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Dominium Mundi. Livre II

Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:

« Cette guerre pour laquelle il s’était engagé n’était pas une guerre de religion, ni même une simple guerre de conquête ou de colonisation, mais bel et bien une guerre d’extermination. »
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En dépit de l’heure peu tardive, la nuit était déjà là. Des myriades de petites lucioles vertes flottaient dans l’air au gré de la brise, minuscules points lumineux aux reflets émeraude. J’ignorai s’il s’agissait véritablement d’un équivalent des lucioles terrestres ou d’une sorte de poussière phosphorescente. Je n’en avais jamais vu à la Nouvelle-Jérusalem, mais ici, on en observait tous les soirs pendant près d’une heure, au crépuscule. Après, elles disparaissaient aussi mystérieusement qu’elles étaient apparues.

Comme Alpha Centauri C n’était pas encore levée, l’obscurité était plus profonde que d’habitude. Afin d’éviter de me tordre la cheville sur une pierre, j’allumai la lampe torche – une petite, non repérable – dont je m’étais muni avant de partir, puis la glissai entre mes dents. J’avais besoin de mes deux mains pour tirer les sacs. Avant de reprendre ma route, je jetai machinalement un coup d’œil sur les côtés du chemin. Même si je ne risquais pas grand-chose – depuis notre arrivée, aucun signe d’une quelconque présence ata n’avait été décelé dans le coin – j’avais toujours une petite appréhension lorsque je me retrouvais seul dans le désert, surtout de nuit.

La contestation permanente d’Ignacio mettait donc à mal le moral de notre groupe, mais l’honnêteté intellectuelle m’obligeait à admettre que je n’avais pas beaucoup de perspectives à leur proposer. Lorsque nous avions organisé cette fuite, la colère était notre principal moteur. Nous n’étions plus disposés à supporter l’oppression de la classe dominante et nous sentions prêts à tout pour nous en affranchir. Or, après bientôt un mois passé dans ces cavernes, certains commençaient à douter d’avoir fait le bon choix. Et malheureusement, j’étais du nombre.

Après tout, peut-être aurait-il mieux valu courber l’échine pendant quelques années encore et conserver une chance de revenir sur Terre après ? L’idée d’avoir commis une erreur de jugement aussi grave me nouait l’estomac, mais je me raisonnais en me disant que seul un abruti pouvait croire qu’on se fatiguerait à ramener les inermes chez eux à la fin de cette guerre : le vaisseau resté en orbite n’était plus assez grand pour autant de monde !

Malgré l’effort que me demandait la corvée de poubelles, je sentis que le froid gagnait du terrain sur la chaleur résiduelle de la journée. Il faudrait que je revienne au trot si je ne voulais pas me geler le derrière. Heureusement, je venais d’arriver à la faille-vide-ordures. J’y balançai avec soulagement les sacs tout en me demandant où ce puits béant pouvait bien mener puisqu’on n’entendait jamais aucun impact sur un quelconque fond.

Ce fut précisément en tendant l’oreille pour essayer de percevoir le bruit de la chute que j’entendis un craquement à quelques mètres, dans les rochers qui bordaient le chemin.

Mon cœur se mit à cogner dans ma poitrine. J’étais loin du camp et sans aucun moyen de prévenir les autres. Ruminer mes problèmes m’avait fait oublier la nécessité d’être vigilant. Quelle bêtise de faire exécuter cette corvée par un homme seul ! Une fois encore, notre inexpérience nous avait fait commettre une erreur grave !

Comprenant que l’affolement m’empêchait d’agir, je me contraignis à ramener devant moi le lourd fusil T-farad que je portais en bandoulière dans le dos. La manœuvre me fit lâcher ma lampe torche et j’étouffai un juron en la ramassant tout en essayant de me souvenir de quel côté j’avais entendu le bruit. Il me fallut ensuite chercher nerveusement du bout des doigts le cran de sûreté de l’arme. Sentant une aspérité sous le fusil, je crus l’avoir trouvé et appuyait sur le bouton. Par malheur, j’avais confondu avec l’accroche de la bandoulière et le fusil se détacha pour tomber au sol dans un vacarme de tous les diables. Paniqué, j’allai me pencher pour le ramasser lorsque je fus soudain saisi par les épaules puis violemment tiré en arrière.

La suite fut assez confuse pour moi. Les étoiles et les roches alentour basculèrent cul par-dessus tête, des pierres me râpèrent les joues et du sable réussit à pénétrer dans ma bouche tandis qu’on me jetait au sol sans ménagement. Une poigne de fer m’immobilisa les deux bras derrière le dos pendant qu’une main gantée se plaquait sur ma bouche pour m’empêcher de crier. J’entendis qu’on ramassait mon fusil puis on m’attacha les bras avec une sorte de lanière plastique. J’exsudais la peur par tous les pores de ma peau. Remis debout par deux bras puissants qui me soulevèrent, comme si je ne pesais pas plus lourd qu’un enfant, et entraîné à l’écart de la piste, on me fit marcher entre les rocs à la lueur bleutée d’une lampe frontale d’exosquelette de guerre croisé. Tout avait été si vite que je n’avais même pas eu le temps de me demander si mes agresseurs étaient atamides ou humains.

Maintenant, je savais que l’armée nous avait retrouvés.

Tout était perdu. Après être parvenus à nous localiser, ils avaient capturé l’abruti qui se baladait tout seul à deux cents mètres du camp avant de donner l’assaut.

On va tous mourir ! Tout est ma faute !

Poussé dans le dos, je marchai – ou devrais-je dire, trébuchai – sur une cinquantaine de mètres, puis l’on m’arrêta derrière une barre rocheuse où j’aurais pu crier aussi fort que je le voulais, personne ne m’aurait jamais entendu dans les cavernes. Sans que je sache pourquoi, on sectionna mes liens. Pensant que je n’aurais peut-être jamais une autre occasion, je fis volte-face en essayant de flanquer un coup de poing au jugé, sans même savoir où se trouvait la tête de celui qui venait de me libérer. Un bras couvert de plaques en carbone-semtac bloqua sans difficulté ma piètre attaque et une voix familière me dit sur un ton ironique :

« Tu n’es pas encore très doué avec un T-farad. » L’adrénaline sécrétée en quantités industrielles dans mon cerveau m’empêchant d’élaborer une quelconque réponse intelligente, je criai : « Allez-y, bande d’ordures ! Ne faites pas durer le plaisir et descendez-moi maintenant qu’on en finisse ! »

Ce n’était certes pas une réplique d’un grand lyrisme, mais je ne trouvai rien de mieux sur le moment.

« Je ne vais quand même pas te tuer alors que je ne t’ai pas encore fait mes excuses, Albéric. »

Je crois que si une tonne d’eau glacée m’était tombée dessus à ce moment-là, cela ne m’aurait pas fait autant d’effet.

« Tancrède ? »

* * *

Le paysage défilait à toute allure sous l’intercepteur H6 « Faucon Borgne ».

La lieutenante Adélaïde Moret-Roussant l’avait surnommé ainsi en raison de la légère asymétrie des couvercles orange des tubes à missiles situés sous les ailes. Un défaut de fabrication sans importance pour le fonctionnement général, mais assez ridicule sur le plan esthétique. Vu de trois quarts, lorsque le cockpit était ouvert et le nez de l’appareil baissé, cela donnait l’impression de regarder une tête d’oiseau au bec crochu dont l’un des yeux était pratiquement fermé. Un faucon borgne.

« Faucon Borgne à contrôle, balayage visuel huitième secteur terminé, aucune trace des fuyards, dit-elle. Je répète : balayage visuel huitième secteur terminé, aucune trace des fuyards. Attends instructions. »

Les derniers rayons du soleil peinaient à franchir les crêtes montagneuses sur l’horizon, projetant d’étranges reflets verts dans tout le cockpit. La radio cracha quelques parasites avant que la réponse n’arrive.

« Bien reçu, Faucon Borgne. Commencez le balayage du secteur neuf. »

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