que j’ai dit la dernière fois que nous nous sommes vus. »
C’était un peu solennel, mais le jeune homme, grelottant sous sa couverture, eut l’air d’apprécier à sa juste valeur l’effort de contrition.
« Et tu ne pouvais pas t’y prendre autrement pour venir me dire ça ? s’exclama-t-il finalement. Vous m’avez fichu la trouille de ma vie. »
Tancrède éclata de rite, et Liétaud lui-même ne put retenir un sourire.
« En fait, nous sommes restés plusieurs heures embusqués près de votre refuge afin d’observer vos allées et venues, ainsi que pour compter les hommes et les armes. Au passage, on en a profité pour désactiver les quelques mouchards et détecteurs que vous aviez disposés alentour. Le mieux était d’attendre que tu sois isolé pour te prendre à part et tout t’expliquer. Si nous nous étions présentés à l’entrée de vos cavernes, certains d’entre vous auraient pu paniquer et se mettre à tirer en nous voyant.
— Ce n’est pas une hypothèse, admit Albéric, c’est une certitude. Mais tu omets de préciser le principal : comment as-tu fait pour nous retrouver ?
— J’ai simplement étudié les cartes de la région en me demandant où j’irais si je devais partir. Puis, en effectuant un tri géographique en fonction de certains critères, j’ai sélectionné quelques zones qui me paraissaient faire de bonnes candidates pour une opération comme la vôtre. L’une d’elles manquait étrangement d’informations, un peu comme si on en avait volontairement effacé les détails des mémoires du Nod2. Pas la peine de chercher davantage, vous étiez là. »