La nurse anglaise
- Автор: Дар Фредерик
- Год: 2011
- Язык: французский
- ISBN: 978-2-265-06163-7
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «La nurse anglaise». Краткое содержание книги:
En quittant le quartier, sir David avertit son domestique qu’il devrait revenir chercher la Hilmann de sa nurse. Tom opina et s’enquit des clés. La voix exténuée de Victoria lui répondit qu’elles étaient restées au tableau de bord.
Pour commencer, ils déposèrent la blessée à leur domicile ; après quoi, ils se rendirent à celui de miss Hertford.
Une fois devant la porte de sa maison, le nain eut une décharge d’adrénaline en s’apercevant que le trousseau se trouvait dans le sac à main de la morte, lequel n’avait pas bougé de la Hilmann.
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Ces alarmes et contretemps plongèrent sir David dans une froide irritation. Il en voulait au sort de lui mettre des bâtons dans les roues. Heureusement, la présence efficace de Tom le soutenait.
Ils retournèrent donc à Whitechapel, récupérèrent le réticule de la morte dans lequel le nain trouva ses clés et rallièrent son domicile. Ils observèrent longtemps la rue silencieuse ; l’endroit avait l’air plus calme encore que la campagne où résonnent la nuit des aboiements de chiens ou des élytres d’insectes. Rassurés, ils ouvrirent sa porte. Le plus délicat restait à faire : sortir la grosse femme du coffre. Sir David vibrait comme une ligne à haute tension. Il scrutait alternativement chaque extrémité de la voie pendant que le brave Noir extrayait la puéricultrice de la Mercedes pour la charger sur son épaule.
Quand il eut passé le seuil, David exhala un soupir de soulagement.
Il gravit l’escalier devant Tom ; son cœur semblait occuper toute sa poitrine, la violence de ses battements lui causait une sensation de brûlure intense.
Lorsqu’ils atteignirent le palier du premier étage, le domestique haletait. Il stoppa et dit :
— Je crois inutile d’aller plus loin, sir. Puisque cette femme a eu le cou rompu, jetons-la dans l’escalier et pour lors la rupture de ses cervicales en sera justifiée.
Une fois encore, David admira la maîtrise de son valet.
— Bravo ! fit-il simplement.
— Auparavant, reprit Tom, nous devons la rhabiller entièrement.
Il déposa sa charge sur le plancher et alla récupérer ses hardes dans l’auto. Après quoi, avec l’aide de son minuscule maître, il passa à la morte culotte, pantalon, canadienne et chaussures, veillant à ne commettre aucune erreur. Lorsque cette sinistre besogne fut achevée, il souleva miss Hertford de manière à ce qu’elle fût à la verticale et la lâcha. La défunte produisit un bruit flasque en tombant ; son corps dévala quelques marches, puis s’arrêta. Les deux hommes contemplèrent la scène, la jugèrent pleine de vérité.
— Sir, fit Lacase, vous voulez bien me donner le trousseau de clés que vous avez à la main ?
Docile, David obtempéra. Son domestique se mit à examiner cette grappe d’acier avec vivacité.
— Que cherchez-vous ? questionna le nain, intrigué.
— En général, sir, les femmes seules d’un certain âge regroupent en un trousseau toutes les clés de leur maison.
— Et alors ?
— Il se peut, si c’est le cas, que la personne de l’escalier en ait rassemblé plusieurs de la porte d’entrée. Nous aurions ainsi la possibilité de fermer en nous en allant, ce qui, dès lors, rendrait incontestable la thèse de l’accident. Tenez ! Que vous disais-je !
Il venait de sélectionner deux « yale » identiques.
— C’est bien celles de l’entrée, n’est-ce pas ?
— Sans aucun doute.
Avec des gestes calmes, Tom isola l’une d’elles et descendit l’essayer. Effectivement, il ne se trompait pas.
— C’est O.K., sir, déclara-t-il de ce ton imperturbable qui ajoutait à sa classe. Si vous voulez bien venir… Oh ! un instant ! Veuillez auparavant placer le trousseau dans le sac à main et jeter celui-ci dans l’escalier, comme s’il avait échappé à cette dame quand elle a chuté.
Sir David obéit ; après quoi il rejoignit le valet en se laissant glisser à plat ventre sur la rampe afin d’éviter le corps.
De retour chez lui, il demanda au serviteur de l’accompagner. Il trouva Victoria allongée sur leur lit. Elle gardait une grande serviette de bain autour de la tête pour ne pas souiller les draps, heureusement car le linge se trouvait déjà rougi. La nurse émettait des plaintes. Ils ne surent si elle dormait ou bien délirait. Sa plaie au crâne paraissait profonde.
— Il conviendrait peut-être de conduire miss à l’hôpital ? suggéra Tom Lacase.
— Non ! riposta sèchement David.
Il ajouta :
— Ces blessures à la tête sont spectaculaires, mais rarement très graves ; sauriez-vous la panser ?
— Sans aucun doute, sir.
Tom s’en fut quérir une cuvette, de l’alcool et des tampons de gaze. Il entreprit aussitôt de la nettoyer. Il s’activait à petits gestes doux et précis. Rassuré, David le laissa soigner la nurse et descendit s’installer à son bureau d’acajou.
Une demi-heure plus tard, le domestique le rejoignit, l’air maussade.
— C’est fait, sir. Selon moi, l’entaille est profonde et nécessite la pose de plusieurs points de suture.
— Nous verrons cela demain, Tom, nous n’en sommes pas à quelques heures près.
Il saisit un petit rectangle de papier sur son sous-main.
— Voici le chèque promis.
Lacase ne fit pas un mouvement.
— Prenez ! insista Bentham junior en marquant quelque impatience.
— Je ne veux rien, sir, fit le Noir. Les employés de maison n’ont pas de gratifications à recevoir pour les services qu’ils rendent à leurs maîtres. Puis-je aller chercher la Hilmann dans l’impasse ?
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Victoria eut une nuit agitée. Une forte fièvre la faisait délirer. Le nain resta assis en tailleur sur son oreiller, la regardant avec une certaine inquiétude. Lui qui ignorait le remords, il regrettait de ne l’avoir pas conduite à l’hôpital dans la soirée. Son farouche égoïsme avait pris le dessus sur toute notion d’assistance à la fille qu’il prétendait aimer.
En la voyant secouée de frissons, en l’écoutant proférer des mots sans suite, il prenait l’engagement de l’emmener dans une excellente clinique de la ville et d’appeler à son chevet un spécialiste des traumatismes crâniens.
Parfois, il caressait le corps de sa compagne de la main posée bien à plat pour ne rien perdre de sa chaleur, de sa douceur, ni du grain délicat de sa peau.
Une sorte d’âcre émotion lui nouait la gorge à la pensée qu’elle souffrait peut-être d’une fracture du crâne et pouvait mourir là, sur leur couche d’amour. Il n’osait imaginer ce que serait sa vie sans elle. Le vide sidéral dans lequel sa disparition le précipiterait.
A un moment donné, elle émit des cris de terreur. Il distingua des lambeaux de phrase : « Non, père ! Non, non, non ! » Ses pieds remuaient comme en une fuite quasi immobile.
Sir David lui bassina le front avec un linge imbibé d’eau de Cologne et lui chuchota des paroles tendres. Elle parut réagir à ces attentions. Elle ouvrit les yeux, lui sourit. « Chéri… » balbutia-t-elle d’une voix heureuse. Ce simple mot rasséréna un peu David qui espéra de toutes ses forces un rétablissement miracle. Elle finit par s’endormir vraiment, alors il éteignit la lampe à abat-jour jaune et continua de la veiller dans l’obscurité.
Aux premières heures du matin, il réveilla une fois encore Tom Lacase en lui expliquant que l’état de miss Hunt lui paraissait préoccupant. Le Noir le rejoignit sans tarder. Il jugea effectivement la situation inquiétante.
— Nous allons la mener à l’hôpital, déclara David.