La nurse anglaise
- Автор: Дар Фредерик
- Год: 2011
- Язык: французский
- ISBN: 978-2-265-06163-7
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «La nurse anglaise». Краткое содержание книги:
Le petit homme acquiesça mornement.
— Connaissez-vous un individu du nom de Shakri Kerala ?
— Pas du tout, articula-t-il.
Il se demanda s’il convenait de poser des questions ou bien d’attendre un complément d’informations spontané. Il opta pour la seconde réaction, plus conforme au personnage qu’il leur interprétait.
— L’individu en question était un étudiant en pharmacie étranger, domicilié au Y.M.C.A. Il est mort subitement, une de ses compatriotes prétend qu’on l’a empoisonné.
C’était l’inspecteur Befoll qui parlait, d’une voix plutôt aigre.
David réfléchissait à toute vitesse. L’Y.M.C.A. : il s’agissait de son piètre maître chanteur pakistanais.
— Je ne connais pas, dit-il d’une voix atone.
— L’homme avait écrit votre nom et vos coordonnées au dos d’un prospectus publicitaire, ainsi que la ligne de métro desservant votre quartier.
Le nain eut une expression d’ignorance complète qui ébranla les gens du Yard.
— Une autopsie a été pratiquée ; le médecin légiste est confronté à un problème qui le trouble passablement : Shakri Kerala présente certaines altérations des viscères pouvant laisser croire à l’action d’un poison. Cela dit, on n’a retrouvé aucune trace de celui-ci.
A cet instant, David eut une superbe idée. Il se mit à fredonner une célèbre ballade irlandaise qu’un groupe à la mode venait d’adapter en pop-musique.
Il regardait par la fenêtre et semblait avoir occulté ses visiteurs.
Les deux inspecteurs échangèrent une nouvelle fois des mimiques découragées.
— Sir Bentham, appela le rouquin.
— Oui ? demanda David.
— Vous êtes certain de ne pas avoir rencontré un homme barbu du nom de Shakri Kerala ?
— Qui est-ce ? répondit le minuscule personnage avec un sourire ingénu.
— Je viens de vous le dire : un étudiant en pharmacie dont le décès ne paraît pas normal. Il avait votre nom et votre adresse sur lui.
Sir David fit mine de réfléchir, puis brusquement son visage s’éclaira et il éclata de rire.
— Avez-vous vu les aventures de « Tom et Jerry », hier soir, à la télévision ?
L’inspecteur Befoll adressa un signe péremptoire à son coéquipier.
— Bien, nous allons vous laisser, sir. Pardon pour le dérangement.
Ils sortirent du salon et trouvèrent Tom Lacase dans le hall, occupé à réparer un court-circuit dans le néon éclairant une toile de VanDyck. Le domestique lâcha son tournevis pour raccompagner les policiers.
Avant de passer le seuil, le roux qui se nommait Chambers murmura :
— Dites-moi, mon vieux, l’honorable nabot ne serait pas un peu…
Il toqua sa tempe en souriant.
— J’ignore à quoi monsieur l’inspecteur fait allusion, répondit le Noir avec hauteur.
Il retrouva Victoria avec bonheur, ayant complètement chassé l’agacement causé par sa gratitude éperdue. Elle s’était endormie et son retour ne la réveilla pas. Il décida de lui taire pour l’instant cette visite policière afin de ne pas la tourmenter, et, comme il aimait tant à le faire, se lova sur le tapis tel un chien. Le feu de boulets dégageait une chaleur ponctuelle qui lui brûlait le visage.
La surabondance de roses chargeait l’air confiné d’odeurs pénétrantes. La main de la nurse pendait hors du canapé et les feux de l’âtre arrachaient des éclats à sa bague. Sir David se sentit glisser dans une torpeur ouatée, sorte de sommeil conscient qui ajoutait à son bien-être. Par flashes, il repensait aux duettistes de la Police ; leur trouvait l’air benêt. Rien de commun avec les limiers de cinéma, pleins d’autorité et de sous-entendus. Ces deux-là paraissaient gauches et vaguement timorés ; mais peut-être étaient-ils performants au plan professionnel ? Que le Pakistanais eût ses coordonnées griffonnées sur un prospectus n’avait rien de compromettant pour le cadet des Bentham. On pouvait fournir maintes explications : on comptait le « démarcher », le cambrioler, ou encore faire appel à sa générosité…
Il chassa de son esprit cette mouche importune et s’endormit pour de bon.
Ils s’éveillèrent presque simultanément, deux heures plus tard, commandèrent une collation à Tom et mangèrent de bon appétit. Ensuite de quoi, ils gagnèrent leur chambre et firent l’amour de manière plus ardente que de coutume. Contrairement à son habitude, Victoria se montra particulièrement bruyante, ce qui stimula la fougue de son compagnon. Une fois achevée leur brûlante joute, ils se préparèrent à sortir. La nurse voulait se rendre chez son coiffeur pour lui demander de réparer la brèche occasionnée par sa blessure. Sir David décida, pendant ce temps, d’aller repérer le cabinet dentaire d’Adam Gresham, le dernier amant de Victoria.
Il eut la satisfaction de constater qu’il occupait le rez-de-chaussée d’un immeuble neuf de moyenne importance. Sa clientèle devait se situer chez les fonctionnaires et petits commerçants. La porte s’ouvrait dans un recoin du hall en faux marbre, derrière la batterie d’ascenseurs. L’endroit était obscur malgré le plafonnier installé au-dessus du seuil. D’un regard connaisseur, sir David jugea les deux serrures. Rien de bien terrible, estima-t-il. Il savait, de longue date, la manière de recueillir les empreintes de ces verrous dits « de sécurité ».
Satisfait, il rejoignit Tom et son carrosse qui l’attendaient deux rues plus loin.
Il aurait voulu pouvoir savourer pleinement le retour de la nurse, mais, malgré l’optimisme auquel il s’efforçait, l’intervention de ces inspecteurs gâchait quelque chose de fondamental qui l’avait survolté jusqu’alors : le sentiment d’être à tout jamais protégé, épargné. A présent, un élément nouveau le déconcertait : il se sentait faillible.
Sir David reprit Victoria à son salon de coiffure. Un artiste capillaire qui se prévalait de Paris, lui avait arrangé une coiffure de récupération, un peu trop tarabiscotée au goût de David. Il pensa qu’une nuit sur l’oreiller remettrait du naturel dans cette afféterie. Sans doute se trouvait-elle plus belle avec toutes ces boucles pour camoufler sa cicatrice ?
Il lui proposa d’aller au cinéma, puis de souper ensuite dans un restaurant de nuit réputé. Ne fallait-il pas fêter leurs fiançailles ?
Elle accepta avec des transports de joie qui, à nouveau, le gênèrent. Il craignit que sa promotion sociale ne l’induise, lorsqu’elle serait l’alliée de son illustre famille, à se montrer, par réaction, un peu trop « peuple ». Il se rassura en songeant que Victoria possédait une vive intelligence et qu’il saurait, en cas de nécessité, « remettre les choses en ordre ».
50
Ils restèrent plusieurs jours enfermés dans leur « maison de poupée ».
Un profond besoin de se terrer comme des marmottes en hibernation les avait saisis. Victoria, parce qu’elle se sentait encore dolente, David, par besoin de se soustraire au monde. Ces journées d’isolement les transformaient en animaux. Le temps n’existait plus. Une pareille vie primaire constituait pour eux une sorte de halte indispensable après la folle existence qu’ils avaient menée. Quand il leur apportait leurs repas, Tom Lacase les scrutait avec inquiétude. Il brûlait de les questionner mais n’osait et hésitait à parler de la situation à lady Bentham, redoutant qu’elle fasse quelque éclat.
Tom filtrait les rares appels téléphoniques destinés à sir David. Il s’agissait, le plus souvent, de son tailleur ou de son bottier car il ne connaissait personne hors du clan familial. A une certaine période, il s’était lié d’amitié avec le fils d’un évêque que son père fréquentait assidûment ; malheureusement il avait surpris une conversation téléphonique du jeune homme au cours de laquelle celui-ci se moquait de lui. Sa désillusion fut telle qu’il voulut supprimer l’impudent en versant un poison-retard dans son scotch. Il avait mal établi la dose car le garçon ne mourut pas mais resta seulement paralysé à vie des membres inférieurs ; ce qui représenta une certaine consolation pour le nain.