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Dominium Mundi. Livre II

Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:

« Cette guerre pour laquelle il s’était engagé n’était pas une guerre de religion, ni même une simple guerre de conquête ou de colonisation, mais bel et bien une guerre d’extermination. »
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À la circonférence du plateau sur lequel la Nouvel-le-Jérusalem était édifiée, des nombreux affleurements granitiques créaient des chaos rocheux que les barrières anti-franchissement contournaient tant bien que mal, de préférence en passant devant ou derrière. Toutefois, ici, la solution qui avait été retenue consistait à passer au-dessus. On avait sans doute jugé qu’étant donné la taille imposante des blocs, cela éviterait un détour conséquent. Tancrède, qui aimait souvent s’isoler le soir dans ce genre d’endroit, avait une fois découvert par hasard un conduit creusé dans la roche par un ancien torrent souterrain. Le tunnel, large d’un peu moins de deux mètres, passait précisément sous la barrière. Jamais une armée n’envahirait le camp en passant par là, néanmoins, pour celui qui désirait sortir discrètement, c’était idéal.

Le temps passait et les étoiles tournaient lentement dans le ciel. Vers trois heures du matin, la jeune femme commençait à penser qu’elle perdait son temps et qu’elle ferait mieux de rentrer dans ses quartiers, mais finalement, la fraîcheur nocturne lui faisait du bien. Désormais habituée à l’odeur particulière de cette planète, elle en était même venue à l’apprécier, or, la nuit, celle-ci devenait plus forte, plus pénétrante. Elle prit une profonde inspiration pour la savourer pleinement lorsque soudain, un bruit ténu se fit entendre. Bloquant aussitôt son souffle, elle expira le plus lentement possible afin de ne pas trahir sa position, puis se hissa d’une vingtaine de centimètres pour regarder par-dessus le rocher qui la dissimulait.

Deux hommes montés sur des percherons mécaniques chevauchaient au pas dans sa direction. Comme elle était postée juste au-dessus de l’entrée de l’ancien lit de torrent, elle était certaine qu’ils allaient l’emprunter. Le cœur de l’Amazone s’emballa. C’était eux.

Ils ne faisaient pratiquement aucun bruit. Les percherons étaient au minimum de leur puissance et leurs sabots avaient été enveloppés de tissus épais. Une technique vieille comme le monde, mais toujours efficace. De volumineuses sacoches étaient accrochées à l’arrière des montures. Aux armoiries peintes sur les exos, Clorinde vit que Tancrède ouvrait la marche.

Ils parvenaient à son niveau, c’était le moment. Elle rejeta sa couverture et sauta au bas du rocher, atterrissant avec souplesse devant eux.

Tancrède arrêta sa monture d’un geste brusque et le percheron faillit se cabrer. Liétaud épaula son fusil en un éclair.

« Attendez, ce n’est que moi ! s’écria-t-elle.

— Clorinde ? » fit Tancrède d’une voix surprise en essayant de la distinguer dans l’obscurité.

Tandis qu’il bloquait les commandes de sa monture pour éviter qu’elle ne piétine, Clorinde s’approcha, heureuse d’avoir réussi à le retrouver. Il sauta aussitôt de sa selle et la serra dans ses bras autant que son armure le lui permettait.

« Attention, tu vas me briser la colonne vertébrale ! » s’exclama-t-elle en riant.

Sans tenir compte de ce qu’elle disait, Tancrède la serra plus fort encore et l’embrassa longuement.

« Faites moins de bruit tous les deux, chuchota Liétaud. Vous allez nous faire repérer ! »

À regret, les deux amants mirent fin à leur étreinte.

« J’ai cru que je ne te reverrai plus jamais, souffla Tancrède.

— Moi aussi, mon amour. J’étais terrifiée à l’idée que tu allais partir pour toujours.

— C’est pourtant malheureusement ce qui va se passer, répondit Tancrède d’une voix rauque. Je dois m’en aller.

— Non, reste !

— Je ne peux pas. Tout ce qui m’attend, c’est la prison.

— Non, rien n’est jamais perdu ! Quoi qu’il ait pu se passer dans ce tribunal, on pourra toujours le défaire, trouver une solution. Tandis que si tu pars, si tu désertes, tu ne seras jamais pardonné ! »

La lueur bleue des indicateurs de charge des fusils T-farad faisait scintiller par intermittence les panaches de vapeur qu’ils produisaient en parlant. Tancrède promena lentement son regard alentour, un peu comme s’il craignait une embuscade.

« Tu ne vois pas le problème dans son ensemble, fit-il. Si tu avais été devant ces juges, ces marionnettes manipulées d’en haut, tu comprendrais. Si je les avais laissé faire, ils m’auraient enfermé pour toujours. Peut-être même Robert de Montgomery se serait-il arrangé pour que je trouve la mort au bagne, dans un accident.

— Non, je te promets que je me battrai sans relâche jusqu’à ce que ton procès soit révisé. Peut-être passeras-tu quelques années en prison, mais après, toute une vie à deux nous attend !

— Ce ne sera pas quelques années, tu le sais très bien. On ne révise jamais un procès en cour martiale. Or, j’ai été condamné à quinze ans.

— On ne peut pas rester là ! intervint Liétaud à voix basse. Une ronde peut passer à tout moment ! »

Clorinde s’affolait. Après tout ce qu’elle venait de faire pour retrouver Tancrède, il allait quand même partir.

« Et après tout ? Même si dans le pire des cas, tu purgeais réellement une telle peine, il nous resterait tout de même de longues années. Mais si tu pars ce soir, nous ne pourrons jamais vivre cela au grand jour. Tu seras toujours un fugitif. »

Tancrède ne répondit pas immédiatement.

« Tu me demandes d’accepter de plier devant ces scélérats, puis de croupir des années dans un bagne militaire, juste pour rester dans la légalité ? »

Clorinde comprit qu’elle n’aurait pas dû présenter les choses ainsi.

« Évidemment, dit comme ça, c’est inepte. Je te demande cela pour qu’après, nous puissions vivre parmi les nôtres, dans l’ECM, dans notre monde, sans avoir à nous cacher. »

Tancrède eut un frisson étrange.

« Quinze ans, Clorinde. »

Il avait parlé si bas qu’elle l’avait à peine entendu.

« Quinze ans, et encore, seulement si j’ai de la chance et qu’ils m’oublient une fois que je serai en prison. Te rends-tu compte ? »

L’Amazone hésita. Elle qui avait pensé que les choses seraient faciles, que le simple fait de la voir le convaincrait de rester.

« C’est un sacrifice terrible que je te demande, mais…

— Le ferais-tu pour moi ? coupa Tancrède.

— Bien sûr ! Je sais que c’est facile à dire, que ce n’est pas moi qui suis condamnée à une peine de prison et…

— Non. Ce n’est pas de cela que je parle. Ferais-tu un sacrifice comparable pour moi ? »

La gorge nouée, Clorinde demanda : « Mais… comme quoi ?

— Comme me suivre ce soir, par exemple. Fuir ces fous maintenant et passer toute une vie avec moi sur cette planète. »

Pour la jeune femme, ce fut comme si elle recevait un coup de poing à l’estomac. Elle comprenait soudain ce qui se passait dans l’esprit de l’homme qu’elle aimait et cela lui fit venir les larmes aux yeux une nouvelle fois.

« Tu ne peux pas comparer, cela n’a rien à voir, dit-elle d’une voix plaintive. Tu ne peux pas me demander de renoncer à la vie qui m’attend !

— C’est pourtant ce que tu me demandes.

— Non, non. Ce n’est pas pareil. Toi tu n’as plus… »

Elle s’interrompit, mais c’était trop tard.

« Je n’ai plus rien à attendre de la vie de toute façon, c’est ce que tu allais dire ? Passer quinze ans en prison ou sur cette planète, quelle différence ?

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