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L'homme dans le labyrinthe [The Man in the Maze - fr]

Электронная книга - «L'homme dans le labyrinthe [The Man in the Maze - fr]». Краткое содержание книги:

« Muller vivait depuis neuf ans dans le labyrinthe. Maintenant, il le connaissait bien. Il savait ses pièges, ses méandres, ses embranchements trom­peurs, ses trappes mortelles. Depuis le temps, il avait fini par se familiariser avec cet édifice de la dimension d’une ville, sinon avec la situation qui l’avait conduit à y chercher refuge. »
Tous les hommes qui avaient tenté de pénétrer dans le labyrinthe de Lemnos avant Muller étaient morts d’une façon atroce. Tous ceux qui avaient essayé de l’y rejoindre par la suite avaient été massacrés.
Aujourd’hui Ned Rawlins vient d’atterrir près du labyrinthe. Il a reçu l’ordre de ramener Muller sur la Terre, sa planète natale qui a besoin de lui. Sa planète qui, neuf ans auparavant, l’avait impi­toyablement chassé, forcé à se réfugier au cœur de ce labyrinthe aux dédales mortels.
Quelles chances Rawlins a-t-il de survivre et d’accomplir sa mission ?
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— Croyez-vous que Muller arrête aussi ceux-là ?

— Je le crains, monsieur. Il connaît les voies d’accès mieux que nous. Il les contrôle toutes.

— Avez-vous envoyé des robots par des itinéraires que nous n’avons pas encore repérés ?

— Deux, monsieur. Nous les avons perdus.

— Hum. Nous ferions mieux d’envoyer une troupe de robots en même temps, en espérant qu’au moins un échappera à la surveillance de Muller. Le gosse en a assez d’être enfermé dans sa cage. Changez la programmation, voulez-vous ? L’ordinateur peut commander plusieurs manœuvres à la fois. Il faut qu’une vingtaine de robots entrent simultanément.

— Il nous en reste seulement trois, dit Greenfield.

Boardman mordit nerveusement son cigare :

— Trois ici au camp, ou trois en tout ?

— Trois au camp et cinq autres à l’extérieur du labyrinthe. Ils sont en train de se frayer un chemin jusqu’à nous.

— Comment, huit en tout ? C’est de la folie ! Appelez Hosteen ! Qu’ils se mettent au travail là-bas, et vite ! Je veux cinquante robots pour demain matin ! Non, quatre-vingts ! Quelle bande de crétins ! Greenfield !

— Oui, monsieur.

— Fichez-moi le camp !

— Oui, monsieur.

Boardman haletait furieusement. Il commanda une boisson riche, épaisse, presque sirupeuse, distillée par les Pères Prolepticalistes sur Deneb XIII. Il était fou de rage. Il vida son verre d’un trait et se fit resservir. Il avait conscience du danger de perdre de vue le but final. C’était le pire des péchés pour ceux qui exerçaient la même profession que lui. Cette mission jalonnée d’embûches lui portait sur les nerfs. Cette avancée à petits pas prudents, les infimes complications, toutes les reculades et tous les détours avant d’atteindre enfin la cible. Rawlins dans la cage. Rawlins et ses scrupules moraux. Muller et ses épanchements névrotiques. Toutes les petites créatures qui se faufilaient un peu partout et considéraient songeusement votre gorge. Les pièges inventés et construits par des démons. Et surtout ces êtres extragalactiques qui attendaient avec leurs yeux comme des soucoupes, doués de facultés inconnues et inimaginables ; pour qui même Charles Boardman n’avait pas plus d’importance qu’un légume avarié. Et, au-dessus de tout cela, l’anéantissement total qui menaçait. Boardman tira vainement sur son cigare éteint. Il ne retrouvait plus son culot à ignition. Il se baissa et ralluma son cigare à une lampe infrarouge du générateur. Il tira quelques bouffées énergiques avant de rebrancher d’un mouvement sec le système de communication qui le reliait à Ned Rawlins.

L’écran s’éclaira et montra une cage blanche sous le clair de lune. Sur le sol grouillait une multitude des petites créatures à fourrure. Leurs museaux s’ouvraient sur des rangées de dents acérées.

— Ned, appela-t-il. C’est Charles. Les robots sont partis, mon garçon. Dans cinq minutes on vous aura délivré de cette stupide cage. Vous m’entendez, cinq minutes !

* * *

Rawlins était très occupé.

C’était presque drôle, malgré le tragique de sa situation. Les petites bêtes arrivaient de partout, en nombre toujours plus grand. Cela ne finirait jamais. Elles venaient à plusieurs et passaient entre les barreaux ensemble : des belettes, des furets, des visons, des hermines, tout en dents et en yeux. Mais c’étaient des charognards, non des tueurs. Dieu seul savait ce qui les attirait dans cette cage. Ils se massaient autour de ses pieds, frôlant ses chevilles de leurs fourrures râpeuses, le grattant, entaillant sa peau avec leurs griffes, mordant ses mollets.

Il les écrasait. Il constata très vite qu’un coup de talon bien appuyé derrière la tête brisait rapidement et efficacement la mince colonne vertébrale. Presque dans le même mouvement, il repoussait la dépouille dans un coin de la cage. Aussitôt, les autres se ruaient sur le corps qui remuait encore. Ils étaient donc aussi cannibales. Rawlins prenait la cadence, scandée par les bruits de mastication. Crac, crac. Lever, écraser, pousser. Crac, crac. Lever, écraser, pousser. Crac, crac. Lever, écraser, pousser. Crac, crac. Lever, écraser, pousser. Crac, crac.

Il commençait néanmoins à être sérieusement entaillé.

Pendant les cinq premières minutes il avait à peine eu le temps de respirer. Lever, écraser, pousser. Lever, écraser, pousser. Il en avait tué au moins une vingtaine. Dans le coin de la cage s’élevait un monticule de petits corps déchiquetés dans lesquels fouillaient leurs congénères à la recherche des morceaux les plus tendres. Il arriva un moment où tous les charognards furent occupés à dépecer leurs semblables morts et aucun ne pénétrait plus dans la cage. Rawlins eut un instant de répit. Il s’agrippa à un barreau et leva sa jambe gauche pour examiner les dégâts. À partir du mollet, il était couvert de coupures, de griffures et de morsures. Il se demanda si la Croix Stellaire était remise à titre posthume aux explorateurs morts de la rage galactique. Son genou et sa jambe ruisselaient de sang et les blessures, quoique peu profondes, le brûlaient douloureusement. Tout à coup, il comprit ce qui avait attiré les nécrophages vers lui. Pendant son moment de répit, il respira largement pour retrouver son souffle et il sentit l’odeur chaude et écœurante de la viande en décomposition. C’était si fort qu’il pouvait presque la visualiser : une grosse charogne, le ventre ouvert largement sur des organes fumants et visqueux ; des grosses mouches noires tourbillonnant au-dessus ; et des vers par milliers grouillant dans l’amas de chair…

Pourtant, rien ne pourrissait ici. À part les os, il ne restait déjà presque plus rien des petits nécrophages qu’il avait tués quelques minutes plus tôt.

Rawlins réalisa que ce devait être une illusion sensorielle olfactive : un autre piège tendu par le labyrinthe. La cage reproduisait la puanteur de la décomposition. Pourquoi ? Évidemment pour tromper le flair et pour attirer les petits nécrophages. Une torture horriblement raffinée. En un éclair, il se demanda si Muller n’était pas pour quelque chose là-dedans. Dans le centre de contrôle de la cité, n’était-ce pas lui qui avait commandé l’émission ?

Il dut bien vite abandonner ses réflexions. Une nouvelle horde de bêtes traversaient en courant l’esplanade, se dirigeant vers lui. Elles semblaient légèrement plus grosses, pas trop toutefois, juste assez pour se glisser entre les barreaux. Leurs crocs brillaient lugubrement sous l’éclat des lunes. Très vite, Rawlins écrasa sous son pied les trois premiers groins qui se présentèrent. Surmontant sa répulsion, il prit les animaux seulement assommés et les jeta au loin, à une dizaine de mètres de la cage. C’était une inspiration géniale dictée par l’instinct de défense. Les nouveaux arrivants s’arrêtèrent, reniflèrent un instant les trois corps étalés et se jetèrent dessus pour les déchiqueter sauvagement. Seuls quelques nécrophages tentèrent de pénétrer dans la cage. Comme ils étaient peu nombreux, Rawlins avait le temps de les écraser et de les rejeter au loin pour qu’ils servent de pâture à leurs semblables. À ce train, pensa-t-il, s’ils continuent à m’attaquer en ordre dispersé, ils finiront par tous se dévorer entre eux.

Finalement, la ruée se calma. Il avait bien dû en tuer soixante-dix ou quatre-vingts. L’odeur de sang frais couvrait la puanteur synthétique. Ses jambes le faisaient durement souffrir et son cerveau battait lourdement dans son crâne. Petit à petit, la nuit redevint calme et paisible. Des squelettes parfaitement nettoyés et d’autres sur lesquels pendaient encore des lambeaux de fourrures sanguinolentes dessinaient un arc de cercle autour de la cage. Une mare épaisse et poisseuse de sang de toutes les espèces s’étalait sur une douzaine de mètres carrés. Les derniers survivants, repus et rassasiés, étaient partis furtivement sans même un regard vers l’occupant de la cage. Exténué, les nerfs à vif, Rawlins oscillait entre le rire et les larmes. Il s’accrochait aux barreaux, ne se sentant plus soutenu par ses jambes ensanglantées et tremblantes. Elles le brûlaient horriblement. Il s’imagina des micro-organismes envahissant et pourrissant son sang. Que resterait-il de lui au matin : un tas de chairs rouges et boursouflées ? Serait-il un autre martyr à la cause brandie par Charles Boardman ? Quel idiot il avait été de pénétrer dans la cage ! Gagner la confiance de Muller ! Aussi stupidement ?

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