Dominium Mundi. Livre II
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #2
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-1-090648-18-0
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:
Albéric chancela, comme s’il venait d’avoir un vertige. Il fit maladroitement un pas de côté et Tancrède crut qu’il allait tomber.
« Ça ne va pas ?
— C’est juste que je viens de réaliser que n’importe qui d’autre aurait pu faire cette découverte.
— Peut-être la feront-ils un jour. Mais tant que les combats accaparent leur attention, vous êtes relativement tranquilles. Dans le fond, ils pensent que vous n’avez pas survécu. Alors pourquoi monopoliser des forces, trop utiles ailleurs, pour chercher des cadavres ?
— Néanmoins, nous n’avons pas été suffisamment prudents en modifiant une zone aussi grande sur les cartes. C’était disproportionné, tout le contingent croisé pourrait tenir dans notre réseau de cavernes. C’était stupide de notre part ! » Il s’interrompit soudain et regarda Tancrède. « Je réalise aussi que tu ne nous as pas dénoncés. »
Tancrède lui mit une main sur l’épaule.
« Jamais je n’aurais fait une chose pareille. »
Hochant la tête, Albéric lui saisit le bras à son tour.
« Maintenant, je m’en rends compte.
— Bon, on ne va peut-être pas s’éterniser ici, dit Liétaud d’un ton où perçait une pointe d’agacement.
— Que comptez-vous faire maintenant ? demanda Albéric.
— Je ne sais pas. Quand nous avons quitté la Nouvelle-Jérusalem, nous n’avons pas vraiment eu le temps d’y réfléchir.
— À dire vrai, intervint Liétaud, nous espérions que vous pourriez nous héberger.
— Ah. »
Manifestement, Albéric s’attendait à une réponse de ce genre et ne paraissait pas très emballé à cette perspective.
« Ce n’est pas que je sois contre, finit-il par dire. Au contraire, même. Mais je crains que les autres ne soient pas de cet avis.
— Eh bien, répondit Tancrède en feignant l’optimisme, le plus simple est encore d’aller leur demander. »
L’entrée du réseau de cavernes était dissimulée par un énorme rocher en surplomb sous lequel s’ouvrait une cavité horizontale large de plus de dix mètres et haute de trois. De là partaient plusieurs boyaux rocheux permettant d’accéder aux autres parties du complexe naturel. Ce « vestibule » était soustrait aux regards extérieurs par des filets de camouflage et, la nuit, les sentinelles utilisaient des lunettes infrarouges plutôt que des lampes torche. Il fallait tout faire pour minimiser l’impact visuel auprès d’un éventuel patrouilleur humain ou ata.
Lorsqu’Albéric revint au camp, les deux hommes en faction sursautèrent en découvrant qu’il n’était pas seul. Ils épaulèrent aussitôt leurs fusils en glapissant des codes d’alerte de toutes sortes dans leur micro.
« Ne tirez pas, tout va bien ! leur cria Albéric de loin. Je ne suis pas prisonnier, ces soldats m’accompagnent !
— Commandant Villejust, c’est vous ? Vous êtes sûr que tout va bien ?
— Oui, oui, c’est bon, préviens tout le monde que je suis de retour avec de nouveaux amis ! »
Tancrède se pencha vers lui.
« Commandant Villejust ? »
La nuit était noire, mais Albéric n’avait pas besoin de voir le visage de l’ex-lieutenant pour savoir qu’un petit sourire devait s’y dessiner.
« Je te dispense de tout commentaire. »
Les deux sentinelles laissèrent les nouveaux venus approcher jusqu’à l’entrée, sans pour autant baisser leurs armes. Ils déglutirent à plusieurs reprises tandis que les soldats en exosquelette de guerre rangeaient leurs imposantes montures sur le côté puis les mettaient en veille. D’autres inermes déboulaient en catastrophe par les tunnels, le fusil à la main, l’air paniqué, et bientôt, une bonne quarantaine de personnes se massaient sous le grand rocher plat.
En dépit du brouhaha généré par la petite foule en émoi, les exclamations qui fusaient de toutes parts étaient explicites : ils avaient été découverts, c’était la fin ! Une onde de peur les faisait vibrer à l’unisson. Albéric dut s’y reprendre à plusieurs fois pour obtenir le silence.
Une fois le calme revenu, il leur déclara :
« Ces deux hommes sont Tancrède de Tarente et Liétaud Tournai. La plupart d’entre vous les connaissent, car ce sont des soldats célèbres, mais aujourd’hui, ce sont avant tout des déserteurs. »
Il observa une pause afin que ses paroles produisent leur effet. Des murmures de surprise parcoururent l’assistance.
« Ils sont venus à nous parce qu’ils ont besoin d’être cachés un certain temps avant de décider de ce qu’ils feront. Je les connais bien et je réponds d’eux comme de moi-même. Ainsi, en ce qui me concerne, je suis d’accord pour qu’ils restent autant qu’il le faudra. Néanmoins, comme je ne souhaite pas imposer une décision aussi importante à tout le groupe, je pense qu’il est préférable de la soumettre au vote. »
Pendant qu’il parlait, le reste des inermes les avait rejoints et maintenant, une centaine de personnes étaient regroupées dans le vestibule. En les parcourant du regard, Albéric découvrit Ignacio, entouré de ses amis, un peu en retrait à l’arrière de l’attroupement.
J’espère que tu ne vas pas me créer de problèmes cette fois, pensa-t-il.
Sa proposition avait semé la confusion dans l’assemblée. Beaucoup de voix s’élevaient pour dire qu’il était impossible de faire confiance à des soldats croisés, qu’ils les trahiraient à la première occasion et qu’il valait mieux les descendre tout de suite ; d’autres soutenaient que ce lieutenant était connu pour ses problèmes avec les autorités, que sa désertion n’était certainement pas feinte et que des soldats expérimentés apporteraient beaucoup à leur organisation ; d’autres, enfin, rappelaient que Tancrède avait souvent pris la défense des inermes et que c’était la moindre des choses de lui rendre la pareille aujourd’hui.
« Mais si jamais ils se retournent contre nous, que pourrons-nous faire pour nous défendre ? lança une femme. Ce sont des soldats entraînés, ils pourraient tous nous tuer avec leurs WN ! Il faudrait au moins les désarmer !
— Si c’était leur intention, rien ne les empêcherait de nous tuer tout de suite ! répondit quelqu’un d’autre. S’ils nous cherchaient pour le compte de l’armée, rien ne les obligeait non plus à venir nous voir seuls. Il suffisait de prévenir l’état-major et d’envoyer n’importe quel détachement d’assaut ! »
À l’étonnement d’Albéric, Ignacio, bien que tenant un conciliabule suspect avec sa petite cour et jetant fréquemment des coups d’œil vers les soldats, ne semblait pas décidé à intervenir.
« Regardez-moi ! »
Celui qui venait de parler d’une voix forte sortit de la foule. Silvère.
Le visage couvert de cicatrices mal refermées et affligé d’une légère claudication, le jeune homme que Tancrède avait sauvé des griffes d’Argant lors d’une nuit funeste sur le Saint-Michel s’avança pour être bien visible de tous.
« Regardez-moi, répéta-t-il plus doucement. Ces marques qui déforment mon corps sont le prix que j’ai payé pour notre soumission aux puissants. Cependant, elles sont aussi le rappel permanent du sacrifice que cet homme (il montra Tancrède du doigt) a consenti en me sauvant la vie. Je ne devrais pas être là ce soir, et d’ailleurs, certains de nos amis ne sont pas là à cause de tous les Argant de cette armée. En revanche, celui qui se tient devant nous maintenant et demande asile mérite plus que quiconque de l’obtenir. Si, de surcroît, il a la confiance d’Albéric, alors je remettrai ma vie entre ses mains sans hésiter. »