Les martiens [The Martians - fr]
- Автор: Робинсон Ким Стэнли
- Серия: Mars (fr) #4
- Год: 2000
- Язык: французский
- Год: Presses de la Cit
- ISBN: 2-258-05422-2
- Переводчик: Dominique Haas
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Les martiens [The Martians - fr]». Краткое содержание книги:
Depuis l’épopée des Cent — les premiers explorateurs —, ce sont des générations d’hommes et de femmes qui ont transformé en colonie durable ce qui n’était au départ qu’un avant-poste à l’existence bien ténue. Les expéditions internationales qui se sont succédé ont débouché sur la création d’un monde. Celui-ci a connu une évolution inéluctable, avec son cortège de luttes politiques, de révolutions et de conflits armés.
A une époque où la longévité est de l’ordre d’un siècle et demi, Les Martiens raconte l’épopée de générations d’humains vivant aux limites de la frontière ultime, où les paysages façonnés par les hommes sont sans cesse en butte aux monstrueux caprices de la nature.
Les Martiens, c’est la chronique épique d’une planète qui représente l’un des recours les plus plausibles de l’humanité. A l’horizon 2050, autrement dit demain…
Les souvenirs défilent. Sa première journée au gouvernement. Un matin dans les plaines polaires. Une journée à Burroughs, dans le parc. Dans son cabinet, à discuter avec Noyova. Et ainsi de suite, pendant une heure ou plus, scène après scène, jusqu’à ce que les souvenirs deviennent fragmentaires, oniriques, leur rapprochement quasi surréaliste, alors il quitte le royaume de la mémoire et entre dans celui du sommeil.
Il y a des topographies de l’esprit, et c’en est une.
Le lever du jour sur Mars. D’abord, le ciel violet, sur lequel brille le losange formé par les quatre miroirs de l’aube en orbite autour de la planète, et qui lui renvoient un petit supplément de lumière solaire. Des hordes de corvidés poussent des cris ensommeillés, prennent leur envol et planent au-dessus de la pente du talus. La quête quotidienne de nourriture commence. Des pigeons des neiges roucoulent dans un bouquet de bouleaux aux feuilles rousses. Plus haut, sur le talus, un bruit de pierres ; trois mouflons de Dall, surpris de voir des gens dans le camp de base de la prairie. Des alouettes filent dans le ciel.
Roger, qui s’est levé tôt avec un fort mal de tête, observe avec indifférence l’éveil de la vie sauvage. Il monte dans les roches brisées du talus pour s’en abstraire. La lèvre supérieure de l’escarpement est effleurée par les premiers rayons du soleil levant. Maintenant, une bande d’or rougeâtre barre le ciel, et sa lueur se reflète sur la pente encore dans l’ombre, en dessous. Les miroirs de l’aube blêmissent dans le ciel mauve. Des couleurs apparaissent dans les touffes de fleurs qui ponctuent la roche, et les aiguilles des genévriers verts se mettent à briller. La bande de falaise éclairée s’élargit rapidement ; même dans la pleine lumière, le haut de la paroi est encore morne et dénudé. Mais c’est l’effet de la distance et de la vision en raccourci. Plus bas, le système de failles fait comme des taches d’humidité brunes, et la roche a l’air rugueuse, ce qui est bon signe. Lorsqu’ils monteront, la muraille révélera ses irrégularités.
Dougal sort du champ de pierres où il se promenait tout seul. Il salue Roger d’un signe de tête.
— Ils n’ont pas encore bougé, hein ?
Son anglais est coloré d’un accent écossais caractéristique.
En fait, si. Eileen, Marie et Ivan ont sorti les premiers paquets des véhicules, et quand Roger et Dougal reviennent, ils les distribuent. Le bruit monte dans la prairie alors que la longue distribution prend fin et qu’ils s’apprêtent à partir. Les sacs à dos sont lourds, et les sherpas prennent leur fardeau en gémissant, font des plaisanteries. Arthur ne peut retenir un petit rire en les regardant.
— Sur Terre, vous ne pourriez même pas soulever un sac de cette taille, dit-il en poussant l’un des sacs surdimensionnés du bout du pied. Comment réussissez-vous à garder votre équilibre avec ça sur le dos ?
— Vous allez voir, répond joyeusement Hans.
Arthur découvre qu’il n’est pas facile de rester d’aplomb sous cette masse, même avec la gravité martienne. Le sac à dos est un gros tube vert presque cylindrique qui lui va du bas des fesses jusqu’au-dessus de la tête. Avec ça sur le dos, il a l’air d’un gros escargot vert. Il s’émerveille de sa légèreté relative, mais alors qu’il s’engage sur la pente du talus, sa masse le déporte beaucoup plus qu’il ne s’y attendait.
— Ouaouh ! Attention ! Pardon !
Roger répond d’un hochement de tête, essuie la sueur qui lui coule dans les yeux. Il voit que le premier jour est une longue leçon d’équilibre pour Arthur, alors qu’ils suivent le chemin accidenté menant vers le haut de la pente, à travers la forêt de blocs gros comme des maisons.
Des groupes précédents ont laissé une piste faite de cairns et d’éclats taillés dans la paroi des roches, et ils la suivent chaque fois qu’ils parviennent à la repérer. La marche est pénible. Bien que ce soit l’un des plus petits éventails de roche brisée du pied de la falaise (à certains endroits, elle est complètement éboulée), il leur faudra une longue journée pour négocier l’immense amas de caillasse qui les sépare du pied de la paroi proprement dite, à sept cents mètres environ au-dessus du campement.
Au début, Roger apprécie cette équipée à travers ce champ de pierres, semé de blocs de la taille d’une maison.
— La Cascade de Pierre du Khumbu ! crie Ivan, assumant son rôle de sherpa, alors qu’ils passent sous un gros amas de roche.
Contrairement à la fameuse Cascade de Glace du Khumbu, dans l’Himalaya, ce terrain accidenté est relativement stable. Les surplombs ne risquent pas de leur tomber dessus et rares sont les crevasses susceptibles de s’ouvrir sous leurs pieds.
Non, ce n’est qu’un champ de cailloux, et ça plaît à Roger. Pourtant, en avançant, ils passent devant de petites touffes de genévriers, des pins asiatiques à longues aiguilles, et Hans semble se croire obligé de désigner chaque fleur à Arthur.
— Voilà des aconits, et là des anémones, ça, c’est une espèce d’iris, et ça, des gentianes, et des primevères…
Arthur s’arrête et tend le doigt.
— Et ça, qu’est-ce que c’est ?
Un petit mammifère au corps couvert de fourrure les regarde depuis un rocher au sommet plat.
— C’est un chien des sables, répond fièrement Hans. Ils ont clippé des gènes de marmotte et de phoque de Weddell sur ce qui est, à la base, un glouton.
— Vous voulez rire ! On dirait un ours polaire miniature !
Derrière eux, Roger secoue la tête, flanque distraitement un coup de pied dans un cactus de la toundra en pleine floraison. C’est le début du printemps martien, qui dure six mois dans le Nord. Sur tous les méplats sablonneux humides pousse de l’herbe de Syrtis. Partout où porte le regard, ce ne sont que de petites expériences de biologie : la planète entière est un immense laboratoire. Roger pousse un soupir. Arthur essaie de cueillir une fleur de chaque variété, réalisant un bouquet digne de funérailles nationales, mais c’est trop acrobatique ; il y renonce, et le bouquet multicolore pend au bout de son bras. À la fin de la journée, ils arrivent au pied de la paroi. Le monde entier est plongé dans l’ombre alors que le ciel est encore très lumineux, couleur lavande, au-dessus d’eux. Quand ils lèvent les yeux, ils ne voient plus le haut de l’escarpement. Ils ne le reverront que lorsqu’ils auront achevé leur escalade.
Le premier campement est un large disque de sable plat entouré de blocs de pierre qui se sont naguère détachés de la paroi. Comme il est placé sous le léger surplomb formé par le rempart de basalte qui se dresse sur la droite du Grand Goulet, il est abrité des chutes de pierres. Le Camp Numéro Un est vaste, confortable ; c’est l’emplacement idéal pour une halte à basse altitude. Il a déjà été utilisé. Entre les pierres, ils trouvent des pitons, des bouteilles d’oxygène et des latrines enterrées, sur lesquelles poussent des mousses vertes, luxuriantes.