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Les martiens [The Martians - fr]

Электронная книга - «Les martiens [The Martians - fr]». Краткое содержание книги:

D’une mission d’entraînement en Antarctique aux terrifiantes tempêtes de sable qui balaient les canyons désolés de la planète rouge, Les Martiens met en scène toute une galerie de personnages ayant joué un rôle dans cette histoire de la colonisation de la planète soeur magistralement décrite par Kim Stanley Robinson dans sa trilogie martienne, d’ores et déjà saluée comme l’un des grands classiques de la science-fiction.
Depuis l’épopée des Cent — les premiers explorateurs —, ce sont des générations d’hommes et de femmes qui ont transformé en colonie durable ce qui n’était au départ qu’un avant-poste à l’existence bien ténue. Les expéditions internationales qui se sont succédé ont débouché sur la création d’un monde. Celui-ci a connu une évolution inéluctable, avec son cortège de luttes politiques, de révolutions et de conflits armés.
A une époque où la longévité est de l’ordre d’un siècle et demi, Les Martiens raconte l’épopée de générations d’humains vivant aux limites de la frontière ultime, où les paysages façonnés par les hommes sont sans cesse en butte aux monstrueux caprices de la nature.
Les Martiens, c’est la chronique épique d’une planète qui représente l’un des recours les plus plausibles de l’humanité. A l’horizon 2050, autrement dit demain…
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Le lendemain, ils rebroussent chemin et redescendent au camp de base – tous sauf Dougal et Marie : ils passent la journée à examiner les voies qui partent du camp numéro un. Les autres repartent avant le lever du jour et retraversent le talus à vive allure, en courant presque. Ils font rapidement le plein de matériel et remontent en faisant la course afin de regagner le camp numéro un avant la tombée du jour. Ils passeront les quatre jours suivants à faire ainsi la navette entre les blocs de pierre, et les sherpas continueront encore pendant plus de trois jours, jusqu’à ce que tout l’équipement soit hissé jusqu’au camp numéro un.

Exactement comme on appuie sans cesse avec sa langue sur une dent qui fait mal, Roger se met à suivre Hans et Arthur, pour écouter les explications de l’aréologue. Il s’est rendu compte, à son grand dépit, qu’il n’en sait pas beaucoup plus long qu’Arthur sur ce qui vit à la surface de la planète.

— Vous voyez ce faisan rouge ?

— Non. Où ça ?

— Là-bas. Il a une aigrette de plumes noires sur la tête. Son camouflage est assez réussi.

— Vous voulez rire ! Hé, mais c’est vrai !

— Ils adorent ces pierres. Les faisans rhésus, les rouges-queues, les accenteurs. On en voit des quantités, maintenant.

Plus tard :

— Regardez !

— Où ça ?

Roger regarde dans la direction indiquée par Hans.

— Sur cette grosse pierre, vous voyez ? On appelle ça un lapin chasseur. C’est une blague.

— Une blague, hein ? relève Arthur pendant que Roger revient sur son estimation de la subtilité du Terrien. Un lapin avec des crocs ?

— Pas tout à fait. En réalité, il n’a pas grand-chose à voir avec un lièvre. Ce serait plutôt un lemming croisé avec un pika, auquel on aurait injecté une bonne dose de lynx. Une créature très réussie. En partie due à Harry Whitebook. Il est vraiment très fort.

— Un de vos fameux designers biologiques ?

— Très fameux. C’est l’un des meilleurs concepteurs de mammifères. Et tout le monde a un faible pour les mammifères, non ?

— C’est mon cas, du moins. La seule chose…, halète Arthur, quelques marches de pierre plus haut – des marches qui lui arrivent à la taille. Ce que je me demande, c’est comment ils résistent au froid.

— Oh, il ne fait pas si froid que ça ici, d’abord. Nous sommes en fait à la limite supérieure de la zone alpine. L’adaptation au froid est généralement empruntée à des créatures arctiques et antarctiques. La plupart des phoques savent couper la circulation dans leurs extrémités lorsque c’est nécessaire pour conserver leur chaleur. Et ils ont une espèce d’antigel dans le sang, une glycoprotéine qui s’attache à la surface des cristaux de glace et les empêche de se multiplier, stoppant l’agrégation des sels. Une merveille. Les membres de certains de ces mammifères peuvent geler et dégeler sans inconvénient pour les chairs.

— Vous voulez rire ? murmure Roger pour lui-même en continuant à grimper.

— Vous voulez rire ! fait Arthur.

— Et ces adaptations caractérisent la plupart des mammifères martiens. Regardez ! Voilà une oursette. Encore un coup de Whitebook !

Roger décide de ne plus les suivre. Il en a jusque-là, de Mars.

C’est la nuit noire. Les six grandes tentes en forme de boîte du camp numéro un brillent comme un collier de perles lumineuses au pied de la falaise. Roger les regarde avec curiosité en se soulageant dans la caillasse. Ils forment un drôle de groupe, se dit-il. Des gens venus de tout Mars (et un Terrien). Qui font une escalade en commun, c’est tout. Les ouvreurs de voie sont drôles. Dougal donne parfois l’impression d’être muet, il regarde toujours en coin sans rien dire. Un système autonome. Marie parle pour deux, peut-être. Roger entend sa grosse voix des Midlands, une voix de pocharde, en train d’expliquer à quelqu’un comment escalader la paroi. Elle a l’air dans son élément.

Dans la tente d’Eileen, il tombe sur une discussion animée. Marie Whillans dit :

— Écoutez, nous avons déjà grimpé près de mille mètres dans ces prétendues dalles lisses, Dougal et moi. Elles sont pleines de failles d’un bout à l’autre.

— Il y en a jusqu’à l’endroit où vous vous êtes arrêtés, répond Eileen. Les vraies dalles se trouvent au-dessus des premières failles. Quatre cents mètres de roche lisse. Nous pourrions être brutalement dans l’impossibilité d’aller plus loin.

— Bah, il doit bien y avoir quelques fissures. Et s’il le faut, on pourra toujours continuer en artif, en pitonnant les passages vraiment lisses. Au moins, comme ça, on ouvrirait vraiment une voie.

Hans Boethe secoue la tête.

— Ce ne sera pas une partie de plaisir de planter des pitons dans ce basalte.

— Je n’aime pas les pitons, de toute façon, reprend Eileen. Ce qu’il y a, c’est qu’en prenant le Goulet jusqu’au premier amphithéâtre, nous savons que nous avons une bonne voie jusqu’en haut, et tous les passages au-dessus seront nouveaux.

Stephan acquiesce d’un hochement de tête, Hans et Frances aussi. Roger les regarde avec intérêt en buvant son thé.

— Ce qu’il y a, relève Marie, c’est quel genre d’escalade on veut faire !

— Nous voulons arriver en haut, répond Eileen en jetant un coup d’œil à Stephan, qui acquiesce.

C’est lui qui a financé l’essentiel de cette expédition, de sorte que la décision lui appartient plus ou moins.

— Attendez une seconde, coupe sèchement Marie en les parcourant rapidement du regard. La question n’est pas là : nous ne sommes pas venus uniquement pour reprendre la voie du Goulet, hein ? fait-elle d’un ton accusateur, personne n’osant soutenir son regard. Enfin, ce n’est pas ce qu’on m’avait dit. On m’avait assuré que nous ferions une première, et c’est pour ça que je suis venue !

— Ce sera inévitablement une première, insiste Eileen. Vous le savez bien, Marie. En haut du Goulet, nous serons en terrain inexploré. Ça nous permettra seulement d’éviter les dalles lisses qui se trouvent à droite du Goulet !

— Je pense que nous devrions tenter le coup quand même, insiste Marie. Nous avons vérifié, Dougal et moi, que c’était faisable.

Elle énumère les arguments en faveur de cette voie, et Eileen l’écoute patiemment. Stephan a l’air ennuyé. Marie est persuasive, et il n’est pas impossible que son caractère volontaire emporte l’adhésion d’Eileen, leur faisant emprunter une voie qu’on dit impossible.

Mais Eileen répond :

— Faire gravir cette paroi à un groupe de onze personnes, par n’importe quelle voie, sera déjà un exploit en soi. Écoutez, la question ne se pose que pour les mille deux cents premiers mètres de l’escalade. Au-delà, nous prendrons vers la droite dès que possible, et au-dessus de ces dalles nous nous retrouverons en terrain inconnu.

— Je ne crois pas que ces dalles soient infranchissables, répète Marie. (Après quelques échanges elle ajoute :) Enfin, si c’est comme ça, je ne vois pas pourquoi vous nous avez envoyés, Dougal et moi, gravir cette paroi, tous ces jours-ci…

— Je ne vous ai pas envoyés là-haut, réplique Eileen, un peu agacée. C’est vous qui avez choisi de partir en éclaireurs, vous le savez très bien. Mais c’est un choix fondamental, et je pense que le Goulet est la voie que nous sommes venus prendre. Nous voulons arriver en haut, vous comprenez. Pas seulement en haut de la paroi ; en haut de cette montagne.

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