L'homme dans le labyrinthe [The Man in the Maze - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1973
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- Переводчик: Michel Rivelin
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «L'homme dans le labyrinthe [The Man in the Maze - fr]». Краткое содержание книги:
Tous les hommes qui avaient tenté de pénétrer dans le labyrinthe de Lemnos avant Muller étaient morts d’une façon atroce. Tous ceux qui avaient essayé de l’y rejoindre par la suite avaient été massacrés.
Aujourd’hui Ned Rawlins vient d’atterrir près du labyrinthe. Il a reçu l’ordre de ramener Muller sur la Terre, sa planète natale qui a besoin de lui. Sa planète qui, neuf ans auparavant, l’avait impitoyablement chassé, forcé à se réfugier au cœur de ce labyrinthe aux dédales mortels.
Quelles chances Rawlins a-t-il de survivre et d’accomplir sa mission ?
Quand l’examen fut terminé, les bras se rétractèrent. L’appareil semblait réfléchir en cliquetant et en ronronnant. Puis il entreprit de panser les plaies en les bandant fermement.
— Ne bougez pas, dit Muller. Vous serez guéri dans quelques minutes.
— Vous ne devriez pas, dit Rawlins. Nous avons notre équipement médical au camp. Vous dépensez des médicaments pour moi, alors que vous ne devez pas en avoir déjà beaucoup pour vous. Il vous suffisait de laisser le robot me ramener au…
— Je ne veux pas de toutes ces machines ici, grogna Muller. Et le diagnostat a pour au moins cinquante ans de réserves médicales. De plus, je ne suis pas souvent malade. Je peux synthétiser la plupart des produits dont il a besoin pour me soigner. Du moment que, de temps en temps, je lui fournis du protoplasme.
— Au moins permettez-nous de vous donner quelques drogues rares pour remplacer celles que vous avez utilisées pour moi.
— Non. Non. Pas de charité. Ah, ça y est ! C’est terminé. Vous n’aurez probablement même pas de cicatrices.
La machine s’éteignit automatiquement. Rawlins s’extirpa, se releva et regarda Muller. Toute anxiété ou souffrance avait disparu de son visage. Muller s’appuya contre le mur et frotta ses épaules contre un angle.
— Je ne croyais pas que vous seriez attaqué par des bêtes, dit-il, fixant Rawlins dans les yeux. Sinon, je ne vous aurais pas laissé seul si longtemps. Vous n’êtes pas armé ?
— Non.
— Les nécrophages ne s’occupent pas de ce qui vit. Comment se fait-il qu’ils vous aient attaqué ?
— C’est la faute de la cage, expliqua Rawlins. Elle a commencé à exhaler l’odeur de chair en décomposition. Une illusion, bien sûr. Et tout à coup, ils sont arrivés de tous les côtés et se sont jetés sur moi. J’ai bien cru qu’ils allaient me dévorer vivant.
Muller fit une grimace :
— C’est intéressant. Ainsi la cage est un piège, elle aussi. Donc votre désagréable aventure aura eu le mérite de nous fournir de précieuses informations. Je ne saurais vous dire combien ces cages m’intéressent. Comme toutes ces choses mystérieuses qui m’entourent ici : l’aqueduc, les pyramides calendrier, le système de nettoyage de la cité. Je vous remercie de m’avoir un peu aidé.
— Je connais quelqu’un d’autre ayant la même attitude que vous, dit Rawlins. Il se fiche des risques et de ce que coûte une expérience du moment qu’elle lui permet de récolter de précieuses informations. Board…
Il s’arrêta subitement, comme s’il s’était mordu la langue.
— Qui ?
— Bordoni, inventa-t-il. Emilio Bordoni, mon professeur d’épistémologie à l’université. Son cours était passionnant. Il traitait de l’herméneutique appliquée et de la valeur des recherches…
— Cela, c’est de l’heuristique, rectifia Muller.
— Vous êtes sûr ? Je ne suis pas…
— Vous avez tort, trancha Muller. C’est une des rares théories que je connaisse bien. L’herméneutique est l’art d’interpréter. Au début elle concernait l’interprétation des textes anciens, mais maintenant elle s’applique à toutes les fonctions de communication. Votre père était un merveilleux spécialiste. Ma mission chez les Hydriens était une expérimentation d’herméneutique appliquée. Cela n’a pas réussi.
— Heuristique, herméneutique, se moqua Rawlins. Eh bien, de toute façon, je suis heureux de vous avoir aidé à apprendre quelque chose sur ces satanées cages. Ce sera ma bonne action heuristique. Aurai-je le droit de vous être encore utile ?
— Cela se peut, dit Muller.
Malgré son ton froid, il sentait un étrange sentiment de bonne volonté s’emparer de lui. Il avait presque oublié comme cela pouvait être agréable d’aider une autre personne. Ou même de prendre plaisir à une conversation paresseuse, en parlant de tout et de rien.
— Buvez-vous, Ned ? demanda-t-il.
— Des boissons alcoolisées ?
— Naturellement.
— Oui, modérément.
— Permettez-moi de vous faire goûter à notre liqueur locale, dit Muller. Ce sont des gnomes qui la produisent, cachés au centre de la planète.
Il sortit une flasque délicatement gravée et deux coupes, dans lesquelles il versa avec précaution vingt centilitres de liquide :
— Je me fournis dans la zone C, expliqua-t-il en tendant un gobelet au jeune homme. Elle coule d’une fontaine. On devrait l’appeler BOIS-MOI. C’est tout indiqué.
Rawlins trempa sa langue :
— Ouf ! C’est fort !
— Oui. Presque soixante pour cent d’alcool pur. Dieu seul sait ce qu’il y a d’autre là-dedans ou comment c’est synthétisé, ou encore pourquoi. Je me contente de l’accepter. J’aime ce goût, à la fois doux et fort. Naturellement, cela vous monte très vite à la tête. Je suppose que ce doit être un autre piège. Vous vous saoulez gentiment… et le labyrinthe n’a plus qu’à vous cueillir. (Il leva aimablement sa coupe :) À votre santé !
Ils rirent de cette formule démodée et burent.
Attention, Dick, s’admonesta Muller. Tu deviens un peu trop sociable avec ce gamin. Souviens-toi où tu es. Et pourquoi tu y es. Quel genre d’ogre es-tu, pour te conduire ainsi ?
— Puis-je ramener un peu de cela au camp ? demanda Rawlins.
— Oui, je crois. Pourquoi ?
— Là-bas, il y a un homme qui l’appréciera, j’en suis sûr. Il aime beaucoup ce genre de choses. Sa console à liqueurs ne le quitte jamais. Elle contient une centaine de boissons toutes différentes qui doivent bien venir de quelque quarante mondes à mon avis. Je ne peux même pas me souvenir des noms.
— Il n’a rien de Marduk ? demanda Muller. Ou des mondes de Deneb ? De Rigel ?
— Vraiment je ne peux pas vous l’assurer. J’aime bien boire, mais je ne suis pas un connaisseur.
— Peut-être votre ami accepterait-il d’échanger… (Muller s’arrêta :) Non. Non. Oubliez cela. Je ne veux pas faire de marché.
— Vous pourriez venir au camp avec moi, suggéra Rawlins. Il serait heureux de vous faire goûter à tous ses nectars.
— Très subtile votre petite ruse. Mais c’est non.
Muller regarda sombrement son gobelet :
— Vous ne m’aurez pas, Ned. Je ne veux avoir aucun rapport avec les autres.
— C’est triste.
— Un autre verre ?
— Non. Il va falloir que je rentre au camp maintenant. Il est tard. Je n’étais pas censé passer toute la journée ici avec vous et je vais en entendre de toutes les couleurs parce que je ne fais pas ma part de boulot.
— Mais vous êtes resté dans la cage pendant presque tout ce temps. Ils ne peuvent pas vous le reprocher.
— On verra bien. Déjà hier ils se plaignaient un peu, comme quoi je n’étais jamais aux fouilles. Je crois qu’ils ne veulent pas que je vienne vous voir.
Muller se sentit brusquement oppressé à l’intérieur.
— Comme je n’ai rien fichu aujourd’hui, poursuivit Rawlins, je serais étonné qu’ils me laissent revenir. Ils ne vont pas être très contents de moi. Vous comprenez, de leur point de vue, comme vous ne vous montrez pas très coopératif avec nous, ils considèrent que je perds mon temps en venant vous voir et que je ferais mieux de mener les recherches en zone E ou F.
Rawlins vida sa coupe et se prépara à partir. Il baissa les yeux sur ses jambes nues. Le diagnostat avait oint ses plaies d’une crème nutritive couleur chair. Il était presque impossible de distinguer les lésions sur sa peau. Il enfila précautionneusement son pantalon tout déchiré :