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Ce cher Dexter [Darkly Dreaming Dexter - fr]

Электронная книга - «Ce cher Dexter [Darkly Dreaming Dexter - fr]». Краткое содержание книги:

Il est lui-même serial-killer quand il ne s’emploie pas à les traquer.
Lui, c’est Dexter, expert au service médico-légal de Miami. Un homme tout à fait moral : il ne tue que ceux qui le méritent. Mais aussi très méticuleux : il efface toute trace de sang après avoir découpé les corps. Un jour, il est appelé sur les lieux d’un crime perpétré selon des méthodes très semblables aux siennes. Dexter aurait-t-il rencontré son alter ego ? Ou serait-ce lui qui. Impossible.
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Je tournai brusquement mon regard vers lui. En dessous du squelette apparent, niché sous la brosse des cheveux devenue soudain trop grande pour sa tête, Harry était de retour et luttait afin de sortir du brouillard. Il hocha la tête, attrapa très lentement ma main et la serra.

J’observai à nouveau l’infirmière.

« Il veut souffrir », lui dis-je.

Et dans son petit froncement de sourcils, son mouvement de tête irrité, je perçus le rugissement du fauve qui voit sa proie se sauver au fond d’un trou.

« Je vais devoir aller le dire au docteur, dit-elle.

— Très bien, répondis-je. On vous attend ici. »

Je la vis s’élancer dans le couloir comme un grand oiseau de malheur. Je sentis une pression sur ma main. Harry me regardait suivre des yeux la Dernière Infirmière.

« Tu… as… deviné… dit Harry.

— Pour l’infirmière ? » demandai-je.

Il ferma les yeux et hocha légèrement la tête, juste une fois.

« Oui, répondis-je. J’ai deviné.

— Comme… toi… dit Harry.

— Quoi ? demanda Deborah. De quoi vous parlez ? Papa, comment tu te sens ? Qu’est-ce que ça veut dire, ‘‘comme toi’’ ?

— Je la trouve pas mal, dis-je. Et je crois que je lui ai tapé dans l’œil aussi, expliquai-je à Deb avant de me tourner à nouveau vers Harry.

— Ah bon », marmonna Deb.

Mais je me concentrais déjà sur Harry.

« Qu’est-ce qu’elle a fait ? » lui demandai-je.

Il essaya de secouer la tête, mais celle-ci ne fit que dodeliner légèrement. Il tressaillit. Manifestement la douleur revenait, comme il l’avait souhaité.

« Trop, dit-il. Elle… en donne trop… » souffla-t-il en fermant les yeux.

Je devais être très lent ce jour-là parce que je ne saisis pas tout de suite.

« Trop de quoi ? » demandai-je.

Harry ouvrit un œil voilé par la douleur.

« Morphine… » murmura-t-il.

Ce fut comme si un grand rai de lumière frappait mon esprit.

« Une overdose, dis-je. Elle tue par overdose. Et dans un tel lieu, où c’est quasiment son métier, personne ne songerait à la mettre en cause… Ça alors, c’est… »

Harry me serra la main à nouveau et je cessai de jacasser.

« Ne la laisse pas, dit-il d’une voix rauque, étonnamment forte. Ne la laisse pas… me droguer encore…

— S’il vous plaît, coupa Deb sur un ton exaspéré. De quoi vous parlez, tous les deux ? »

Je jetai un coup d’œil à Harry, mais il ferma les yeux, assailli soudain par la douleur.

« Il pense que, euh… » commençai-je avant de m’interrompre. Deborah, bien sûr, ignorait tout de ma véritable personnalité, et Harry m’avait expressément demandé de ne pas lui en faire part. Il m’était donc plutôt difficile de lui fournir une explication sans rien révéler. « Il pense que l’infirmière lui donne trop de morphine, finis-je par dire. Délibérément.

— C’est idiot, dit-elle. C’est une infirmière. »

Harry la regarda mais ne réagit pas. Et, très sincèrement, je ne trouvai rien à répondre non plus à la naïveté stupéfiante de Deb.

« Que dois-je faire ? » demandai-je à Harry.

Ses yeux me fixèrent pendant un très long moment. Je crus d’abord que son esprit s’était égaré à cause de la douleur, mais lorsque je le considérai à nouveau je vis que Harry était bien présent. Sa mâchoire était tellement crispée que les os semblaient sur le point de transpercer la tendre peau pâle, et ses yeux étaient plus clairs et plus vifs que jamais, comme le jour où pour la première fois il m’avait parlé de sa méthode Harry dans l’intention de me « recadrer ».

« Arrête-la », dit-il enfin.

Je me sentis soudain électrisé. L’arrêter ? Était-ce possible ? Voulait-il vraiment que je… l’arrête ? Jusqu’à présent, Harry m’avait aidé à contrôler mon Passager Noir, en lui offrant des animaux errants, en lui faisant chasser des cerfs ; et une fois même, un jour de gloire pour moi, je l’avais accompagné afin de capturer un singe sauvage qui terrorisait un quartier de South Miami. Cela avait été si familier, presque humain… mais pas encore parfait, bien sûr. Et ensemble nous avions passé en revue toutes les étapes théoriques, allant de la filature à la destruction des preuves. Harry savait qu’un jour je franchirais le pas et il voulait que je sois prêt pour tout faire dans les règles. Mais il m’avait toujours retenu de passer à l’acte. Et maintenant… l’arrêter ? Était-ce vraiment ce qu’il voulait dire ?

« Je vais aller parler au docteur, dit Deborah. Il lui dira d’ajuster les doses. »

J’ouvris la bouche pour parler, mais Harry me pressa la main et hocha la tête, avec difficulté.

« Vas-y », dit-il.

Deborah le regarda un instant avant de se retourner puis de quitter la pièce à la recherche du docteur. Quand elle fut partie, la pièce se remplit d’un silence effarant. Je ne pouvais penser à rien d’autre qu’aux paroles de Harry : « Arrête-la. » Et je ne voyais aucune façon de les interpréter, si ce n’est qu’il me lâchait enfin la bride, me donnait la permission de passer aux choses sérieuses. Mais je n’osais pas lui demander si j’avais bien compris, de peur qu’il ne me dise que non. Je restai donc immobile à côté de lui pendant un temps interminable, contemplant par la petite fenêtre le jardin, où une giclée de fleurs rouges décorait le pourtour d’une fontaine. Les minutes s’écoulaient. J’avais la bouche sèche.

« Dexter… » dit Harry au bout d’un moment. Je ne répondis pas. Rien de ce qui me venait à l’esprit ne semblait approprié. « Voilà comment c’est », dit-il, lentement, péniblement. Je tournai aussitôt les yeux vers lui. Il m’adressa un petit sourire fatigué quand il vit que j’étais enfin avec lui. « Je serai bientôt parti, poursuivit-il. Je ne peux pas t’empêcher… d’être qui tu es.

— D’être ce que je suis, papa », le repris-je.

Il agita une main grêle et faible en signe de protestation.

« Tôt ou tard… tu… auras besoin… de t’en prendre à une personne », dit-il, et à cette pensée je sentis tout mon être vibrer. « Quelqu’un qui… en a besoin

— Comme l’infirmière, dis-je, la langue pâteuse.

— Oui », répondit-il, fermant les yeux un long moment. Lorsqu’il poursuivit, sa voix était voilée par la douleur. « Elle en a besoin, Dexter. C’est que… » Il reprit son souffle, par petites saccades. Sa langue claquait comme si sa bouche était complètement sèche. « Elle donne délibérément… de trop grosses doses aux patients… Elle les tue… les tue… volontairement… C’est une tueuse, Dexter… Une tueuse… »

Je me raclai la gorge. Je me sentais gauche et un peu abruti, mais après tout il s’agissait d’un moment décisif dans la vie d’un jeune homme.

« Tu voudrais que… » commençai-je. Mais ma voix s’étrangla. « Ça ne poserait pas de problème que je… l’arrête, papa ?

— Oui, arrête-la. »

Je ne sais pas pourquoi, j’eus le sentiment qu’il me fallait être absolument certain.

« Tu veux dire… tu sais… Comme j’ai déjà fait ? Avec… tu sais… Le singe ? »

Harry avait les yeux fermés ; je voyais que la douleur revenait à l’assaut. Il prit une inspiration, le souffle faible, irrégulier.

« … Arrête… l’infirmière, dit-il. Comme… le singe… »

Il rejeta brusquement la tête en arrière et se mit à respirer plus vite mais toujours avec beaucoup de difficulté.

Voilà.

C’était clair.

« Arrête l’infirmière comme le singe. » Des paroles qui, en soi, semblaient un peu délirantes. Mais pour mon cerveau survolté c’était une pure musique. Harry me lâchait la bride. J’avais sa permission. Nous avions parlé de ce passage à l’acte, mais il m’avait toujours retenu. Jusqu’à maintenant.

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