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L'homme dans le labyrinthe [The Man in the Maze - fr]

Электронная книга - «L'homme dans le labyrinthe [The Man in the Maze - fr]». Краткое содержание книги:

« Muller vivait depuis neuf ans dans le labyrinthe. Maintenant, il le connaissait bien. Il savait ses pièges, ses méandres, ses embranchements trom­peurs, ses trappes mortelles. Depuis le temps, il avait fini par se familiariser avec cet édifice de la dimension d’une ville, sinon avec la situation qui l’avait conduit à y chercher refuge. »
Tous les hommes qui avaient tenté de pénétrer dans le labyrinthe de Lemnos avant Muller étaient morts d’une façon atroce. Tous ceux qui avaient essayé de l’y rejoindre par la suite avaient été massacrés.
Aujourd’hui Ned Rawlins vient d’atterrir près du labyrinthe. Il a reçu l’ordre de ramener Muller sur la Terre, sa planète natale qui a besoin de lui. Sa planète qui, neuf ans auparavant, l’avait impi­toyablement chassé, forcé à se réfugier au cœur de ce labyrinthe aux dédales mortels.
Quelles chances Rawlins a-t-il de survivre et d’accomplir sa mission ?
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— Mais comment avez-vous fait pour pénétrer dans le labyrinthe ? demanda Rawlins.

— Grâce à une véritable malchance.

— Malchance ?

— Oui. J’essayais de mourir dans une explosion de gloire, ricana Muller. Je me fichais absolument de survivre ou non. Je suis entré et j’ai piqué droit vers le centre.

— Je ne peux pas le croire !

— Et pourtant, c’est vrai. Enfin, plus ou moins. L’ennui avec moi, Ned, c’est que j’ai la vie ancrée au corps. C’est un don inné, peut-être même légèrement paranormal. Une sorte de sixième sens, comme on dit, que possèdent ceux qui refusent la mort. En plus, j’avais avec moi des détecteurs de masse et quelques autres instruments utiles. Alors, dans le labyrinthe, chaque fois que je voyais un squelette ou un cadavre, je regardais un peu plus attentivement autour de moi. Ou quand je sentais ma visualisation des lieux se troubler, je me reposais quelques instants. Pourtant je m’attendais sincèrement à être tué dans la zone H. Je le désirais. Mais j’ai été assez chanceux pour réussir là où tout le monde avait échoué avant moi. Je suppose que c’est parce que je me fichais absolument de ce qui pouvait m’arriver. Vous comprenez, j’étais décontracté. Tout était facile. Je me déplaçais comme un chat, les muscles et les réflexes obéissant parfaitement. Si bien que j’ai franchi les sections les plus dangereuses et je suis arrivé ici dans la cité. Presque déçu.

— Êtes-vous sorti du labyrinthe depuis ?

— Non. De temps en temps, je vais dans la zone E, là où sont vos amis. Deux fois j’ai poussé jusqu’en F. Mais la plupart du temps je reste dans les trois zones centrales. Je suis assez bien équipé. J’ai une chambre à radiations pour conserver mes réserves de viande, un bâtiment qui me sert de bibliothèque, un autre où je garde mes cubes érotiques, et un autre dans lequel je fais un peu de taxidermie. Je chasse beaucoup aussi. J’étudie le labyrinthe et j’essaie d’analyser son fonctionnement. J’ai dicté le résultat de mes travaux à plusieurs cubes mémorisateurs. Je parie que vos copains archéologues seraient bien contents de mettre la main dessus.

— Je suis certain qu’ils pourraient beaucoup nous apprendre, dit Rawlins.

— Je sais. Mais je les détruirai avant qu’aucun de vous ne les voie. Commencez-vous à avoir faim, Ned ?

— Un peu, oui.

— Attendez. Je vous apporte quelque chose.

Sans se presser, Muller marcha jusqu’à une construction voisine et pénétra à l’intérieur. Rawlins parla à voix basse :

— C’est affreux, Charles. Il est devenu fou. C’est évident.

— N’en soyez pas trop sûr, répondit Boardman. Il est indéniable que neuf années d’isolement peuvent affecter la stabilité d’un homme, surtout comme Muller qui n’était déjà pas très équilibré la dernière fois que je l’ai vu. Mais il se peut qu’il vous joue la comédie, prétendant être dérangé pour éprouver votre bonne foi.

— Et s’il ne me joue pas la comédie ?

— Pour ce que nous attendons de lui, cela n’a aucune importance qu’il soit fou ou non. Cela pourrait même être utile.

— Je ne comprends pas.

— Vous n’avez pas besoin de comprendre, répondit froidement Boardman. Simplement, détendez-vous. Jusqu’à présent, vous vous en tirez très bien.

Muller revenait, portant une écuelle et un merveilleux gobelet en cristal rempli d’eau :

— C’est ce que j’ai de mieux à vous offrir, dit-il en passant un morceau de viande à travers les barreaux. Un animal local. Vous mangez de la nourriture solide, n’est-ce pas ?

— Oui.

— À votre âge, c’est bien ce que je pensais. Combien m’avez-vous dit ? Vingt-cinq ans ?

— Vingt-trois.

— C’est encore pire.

Muller lui passa le gobelet. L’eau avait un goût agréable, ou plutôt pas de goût du tout. Muller s’assit tranquillement devant la cage et mangea lui aussi. Rawlins remarqua que l’effet des émanations diminuait et pourtant Muller n’était même pas à cinq mètres de lui. Sans aucun doute, il est possible d’acquérir une tolérance à cet empoisonnement moral, pensa-t-il. Encore fallait-il désirer essayer.

— Voudriez-vous, dans quelques jours, voir mes compagnons ?

— Absolument pas.

— Ils seraient passionnés.

— Je n’ai pas du tout envie de les connaître. Je préfère parler aux animaux sauvages.

— Vous me parlez bien à moi, fit remarquer Rawlins.

— Parce que c’est nouveau pour moi. Parce que votre père était un de mes amis les plus chers. Et aussi parce que, par rapport à la plupart des êtres humains, vous êtes raisonnablement acceptable. Mais je ne veux surtout pas être examiné comme une bête curieuse par un groupe d’archéologues, tout excités d’avoir fait une découverte.

— Vous n’êtes pas obligé de voir tout le groupe. Peut-être deux ou trois d’abord, suggéra Rawlins. Cela vous habituerait à l’idée de vous retrouver à nouveau parmi des gens.

— Non.

— Je ne comprends pas…

— Attendez une minute, l’interrompit Muller. Pourquoi devrais-je me faire à l’idée de me retrouver à nouveau parmi des gens ?

Rawlins expliqua difficilement :

— Eh bien, parce qu’il y a des gens ici, et que ce n’est pas bien de rester isolé quand…

— Quelle saloperie me préparez-vous ? Avez-vous l’intention de m’attraper et de me sortir de force du labyrinthe ? Allez-y, dites-moi, dites-moi ce qui se cache derrière votre tête. Pourquoi essayez-vous de m’attendrir avec votre gentille petite gueule ? Hein ?

Rawlins se troubla. Dans le lourd silence qui suivit lui parvint la voix de Boardman. Il parlait rapidement, lui soufflant les mensonges et les fourberies que Rawlins ignorait. Il écouta et il répéta la leçon de son mieux :

— Dick, vous me prêtez des qualités de stratège que je ne possède pas. Je vous jure que je ne vous prépare pas de pièges. Je reconnais que j’ai essayé de vous attendrir un peu en plaisantant avec vous pour que nous devenions amis. Je pense qu’il vaut mieux que je vous dise la vérité.

— Oui, je pense qu’il vaut mieux !

— Je l’ai fait dans l’intérêt de notre expédition. Voyez-vous, nous ne pouvons rester que quelques semaines ici, alors que vous y vivez depuis… neuf ans, n’est-ce pas ? Vous connaissez tellement de choses sur cet endroit, Dick, et cela me paraît injuste que vous les gardiez pour vous. J’espérais d’abord vaincre votre misanthropie, afin de devenir votre ami et vous faire parler du labyrinthe et de ses secrets. En retournant dans la zone E, j’aurais pu raconter aux autres ce que vous m’auriez appris…

 Injuste de les garder pour moi ?

— Eh bien, oui. Taire ce que l’on sait est un péché.

— À votre avis, était-ce juste de me déclarer lépreux et de me fuir ?

— C’est un autre problème, dit Rawlins. Cela n’a rien à voir avec la justice. C’est une tare que vous portez en vous. Une tare terrible que vous n’avez pas méritée et tout le monde est désolé que ce soit tombé sur vous. Mais d’un autre point de vue, vous devez certainement comprendre qu’il est très difficile pour ceux qui vous côtoient de prendre une attitude dégagée devant votre… votre…

— Ma puanteur, grinça Muller. Oui, je pue. Oui, il est difficile de supporter ma présence. C’est pourquoi je ne l’imposerai pas à vos amis. Ôtez une fois pour toutes de votre idée que je parlerai, ou prendrai le thé avec eux. Je ne veux rien avoir à faire avec ces gens-là. Je me suis séparé de l’humanité. Ce n’est pas parce que je vous ai accordé le droit de m’ennuyer que je suis disposé à revenir en arrière. Pendant que j’y suis, je vous rappelle que mon infortunée condition n’est pas une injustice, comme vous semblez le croire. Je l’ai méritée à force de mettre mon nez là où je ne devais pas et de me croire surhumain parce que j’étais capable d’arpenter l’univers. Hybris. Souvenez-vous de ce mot.

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