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READ-E-BOOK » Научная фантастика » L'homme dans le labyrinthe [The Man in the Maze - fr]
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L'homme dans le labyrinthe [The Man in the Maze - fr]

Электронная книга - «L'homme dans le labyrinthe [The Man in the Maze - fr]». Краткое содержание книги:

« Muller vivait depuis neuf ans dans le labyrinthe. Maintenant, il le connaissait bien. Il savait ses pièges, ses méandres, ses embranchements trom­peurs, ses trappes mortelles. Depuis le temps, il avait fini par se familiariser avec cet édifice de la dimension d’une ville, sinon avec la situation qui l’avait conduit à y chercher refuge. »
Tous les hommes qui avaient tenté de pénétrer dans le labyrinthe de Lemnos avant Muller étaient morts d’une façon atroce. Tous ceux qui avaient essayé de l’y rejoindre par la suite avaient été massacrés.
Aujourd’hui Ned Rawlins vient d’atterrir près du labyrinthe. Il a reçu l’ordre de ramener Muller sur la Terre, sa planète natale qui a besoin de lui. Sa planète qui, neuf ans auparavant, l’avait impi­toyablement chassé, forcé à se réfugier au cœur de ce labyrinthe aux dédales mortels.
Quelles chances Rawlins a-t-il de survivre et d’accomplir sa mission ?
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— Je leur enverrai un message, répondit Rawlins d’un ton renfrogné. Mais j’espère être libéré à cette heure-là.

— Restez calme, lui conseilla la voix de Boardman. Si cela devient nécessaire, nous vous en sortirons nous-mêmes. Pour l’instant, il est important de ne pas brusquer Muller avant que vous n’ayez établi un vrai et profond contact avec lui. Si vous m’entendez, touchez votre menton avec votre main droite.

Rawlins fit ce qui lui était demandé.

— Ce fut très courageux de votre part, Ned, dit Muller. Ou stupide. Parfois, je me demande s’il y a une différence entre le courage et la bêtise. De toute façon, je vous en remercie beaucoup. Je voulais vraiment savoir comment fonctionnaient ces cages.

— Heureux d’avoir servi à quelque chose. Vous voyez que tous les êtres humains ne sont pas aussi moches que vous le dites.

— Pas consciemment. C’est la boue qui est à l’intérieur qui pue. Tenez, je vais vous rafraîchir la mémoire.

Il s’approcha et posa ses mains sur les barres blanches et lisses comme des os. Rawlins sentit les émanations s’intensifier :

— Voilà l’odeur de ce qui croupit sous notre crâne. Naturellement, je ne l’ai jamais sentie moi-même. J’ai simplement constaté et extrapolé à partir des réactions des autres. Ce ne doit pas être joli, joli.

— Je pourrais m’y habituer, je crois, dit Rawlins. (Il s’assit en tailleur :) Après votre retour de Bêta Hydri IV sur Terre, avez-vous essayé de la faire disparaître ?

— J’ai consulté tous les chirurgiens possibles. Ils étaient incapables de découvrir quels changements étaient intervenus dans mon effluve nerveux. Alors, vous pensez bien qu’ils ne pouvaient pas me réparer.

— Combien de temps êtes-vous resté ?

— Quelques mois. Juste assez pour apprendre que pas un seul être humain ne pouvait s’approcher de moi sans devenir vert. J’ai commencé par me prendre en pitié, puis je me suis répugné moi-même, ce qui est à peu près la même chose. Je désirais me tuer pour éviter au monde d’avoir à renifler sa propre saleté.

— Je ne vous crois pas, dit Rawlins. Certains hommes refusent le suicide. Vous, par exemple.

— Oui, c’est ce que j’ai fini par découvrir. Je ne me suis pas tué, comme vous pouvez le constater. J’ai d’abord essayé des drogues, les plus dangereuses, puis je me suis mis à boire et à rechercher les pires risques. Rien. J’étais toujours vivant. En un mois, j’ai fait quatre séjours dans des cliniques neuropsychiatriques. J’ai essayé de porter un casque blindé et scellé sur moi pour empêcher les radiations mentales. C’était comme vouloir attraper des neutrons avec un filet à papillons. J’ai provoqué une panique générale dans une maison close sur Vénus. Toutes les filles se sont sauvées dehors, complètement nues. (Il cracha de dégoût :) Vous savez, j’avais toujours bien supporté l’isolement. Quand je vivais avec les gens, j’étais gai et cordial. Je savais plaire et j’aimais cela. Bien sûr, je n’ai jamais été aussi rayonnant que vous. Vous êtes aimable, noble et gracieux, Ned. Mais je tenais ma place. J’avais des amis, des femmes, des relations. J’étais un homme parmi les autres. En même temps, je pouvais partir en mission pendant un an, un an et demi, sans voir personne, sans que cela me gêne. Après, quand je fus rejeté pour de bon par la société, je me suis rendu compte que j’avais besoin d’elle et que je souffrais de ma solitude. Maintenant c’est terminé. J’ai dépassé ce besoin. Je pourrais encore vivre un siècle tout seul sans éprouver le désir de voir quelqu’un. Je me suis entraîné à considérer l’humanité comme elle me considère : quelque chose de morbide qui rend malade, qui soulève le cœur et qu’il vaut mieux éviter. Allez tous au diable ! Je ne dois rien à personne. Je n’ai aucune obligation envers les hommes, pas même de les aimer. Je pourrais vous laisser pourrir dans cette cage, Ned, sans éprouver le moindre remords. Je passerais deux fois par jour devant la cage et je sourirais à votre squelette. Ce n’est pas que je vous haïsse, vous personnellement, ou vos semblables qui peuplent la galaxie. Non. Simplement, je vous méprise. Vous ne m’êtes rien. Encore moins que rien. Vous êtes de la saleté. Vous voyez, je vous connais maintenant, et vous me connaissez vous aussi.

— Vous parlez comme si vous apparteniez à une autre espèce que la nôtre, dit Rawlins, hébété d’étonnement.

— Non. J’appartiens à la race humaine. Je suis le plus humain de tous les hommes parce que je suis le seul qui ne puisse cacher sa profonde essence humaine. La sentez-vous, cette merveilleuse essence humaine ? Toute sa laideur et sa puanteur ? Ce qui est en moi est en vous aussi. Allez voir les Hydriens, ils vous aideront à la libérer et à l’émettre, et alors vous verrez tout le monde vous fuir comme on m’a fui. Je suis le porte-parole des hommes. Je suis la vérité. Je suis l’esprit enfoui sous les crânes. Je suis les tripes et les viscères de la pensée. Je suis ce tas d’ordures que nous prétendons ne pas exister, toute cette sauvagerie bestiale faite de désirs, de convoitises, de petites haines mesquines, de maux de toutes sortes, d’envies. Et pourtant, c’était moi qui me croyais un dieu. Hybris. Voilà, j’ai été rappelé à l’ordre et remis à ma place.

— Pourquoi avez-vous décidé de venir sur Lemnos ? demanda calmement Rawlins.

— C’est un certain Charles Boardman qui m’a mis cette idée dans la tête.

Le jeune homme tressaillit de surprise.

— Vous le connaissez ? demanda Muller.

— Eh bien… Oui. Naturellement. Il est… heu… il occupe une place très importante au gouvernement.

— Vous avez raison. C’est bien lui. Savez-vous que c’est Boardman qui m’a envoyé sur Bêta Hydri IV ? Oh ! il ne m’a pas trompé. Avec moi il n’avait pas besoin d’employer ses ruses habituelles ou des moyens détournés. Il me connaissait assez. Il s’est contenté de jouer sur mon ambition. Une race différente de la nôtre vit sur une planète, m’a-t-il dit, et nous cherchons quelqu’un pour y aller. C’est probablement une mission suicide, mais ce sera la première fois qu’un homme entrera en contact avec une autre espèce intelligente. Êtes-vous intéressé ? Naturellement que je l’étais. Il savait parfaitement que je ne saurais résister à une telle offre. Après, quand je suis revenu dans l’état où je suis, il a essayé pendant un moment de m’éviter. Peut-être était-ce parce qu’il ne pouvait supporter ma présence, ou peut-être parce qu’il se considérait comme fautif. Finalement, un jour je l’ai coincé et je lui ai dit : regardez-moi bien, Charles, voilà comment je suis maintenant, que dois-je faire, où puis-je aller ? Je me suis approché de lui. Comme je suis là, devant vous, Ned. Son visage a changé de couleur. Je pouvais lire la nausée qui le submergeait. Il a dû prendre des pilules, puis il m’a rappelé l’existence du labyrinthe de Lemnos.

— Pourquoi ?

— Comme d’un endroit idéal pour se cacher. Je ne sais pas encore s’il le disait par bonté ou par méchanceté. À mon avis, il devait penser que je mourrais dans un des pièges. C’eût été une fin parfaite pour un type dans mon genre, du moins c’était mieux que de terminer dans un égout ou dans une morgue quelconque. Naturellement, je lui ai répondu qu’il n’en était pas question. Je ne voulais pas laisser de traces derrière moi. J’ai piqué une colère et je lui ai dit que j’irais me perdre n’importe où dans l’univers sauf ici. Puis je me suis enterré dans une région déserte de bayous et de marais. Un mois plus tard, j’en suis sorti, j’ai loué un vaisseau cosmique et je suis venu ici, en utilisant un maximum de tactiques de diversion pour être bien sûr que personne ne retrouverait ma vraie destination. Boardman avait raison. C’était l’endroit idéal.

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