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Dominium Mundi. Livre II

Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:

« Cette guerre pour laquelle il s’était engagé n’était pas une guerre de religion, ni même une simple guerre de conquête ou de colonisation, mais bel et bien une guerre d’extermination. »
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Ces paroles firent leur effet sur les inermes. Un bref instant de flottement y succéda durant lequel chacun semblait peser sa décision, puis Silvère leva brusquement son bras droit.

« Je vote pour qu’ils restent avec nous ! »

Alors, certains à contrecœur et d’autres avec davantage d’entrain, les rebelles votèrent, emplissant peu à peu la caverne d’une forêt de bras levés jusqu’à ce que la majorité soit si évidente que le comptage devienne inutile.

Tout sourire, Albéric donna une bourrade amicale à Tancrède.

« Bienvenue parmi nous, mon ami… Enfin, vous deux », ajouta-t-il en croisant le regard de Liétaud.

L’ex-lieutenant d’infanterie leur dit : « Merci. Merci à tous. Nous veillerons à nous montrer dignes de cette décision. Il nous faut juste un peu de temps pour décider de ce que nous allons faire.

— Et que comptes-tu donc faire, seul, sur cette planète, soldat ? »

Ignacio Destraña.

Albéric faillit s’en frapper le front. Pourquoi le mécanicien était-il si prévisible ? Il s’était tenu tranquille jusque maintenant, mais la tentation de semer le trouble était la plus forte.

« On nous dit que tu ne resteras pas longtemps, pourtant je ne vois pas bien ce que vous pourriez faire, même à deux, dans ce territoire hostile. À moins que tu n’espères rentrer chez toi ? Peut-être comptes-tu attaquer la Nouvelle-Jérusalem à toi seul ? »

Il eut un petit rire railleur qui résonna dans le vestibule. Ses amis acquiescèrent en ricanant.

« Attaquer la Nouvelle-Jérusalem ? répondit Tancrède sans animosité. Et pourquoi pas ? »

La stupeur fit hausser les sourcils d’Ignacio et son rire s’interrompit net. Par contre, la foule s’esclaffa aussitôt.

S’efforçant de sourire comme les autres, Albéric jeta un coup d’œil en coin à son ami, ne sachant s’il devait s’amuser de la répartie ou s’inquiéter du sérieux de son expression.

21 novembre 2205 TR

Raymond de St. Gilles commentait pour Pierre l’Ermite les données qui flamboyaient sur l’hologramme du centre de gestion tactique de l’état-major. Mais Pierre n’écoutait pas.

Le guide spirituel de la croisade se trouvait dans un tel état de tension qu’il était incapable de se concentrer sur cette litanie d’explications techniques. Son col trempé de sueur se plaquait sur son cou et il avait beau tirer constamment sur sa tunique, la sensation désagréable revenait sans cesse. Jamais, depuis le début de la campagne, il ne s’était senti aussi mal et donner le change aux yeux des autres lui demandait un effort considérable.

Pierre livrait une bataille intime. Il était sur le point de prendre une décision grave dont les conséquences pouvaient se révéler incalculables, ou plutôt, il faisait semblant de croire qu’il ne l’avait pas déjà prise.

Le comte lui expliquait patiemment le sens des symboles qui défilaient sur les vues aériennes montrant des combats dans les rues de la capitale, glosant à n’en plus finir sur telle ou telle stratégie appliquée par l’un des officiers en charge. De temps à autre, afin de se montrer poli ou pour s’assurer que Pierre l’écoutait vraiment, il lui demandait son avis sur un accrochage en cours et celui-ci se voyait contraint d’improviser un commentaire – probablement inepte – sur une scène de boucherie qui ne lui semblait pas différente de celle qui avait précédé et serait de toute évidence identique à la suivante. Néanmoins, même s’il s’était mis en retrait des affaires militaires, il était toujours le Prætor peregrini et devait, à ce titre, donner l’impression d’être attentif à l’évolution des combats. En tout cas, c’était en substance la leçon qu’Urbain IX lui avait assénée le matin même.

Les troupes devaient se battre chaque jour plus dur pour s’emparer de la capitale, mais, en dépit du retard sur les prévisions initiales, l’issue de la bataille ne faisait aucun doute. Pierre se demandait pourquoi ces créatures ne renonçaient pas pour s’enfuir dans les montagnes, loin de la machine de guerre croisée. Puis il songea que si les Atamides étaient venus faire la guerre sur Terre, lui-même aurait agi de la même manière. Où iraient-ils à long terme ? Même cachés dans les montagnes ou terrés dans de profondes cavernes, il était évident que les Croisés finiraient par les dénicher. Les instructions du Saint-Père à ce sujet étaient extrêmement claires. Tant qu’il resterait des Atamides sur Akya, l’ECM serait menacé. Ces infortunées créatures n’avaient d’autre choix que de se battre jusqu’à la mort, et elles semblaient le savoir.

Robert de Montgomery passa non loin du pupitre qu’occupaient Pierre et le comte de Toulouse en leur adressant un salut indifférent. Contrairement à Godefroy de Bouillon et Bohémond de Tarente qui se trouvaient sur le terrain, le duc de Normandie préférait suivre les combats à distance, depuis le relais Nod2 de la Tour de contrôle. Il s’éloigna sans même lui avoir adressé un mot.

Il ne me voit plus comme un obstacle, pensa l’Ermite, donc je n’existe plus pour lui. À ses yeux, seuls comptent ceux qui ont du pouvoir et il ne les classe qu’en deux catégories : allié ou ennemi.

Et précisément, même si Pierre ne s’était jamais considéré comme un réel allié du duc, il se serait sans aucun doute retrouvé aujourd’hui dans la seconde catégorie si son pouvoir sur cette armée n’avait pas déjà décru de la sorte. La compromission à laquelle il s’était résigné et qui avait fait de lui un allié objectif de Robert au début de la campagne lui était devenue intolérable. Il s’étonnait d’ailleurs d’avoir jamais pu la supporter. Cet homme le répugnait plus que jamais. En le regardant promener son regard dédaigneux sur les officiers affairés aux postes de communications, Pierre sut qu’il avait vraiment pris sa décision et qu’il ne pouvait plus revenir en arrière. Cela provoqua en lui un début de panique et la salle se mit à tanguer. Il dut fermer les yeux pendant un bref instant.

Tout était de la faute d’Urbain.

Le matin même, Pierre s’était résolu à user de son accès prioritaire au pape. Durant toute la matinée, il avait évité de trop y penser, de peur de renoncer. Cependant, avant de prendre une décision aussi importante que celle qu’il avait en tête, il fallait donner à Urbain une dernière chance. Une dernière chance de le convaincre.

Il s’était donc rendu dans le relais au sol de sa cabine tachy privée du Saint-Michel afin d’entrer en contact direct avec le bureau du pape au Vatican. À sa grande surprise, l’image du Saint-Père était déjà formée lorsqu’il était entré dans la pièce. Le pape l’attendait ! Lui qui faisait toujours attendre tout le monde ! Cela avait considérablement alarmé Pierre, mais il s’était néanmoins agenouillé dans le cercle lumineux afin d’être vu à son tour.

Évitant d’aborder directement la question sensible, le guide spirituel de la croisade avait commencé par revenir sur les problèmes éthiques posés par la présence, à ce niveau de la campagne, d’un personnage tel que Robert de Montgomery, tout en sachant que le Saint-Père les écarterait d’un revers de main. Ce qu’il fit, non sans impatience. La cause ultime de cette croisade dépassait en importance toutes les autres. Aussi était-il parfois nécessaire de fermer les yeux la moralité douteuse de certains.

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