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Dominium Mundi. Livre II

Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:

« Cette guerre pour laquelle il s’était engagé n’était pas une guerre de religion, ni même une simple guerre de conquête ou de colonisation, mais bel et bien une guerre d’extermination. »
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« Je passerai ma vie en prison si vous voulez, mais par le ciel, je vous conjure de me dire ce qui s’est passé !

— Il est parti ! dit aussitôt Germandière, presque dans un cri. J’ai essayé de t’appeler, mais les messageurs sont brouillés dans l’enceinte du tribunal. Je n’ai pas pu le voir avant le procès. Lorsque je suis arrivée, les portes étaient déjà closes. Alors, j’ai attendu ici en espérant que quelqu’un entrerait ou sortirait de la salle d’audience. J’enrageais de ne pouvoir t’appeler. Soudain, j’ai entendu un cri. Un cri terrible. Puis, juste après, des bruits de bagarre et des détonations T-farad. Et là, dans un fracas épouvantable, la porte de la salle d’audience a volé en éclats, pulvérisée par une rafale. Par réflexe, je me suis jetée à terre pour me protéger. J’ai à peine eu le temps d’apercevoir Tancrède jaillissant par la brèche, une arme à la main. Il a bondi vers la sortie en quelques enjambées.

— Il portait encore son Weiner-Nikov, intervint Bertrand. C’est une sacrée erreur de jugement de le lui avoir laissé, même désarmé.

— S’il était décidé à s’enfuir, dit Clorinde d’un ton grave, aucun de vos hommes n’aurait pu l’en empêcher, armure de guerre ou pas. »

Le capitaine ne répondit pas.

« Je me suis précipitée vers la sortie pour tenter de voir dans quelle direction il allait, reprit Germandière, mais il était déjà hors de vue. C’est incroyable ce qu’il arrive à faire avec son WN, je crois que je n’ai jamais vu personne atteindre une telle vitesse. C’est là que j’ai remarqué un assistant tech que je connaissais. Je lui ai demandé d’aller te prévenir. Quelques minutes plus tard, la police militaire arrivait. C’était Bertrand qui commandait le détachement. »

Clorinde sentit soudain ses jambes se dérober et dut s’asseoir sur l’un des bancs du hall. Un air inquiet sur le visage, Germandière prit place à côté d’elle. Bertrand resta debout. L’Italienne ne put retenir ses larmes plus longtemps.

« Seigneur, pourquoi a-t-il fait cela ? hoqueta-t-elle en sanglots. Maintenant, il sera traqué, marqué du sceau de l’infamie pour toujours. Peut-être ne le reverrai-je jamais ! »

Désarmée devant la détresse de son amie, Germandière sentit elle aussi monter des larmes. Elle s’efforça de les retenir afin de ne pas ajouter à la souffrance de Clorinde.

« Je vous comprends, dit Bertrand sur un ton où il y avait davantage de compassion qu’on en aurait attendu d’un capitaine de police. Germandière m’a brièvement expliqué les projets que vous aviez tous les deux. Mais tout n’est peut-être pas perdu. S’il revient se livrer sans trop de délai, il sera épargné, c’est certain. »

Clorinde sécha ses larmes du revers de sa manche.

« Il ne le fera pas, dit-elle d’une voix éteinte. Pour en arriver à une telle extrémité, il a dû être traité avec beaucoup d’injustice. Et croyez-moi, s’il pense que la justice est de son côté, rien ne l’amènera à renoncer.

— Mais il ne pourra faire autrement que se rendre, temporisa Germandière. Il ne peut se cacher indéfiniment dans un camp militaire, fût-il aussi grand que la Nouvelle-Jérusalem.

— Il ne va pas se cacher. Il va partir, je le sais.

— Partir ? Mais pour aller où ?

— N’importe où. Il va partir et je ne le reverrai plus.

— Mais il ne pourra pas survivre seul sur cette planète. C’est impossible ! »

Soudain, Clorinde se tourna vers Germandière. Son expression venait brusquement de changer. Il ne pourra pas survivre seul.

Liétaud.

Le jeune Flamand allait forcément vouloir l’accompagner dans sa fuite. Pour qui connaissait les deux hommes, c’était évident. Et il était probable qu’il ferait ses adieux à son frère avant de partir. Ainsi, si Clorinde faisait vite, elle avait une petite chance, une chance infime, de les voir avant leur départ.

« Je dois y aller, s’exclama-t-elle en se levant précipitamment. Merci de votre aide, Capitaine !

— Comment ? Mais que… », commença celui-ci avant de s’interrompre. Clorinde franchissait déjà la porte principale et dévalait l’escalier vers son bipède, sous les regards mauvais des policiers en faction.

Le crépuscule tombait lorsque Clorinde entra dans le troisième baraquement de la 78e unité d’infanterie mixte où logeaient les frères Tournai. Les lieux étaient déserts. Clorinde frappa du pied, furieuse que son intuition l’ait trompée.

« Qui est là ? » fit une voix au fond du dortoir.

La tête d’Engilbert apparut au-dessus de l’un des paravents qui isolaient chacune des couchettes.

« Oh, Dieu merci, tu es là ! » s’écria Clorinde en se dirigeant vers lui, immensément soulagée.

Elle remarqua alors que le répartiteur avait les yeux rouges, probablement d’avoir pleuré. Elle ne s’était donc pas trompée, mais elle était arrivée trop tard. En voyant les émotions se succéder sur le visage de la jeune femme, Engilbert comprit ce qu’elle avait espéré.

« J’ai eu la même idée que toi, dit-il d’un ton morne. Quand j’ai entendu l’alerte de sécurité, j’ai réagi comme les hommes et me suis rué vers le palais de justice. C’était stupide bien sûr. Comme si Tancrède allait s’éterniser là-bas. Ce n’est qu’à mi-chemin que j’ai réalisé que je ne voyais plus Liétaud. Soudain, j’ai eu un mauvais pressentiment. J’ai fait le chemin inverse aussi vite que j’ai pu et lorsque je suis arrivé ici, ils étaient déjà prêts à partir. »

Il s’interrompit pour prendre une longue inspiration. Il semblait secoué.

« J’ai tout essayé pour retenir Liétaud, mais rien n’y a fait. Je n’ai pas su trouver les mots. Depuis le début, ce damné Tancrède l’a ensorcelé ! Alors, il m’a été impossible de lui faire entendre raison. Il était décidé à partir et Tancrède n’a même pas cherché à l’en dissuader ! Comment a-t-il pu laisser un jeune homme foutre sa vie en l’air à cause de ses propres erreurs ? »

Clorinde doutait que Tancrède n’ait pas essayé de convaincre Liétaud de renoncer à l’accompagner. Peut-être avaient-ils eu cette discussion avant qu’Engilbert ne les trouve ? Elle sentit le désespoir l’envahir de nouveau. Elle les avait ratés de peu et ils étaient sûrement déjà loin. Elle ne pourrait pas voir Tancrède une dernière fois et lui expliquer qu’elle regrettait toutes les sottises qu’elle avait dites.

Non, non ! Raisonne, ne te laisse pas gagner par la panique !

Après tout, on ne sortait pas aussi simplement que cela d’un camp militaire retranché et sécurisé. Les deux fugitifs devaient être encore dans l’enceinte de la Nouvelle-Jérusalem et ils attendraient probablement la nuit pour tenter une sortie. Mais où ? Comment ?

Tout à coup, elle sut.

Elle venait de se souvenir qu’un jour, Tancrède lui avait raconté qu’il avait décelé une brèche dans les mesures de protection du camp, une zone de faible sécurité dans la barrière anti-franchissement. Il en avait bien entendu aussitôt fait part aux ingénieurs responsables qui l’avaient pris de haut, piqués qu’un lieutenant se permette de venir leur faire des remarques sur leur travail. L’histoire s’était arrêtée là.

Si, comme Clorinde le pensait, rien n’avait été fait pour combler cette brèche, elle était prête à parier qu’ils tenteraient de passer par là. À leur place, elle volerait des vivres et du matériel, puis attendrait le cœur de la nuit pour s’enfuir. Elle avait donc quelques heures à patienter.

Bien qu’elle ait pris la peine de se couvrir chaudement et d’emprunter une couverture athermique au dépôt, Clorinde avait froid. Cela faisait maintenant près de quatre heures qu’elle s’était installée entre deux rochers, la couverture sur les épaules, et le froid mordant de la nuit centaurienne commençait à outrepasser les capacités du tissu technique. Pourtant, l’Amazone restait parfaitement immobile. Pas question de tout faire rater à cause d’un grelottement. Elle avait déjà eu un mal de chien à retrouver l’endroit dont lui avait parlé Tancrède.

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