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Dominium Mundi. Livre II

Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:

« Cette guerre pour laquelle il s’était engagé n’était pas une guerre de religion, ni même une simple guerre de conquête ou de colonisation, mais bel et bien une guerre d’extermination. »
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« Ça s’en va, fit soudain Liétaud. Le contact s’éloigne, et vite.

— Combien ?

— Quarante-cinq mètres, et ça continue. »

Aucun des deux ne bougea.

« Soixante mètres… Plus de cent, maintenant. » Tancrède baissa son arme et se relâcha enfin.

« Comme réveil, on fait mieux. »

Il posa son T-farad puis consulta l’afficheur interne du col de son exo. Six heures dix du matin, inutile de se rendormir.

« Laisse ton détecteur cinétique allumé, on ne sait jamais. »

S’approchant d’une plante dont les larges feuilles aux bords relevés retenaient à leur surface tant de rosée qu’une flaque s’y était formée, il y plongea les mains et s’aspergea le visage d’une eau glacée, mais revigorante.

« Je me demande ce que ça pouvait être, dit Liétaud tandis qu’il s’asseyait sur l’une des pierres plates qui leur avaient servi de siège la veille au soir.

— Je l’ignore », répondit Tancrède en allant prendre deux rations de survie dans les sacoches de leurs montures.

Il en envoya une à son ami qui l’attrapa au vol puis vint le rejoindre dans leur salle à manger de fortune.

« Peut-être un spécimen de ce fameux tigre-roche dont on nous avait parlé à l’instruction ? »

Liétaud déchira l’emballage et engloutit sans attendre l’un des biscuits.

« Si c’était ça, heureusement pour nous qu’il a fait demi-tour. »

Prenant ensuite une barre noire dans la ration, il la jeta au fond d’un gobelet en métal puis se servit de la pointe de son couteau pour la percer. Aussitôt, la barre enfla, se tordit en tous sens comme prise de convulsions internes, puis fondit lentement jusqu’à se transformer en un liquide noir et fumant qui emplit bientôt le gobelet. Liétaud le porta à ses lèvres en soufflant dessus afin de ne pas se brûler. Après une gorgée, il émit un petit sifflement.

« Hé, ils ont fait des progrès sur le café, c’est moins mauvais qu’avant ! lança-t-il à son compagnon qui exécutait le même rituel, face à lui.

— N’exagérons pas, tempéra Tancrède après avoir trempé ses lèvres dans le breuvage synthétique. Disons que c’est buvable.

— Pas trop mal dormi, sinon ?

— Comme une masse. »

Après avoir quitté la Nouvelle-Jérusalem, un peu plus de vingt-quatre heures plus tôt, ils avaient chevauché toute la journée presque sans s’arrêter. Les méca-perch n’étaient pas faits pour les courses effrénées ; aussi, ils avaient privilégié une allure modérée avec peu d’arrêts plutôt que l’inverse. De toute façon, il était peu probable qu’on lance une opération de recherche de grande envergure simplement pour retrouver deux fugitifs, fussent-ils aussi emblématiques que Tancrède de Tarente et Liétaud Tournai. Comme ils avaient pris la peine de neutraliser les balises satellite de leurs exos et des percherons, il ne serait possible de les retrouver qu’avec des intercepteurs. Or, avec la grande offensive encore en cours, les précieux appareils étaient bien trop nécessaires sur le front.

Le terrain était si difficile qu’ils n’avaient parcouru que quatre cents kilomètres lorsque l’arrivée de la nuit les avait contraints à se chercher un refuge. À défaut d’abri convenable dans les environs, ils avaient opté pour une faille forestière. Presque deux heures avaient été nécessaires pour en découvrir une dont la déclivité permettait aux montures d’y pénétrer, puis encore trois quarts d’heure pour descendre. Une fois installés sur une petite terrasse couverte de mousse spongieuse, ils avaient à peine pris le temps d’avaler une ration de survie avant de sombrer dans un profond sommeil, épuisés par cette harassante journée de voyage et surtout par les émotions intenses de la veille.

Ce matin, tandis qu’ils s’efforçaient de mâcher consciencieusement leur ration, ils découvraient à la lumière de l’aurore l’étrange paysage que constituait une faille forestière.

Celle-ci était longue d’environ six cents mètres et large, en son centre, d’une soixantaine. La densité des végétaux était telle que la profondeur ne pouvait que s’estimer. Au moins cent mètres au point le plus bas. De là où ils se trouvaient, la vue en enfilade de toutes ces plantes imbriquées les unes dans les autres s’avérait déroutante. On ne savait par où commencer pour trouver un chemin au milieu de tout ce fouillis végétal. De nombreuses sources alimentant la faille en eau se faisaient entendre, mais il était pratiquement impossible de les localiser.

Les plantes elles-mêmes s’évertuaient à paraître étranges aux yeux des Terriens, mariant volontiers le mauve et le violet plutôt que le vert et le brun comme sur Terre, adoptant des formes et des textures appartenant à tout sauf au règne végétal. Quant aux animaux, si l’on entendait des cris et des chants de toutes sortes, on ne voyait pratiquement aucun des leurs représentants, probablement trop effrayés par ces créatures inconnues pour oser se montrer.

Néanmoins, malgré l’apparente hostilité de cette jungle, Tancrède s’y sentait mieux qu’à la surface. Ici, la vie foisonnait, les créatures respiraient, se développaient, se reproduisaient, mouraient. Ici, ce monde vivait.

Il repensa au tigre-roche. Juste avant d’être réveillé par son cri, il en avait rêvé.

Dans ce songe, il ne l’avait même pas aperçu – probablement parce que, faute d’en avoir déjà vu en vrai, son subconscient ne pouvait en générer une représentation onirique – mais c’en était un, il en était certain. Or, ces étranges rêves auxquels il était maintenant presque habitué revêtaient souvent un aspect quasi prémonitoire. Dans celui-ci, le tigre attaquait. Pourtant, le spécimen qui les avait approchés ce matin était parti sans même se montrer.

Ah, je perds mon temps à chercher un sens à ces songes sans queue ni tête !

« Moi, je n’ai pas très bien dormi, soupira Liétaud tandis qu’il ôtait ses gants pour se réchauffer les mains sur son gobelet brûlant. Sans la régulation thermique de l’exo, j’ai passé mon temps à frissonner. Foutue planète où l’on a toujours trop chaud ou trop froid ! »

La veille, Tancrède lui avait conseillé de désactiver le chauffage de son Weiner-Nikov afin d’économiser l’énergie. Dans la mesure où ils ne pourraient plus les recharger, il était préférable de solliciter les piles alvéolaires le moins possible. Il était certes possible de les régénérer en partie grâce aux capteurs solaires de secours de la combinaison, mais c’était un processus qui prenait plusieurs jours. Or, si jamais ils étaient amenés à combattre, l’exosquelette de guerre se déchargerait en quelques heures seulement.

Quant aux vivres, ils avaient de quoi tenir plusieurs semaines. Après, une solution de rechange serait nécessaire.

« J’ai eu froid moi aussi, répondit Tancrède, mais j’étais si épuisé que je me suis endormi rapidement.

— Pour être franc, il n’y a pas que le froid qui m’a rendu le sommeil difficile, confia le Flamand. Je n’ai pas cessé de penser à ce que nous avons fait. »

En entendant cela, Tancrède se sentit à nouveau coupable de l’avoir entraîné avec lui.

« Il n’est pas trop tard pour changer d’avis. Si tu retournais maintenant au camp en expliquant que je t’ai forcé à me suivre, tu aurais certes des problèmes, mais cela ne ruinerait pas ta carrière. » Sentant l’argument faible, Tancrède ajouta : « Et surtout, mon ami, je ne t’en voudrais pas le moins du monde. Sur le moment, j’ai accepté que tu m’accompagnes parce que j’étais désemparé, mais ce n’était pas une bonne idée, tu as encore une…

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