L'homme dans le labyrinthe [The Man in the Maze - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1973
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- Переводчик: Michel Rivelin
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «L'homme dans le labyrinthe [The Man in the Maze - fr]». Краткое содержание книги:
Tous les hommes qui avaient tenté de pénétrer dans le labyrinthe de Lemnos avant Muller étaient morts d’une façon atroce. Tous ceux qui avaient essayé de l’y rejoindre par la suite avaient été massacrés.
Aujourd’hui Ned Rawlins vient d’atterrir près du labyrinthe. Il a reçu l’ordre de ramener Muller sur la Terre, sa planète natale qui a besoin de lui. Sa planète qui, neuf ans auparavant, l’avait impitoyablement chassé, forcé à se réfugier au cœur de ce labyrinthe aux dédales mortels.
Quelles chances Rawlins a-t-il de survivre et d’accomplir sa mission ?
Soudain, il comprit l’utilité de la cage.
Venant de plusieurs directions, trois lourdes créatures pesant bien une centaine de kilos chacune s’approchèrent de l’endroit où il était. Leur pelage fauve était sale et boueux, l’échine basse et saillante. Leur tête longue et pyramidale portait deux paires de petits yeux méchants disposées de chaque côté du crâne, juste devant leurs oreilles pendantes et déchirées. Des défenses recourbées saillaient hors de leurs babines étroites d’où pendaient des filaments de bave. Leurs puissantes mâchoires étaient garnies de petites canines très tranchantes qui s’entrecroisaient horriblement.
Les animaux s’observèrent avec méfiance et commencèrent à exécuter une série de mouvements complexes, prenant bien soin de ne pas s’attaquer. Rawlins comprit que cette sorte de ballet était uniquement destiné à délimiter les rapports de force entre eux, voire d’établir comment ils se partageraient leur éventuel gibier. Ils allèrent renifler négligemment dans le charnier, mais il était évident que ce n’étaient pas des charognards. Ces bêtes cherchaient de la chair vivante et elles dédaignaient les dépouilles des petits nécrophages. Quand elles eurent terminé de fouiller les restes, elles se retournèrent pour inspecter Rawlins. Elles se présentaient de trois quarts, de sorte que Rawlins voyait seulement trois paires d’yeux qui le détaillaient. Il ne tenait plus du tout à se trouver libre, désarmé et épuisé devant ces trois choses menaçantes.
À ce moment-là, naturellement, les barreaux de la cage commencèrent silencieusement à se rétracter.
Muller arrivait à cet instant. D’un coup d’œil, il embrassa la scène ; il vit les trois porcs sauvages affamés devant le malheureux Rawlins, effrayé et ensanglanté, qui se trouvait tout à coup sans protection. Il ne prit pas le temps d’admirer le mouvement parfait des barreaux s’emboîtant dans leur logement.
— Couchez-vous ! cria-t-il.
Rawlins eut le réflexe de courir de quelques pas vers la gauche. Il glissa sur le pavement poisseux de sang et alla s’affaler dans le monticule de petits cadavres presque au début de la rue. Au même instant, sans prendre la peine de couper la visée automatique puisque ce n’était pas de la viande comestible, Muller fit feu. Les trois immondes bêtes s’affalèrent sur le sol et restèrent inertes. Muller s’approchait pour secourir Rawlins quand un des robots venant de la zone F apparut, avançant gaiement vers eux. Muller jura entre ses dents. Il sortit le globe destructeur de sa poche et dirigea la petite ouverture vers l’engin. La face totalement inexpressive du robot le regardait faire. Muller tira.
Un éclair et plus rien. La savante mécanique était désintégrée. Entre-temps, Rawlins avait réussi à se soulever.
— Vous n’auriez pas dû le détruire, dit-il en bafouillant. Il venait simplement m’aider.
— Avons-nous besoin d’aide ? demanda froidement Muller. Pouvez-vous marcher ?
— Je crois.
— Êtes-vous gravement blessé ?
— Non, j’ai simplement été mâchonné un peu partout. Ce ne doit pas être aussi sérieux que ça en a l’air.
— Venez avec moi, dit Muller.
Déjà d’autres nécrophages, mystérieusement avertis du carnage, se précipitaient à travers l’esplanade vers les trois dépouilles. Des petites choses dentues s’activaient laborieusement à travers les entrailles fumantes. Rawlins vacilla sur ses jambes ; il marmonnait tout bas des paroles incompréhensibles. Oubliant ses émanations, Muller s’approcha et lui saisit le bras. Le jeune homme, coléreusement, échappa à sa poigne et se dégagea, puis, par remords ou par fatigue, il revint s’appuyer de lui-même sur l’épaule de Muller.
Ils traversèrent ainsi la place. Rawlins tremblait fébrilement et Muller se demandait si ses effluves mentaux nauséabonds en étaient la cause ou si c’était le choc nerveux de ce qu’il venait de subir.
— Par ici, dit-il durement.
Ils entrèrent dans la cellule hexagonale où se trouvait son diagnostat. Muller ferma soigneusement la porte tandis que Rawlins se laissait mollement tomber sur le sol nu de la pièce. Ses cheveux blonds étaient collés sur son front. Dans son visage creusé et ruisselant de sueur ses yeux aux pupilles dilatées roulaient follement.
— Combien de temps avez-vous été attaqué ? demanda Muller.
— Quinze, vingt minutes. Je ne sais pas. Ils devaient bien être cinquante ou cent, je ne sais plus. Je n’arrêtais pas de briser leur cou. Vous savez, cela faisait un petit craquement, comme quand on casse du bois sec. Et puis la cage a disparu. (Il eut un rire sauvage :) Ç’a été le meilleur moment. J’avais à peine fini d’écraser toutes ces petites horreurs, je reprenais mon souffle, quand les trois gros monstres sont arrivés. Et alors, tout naturellement, il n’y a plus eu de cage et…
— Du calme, du calme, dit Muller, vous parlez si vite que je ne peux pas vous suivre. Pouvez-vous ôter vos bottes ?
— Ce qu’il en reste.
— Oui. Enlevez-les et on va essayer de vous réparer un peu. Il n’y a pas de bactéries infectieuses sur Lemnos. Ni de protozoaires, ni de trypanosomes, ni même d’algues d’après ce que j’ai pu constater.
Rawlins tremblait trop :
— Vous ne voulez pas m’aider ? Je crains de ne…
— Vous savez bien que vous n’aimez pas que je m’approche, l’avertit Muller.
— Je n’en ai rien à faire ! Allez-y, aidez-moi.
Muller haussa les épaules. Il s’agenouilla et entreprit d’enlever les agrafes. Les bottes et les joints métalliques étaient lacérés, et les jambes de Rawlins n’étaient guère mieux. Débarrassé de ses bottes et de son pantalon, le jeune homme était étendu de tout son long sur le sol. Il grimaçait et faisait des efforts pour avoir l’air héroïque. Ses jambes étaient en assez mauvais état, mais ses blessures ne semblaient pas vraiment sérieuses ; c’était surtout leur nombre qui était inquiétant. Muller brancha le diagnostat. Les lampes rougeoyèrent et les aiguilles des différents compteurs se mirent à osciller.
— C’est un vieux modèle, remarqua Rawlins. Je ne sais pas très bien ce qu’il faut faire.
— Enfoncez vos jambes dans le soufflet de sondage.
Rawlins se tortilla et glissa le bas de son corps dans l’appareil qui ronflait doucement. Une lumière bleue éclairait ses blessures. Un bras articulé muni d’un tampon de gaze essuya longuement et soigneusement la jambe gauche jusqu’au dessus du genou, puis le tampon fut digéré par la machine qui l’analyserait et définirait les soins à apporter pour éviter l’infection. Un autre tampon s’occupa de l’autre jambe. Rawlins se mordit les lèvres. Les tampons étaient humectés d’un produit antiseptique et de coagulant… Ce travail de nettoyage révéla sur la peau des entailles et des écorchures superficielles. C’était encore assez vilain, songea Muller, mais les plaies avaient l’air moins graves qu’il ne l’avait cru au premier abord.
Le diagnostat produisit une nodosité ultrasonique et injecta un liquide doré dans la fesse de Rawlins. Un analgésique, augura Muller. Une seconde injection, d’une couleur sombrement ambrée, suivit. C’était certainement quelque antibiotique général destiné à combattre tout risque d’infection. Visiblement, Rawlins se détendait et se calmait. Maintenant, toute une série de petits bras articulés couraient sur ses jambes pour ausculter et étudier les lésions en détail.