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Les martiens [The Martians - fr]

Электронная книга - «Les martiens [The Martians - fr]». Краткое содержание книги:

D’une mission d’entraînement en Antarctique aux terrifiantes tempêtes de sable qui balaient les canyons désolés de la planète rouge, Les Martiens met en scène toute une galerie de personnages ayant joué un rôle dans cette histoire de la colonisation de la planète soeur magistralement décrite par Kim Stanley Robinson dans sa trilogie martienne, d’ores et déjà saluée comme l’un des grands classiques de la science-fiction.
Depuis l’épopée des Cent — les premiers explorateurs —, ce sont des générations d’hommes et de femmes qui ont transformé en colonie durable ce qui n’était au départ qu’un avant-poste à l’existence bien ténue. Les expéditions internationales qui se sont succédé ont débouché sur la création d’un monde. Celui-ci a connu une évolution inéluctable, avec son cortège de luttes politiques, de révolutions et de conflits armés.
A une époque où la longévité est de l’ordre d’un siècle et demi, Les Martiens raconte l’épopée de générations d’humains vivant aux limites de la frontière ultime, où les paysages façonnés par les hommes sont sans cesse en butte aux monstrueux caprices de la nature.
Les Martiens, c’est la chronique épique d’une planète qui représente l’un des recours les plus plausibles de l’humanité. A l’horizon 2050, autrement dit demain…
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Mais le symposium prenait fin le lendemain. Alors cette nuit-là, après avoir fait l’amour, comme ils étaient allongés l’un contre l’autre, tout chauds et humides de sueur, il demanda impulsivement :

— Tu restes encore un peu ?

— Euh… non, répondit-elle. Non. Il faut que je rentre.

Elle se leva brusquement pour aller dans la salle de bains.

Quand elle revint, elle vit la tête qu’il faisait et elle dit aussitôt :

— Mais je reviendrai ! Je reviendrai voir tout ça.

— Vraiment ?

— Évidemment. Quoi ? Tu as cru que je ne reviendrais pas ? Pour qui me prends-tu ? Tu crois que je n’étais pas là, moi aussi ?

— Non.

— Tu crois que je suis tout le temps comme ça ?

— Non.

— J’espère bien !

Elle retourna se coucher et se redressa pour le regarder.

— Je ne suis pas du genre à déclarer forfait quand les enchères commencent à monter.

— Moi non plus.

— Sauf dans l’Antarctique, hein ? On aurait pu partir là-haut il y a un siècle, avoir notre monde à nous, y vivre ensemble. Exact ? insista-t-elle en lui enfonçant le bout du doigt dans les côtes.

— Ahh…

— Mais tu as dit non. (Et voilà, les poignards étaient sortis. Rien ne s’effaçait jamais, pas vraiment.) Tu aurais pu dire oui, on y serait depuis cent ans, depuis 2026. On aurait pu former un vrai couple, là-haut, peut-être. On aurait pu vivre ensemble. Si ça se trouve, on serait ensemble depuis soixante ou soixante-dix ans, qui sait !

— Allez, allez, dit-il.

— Mais si, ça aurait pu se faire ! Tu me plaisais, je te plaisais. C’était un peu comme ça, même dans l’Antarctique, reconnais-le. Mais tu as dit non. Tu as perdu ton sang-froid.

Il secoua la tête.

— Ça ne se serait pas passé comme ça.

— Tu n’en sais rien ! Tout était possible, tu l’as dit toi-même, à la conférence, l’autre jour. Tu l’as admis devant tout le monde.

Il eut une soudaine impression de pesanteur. De s’enfoncer de tout son poids dans le matelas.

— Oui, convint-il. Tout était possible.

Il devait l’admettre, l’admettre pour elle, juste pour elle, allongée, nue, à côté de lui.

— C’est vrai. Et j’ai dit non. J’ai eu peur. Si tu savais comme je regrette.

Elle hocha la tête, aussi sévère qu’un faucon.

Il s’allongea sur le dos et observa le plafond, incapable de soutenir son regard. Le plafond d’une chambre d’hôtel. Il s’alourdissait d’instant en instant. Il devait réagir, nager pour refaire surface.

— Enfin, dit-il. Maintenant, c’est maintenant. Et… on y est quand même arrivés, tous les deux, non ?

— Je t’en prie, dit-elle. On dirait John quand il a mis les pieds sur Mars.

Ils avaient formé, John Boone et elle, un couple célèbre pendant quelques années, il y avait des décennies de ça. Elle avait brièvement abordé le sujet, la veille. Un homme creux, avait-elle dit. Il ne pensait qu’à s’amuser.

— En attendant, c’est vrai, reprit Michel. Nous y sommes arrivés.

— Mais oui, mais oui. Et je reviendrai ; je te l’ai dit. Mais j’ai des choses à faire.

— Tu reviendras ? insista-t-il en lui prenant le bras. Même si… même si j’ai…

— Oui, oui, répondit-elle d’un ton évasif. Enfin, tu l’as admis. C’est ce que je voulais entendre. Nous en sommes là, maintenant. Alors je reviendrai.

Elle l’embrassa, roula sur lui.

— Quand je pourrai, dit-elle.

Le lendemain matin, elle partit. Michel la conduisit à l’aéroport, lui donna un baiser d’adieu. Il regagna sa voiture, regarda l’intérieur défraîchi, étouffa un gémissement. Il n’était pas sûr qu’elle revienne jamais.

Enfin, elle avait dit qu’elle le ferait. Et ils étaient là, sur Terre, en 2126. Ce qui aurait pu être n’était qu’un rêve, oublié au réveil. Ils devaient repartir d’ici et maintenant. Il fallait qu’il arrête de ruminer le passé, il devait penser à ce qu’il allait faire à présent. Une chose était sûre : si Maya devait revenir, ce ne serait pas pour consoler un vieil homme malheureux, écrasé sous le fardeau de la culpabilité. Maya regardait vers l’avant. Elle était prête à continuer sa vie, quoi qu’il ait pu arriver dans le passé. C’était l’une des qualités pour lesquelles il l’aimait. Elle vivait dans le présent, pour le présent. Et elle voudrait que son partenaire soit comme ça aussi. Alors il devait s’y faire ; il devait construire une vie ici et maintenant, en Provence. C’était digne de l’amour de Maya. Ça lui donnerait envie de revenir, encore et encore, peut-être pour de bon, au moins en visite. Peut-être pour l’inviter à l’accompagner en Russie. Peut-être à vivre ensemble.

C’était un projet.

La question était maintenant : où s’installer, où bâtir un chez soi ? Il était provençal ; il s’installerait donc en Provence. Mais il avait tellement bourlingué au fil des ans qu’il n’y avait aucun endroit où il se sentait vraiment chez lui. Or il voulait un chez lui. Quand Maya reviendrait (si elle revenait ; au téléphone, elle donnait l’impression d’avoir beaucoup de choses à faire chez elle, en Russie), il voulait pouvoir lui montrer un Michel centré dans le moment, heureux. Chez lui, et qui, étant chez lui, justifierait après coup le fait d’avoir dit non à Mars, d’opter plutôt pour la Méditerranée, ce berceau de la civilisation éternellement bercé par la mer, ses rochers inondés de lumière, sa côte brillant au soleil. Séduire la beauté russe avec la chaleur de la Provence.

Un signe apparut sous la forme d’un événement familial. Le grand-oncle de Michel mourut, lui laissant, ainsi qu’à son neveu Francis, une maison sur la côte, à l’est de Marseille. Pensant à l’amour de Maya pour la mer, Michel alla voir son neveu. Francis, qui était très pris par ses affaires à Arles, accepta de vendre sa part de la maison à Michel, comptant y être toujours bienvenu, ce qu’il serait assurément – le fils du défunt frère de Michel faisait partie des gens qu’il appréciait le plus au monde, un homme sain, plein de joie de vivre. Et, loué soit-il, parfaitement conciliant. Il semblait comprendre ce que mijotait Michel.

L’endroit appartenait donc à Michel. Une vieille maison de vacances sans grand confort au bord de la plage, à l’arrière d’une petite crique entre la pointe du Défens et Bandol. Un endroit modeste, conforme au caractère de son grand-oncle, et à son projet à lui, Michel. Maya ne pourrait qu’aimer cette maison joliment ombragée par les platanes, sur une petite butte de trois ou quatre mètres à peine, située juste en retrait d’une petite plage, nichée entre deux pointes rocheuses. Une rangée de cyprès soulignait un creux dans les collines où couraient des ruisselets.

Un soir, après que l’endroit fut officiellement devenu le sien, Michel passa la journée à installer ses affaires et alla se planter sur la plage, les deux pieds dans l’eau. Il regarda la porte ouverte de la vieille maison, puis l’immense horizon de la mer, et il éprouva à nouveau cette impression martienne de légèreté.

Oh, Provence, ô Terre, le plus beau des mondes, où chaque plage est un don du temps et de l’espace, pendant de la mer, étincelant au soleil… Il flanqua un coup de pied dans une vague qui se retirait après avoir léché la plage, et une gerbe d’eau jaillit sous son pied, verni de bronze par les rayons obliques du soleil. Le ciel était une barre d’étain brillant sur la mer éblouissante. C’est chez moi, Maya, se dit-il. Reviens vivre avec moi.

Mars la Verte

Olympus Mons est la plus haute montagne du système solaire. C’est un énorme volcan en bouclier de six cents kilomètres de diamètre, qui culmine à vingt-sept kilomètres d’altitude. Les pentes font avec l’horizon un angle moyen de cinq degrés seulement, mais la circonférence du bouclier de lave forme une falaise presque continue, à peu près circulaire, de six kilomètres de hauteur, entourée de forêts. Les sections les plus hautes et les plus abruptes de cet escarpement se trouvent près de South Buttress, une masse rocheuse isolée qui divise les arcs sud et sud-est de la falaise (sur la carte, elle se situe à 15° de latitude nord et 132° de longitude). Là, sous la paroi est de South Buttress, on peut se tenir sur la crête rocheuse à la limite de la forêt de Tharsis, et lever les yeux vers une falaise de six mille mètres de hauteur.

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