La nurse anglaise
- Автор: Дар Фредерик
- Год: 2011
- Язык: французский
- ISBN: 978-2-265-06163-7
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «La nurse anglaise». Краткое содержание книги:
La peur rendait la forte personne véloce. Elle ne pensait pas qu’elle était dénudée de sa partie inférieure.
Sir David réalisa qu’avec ses courtes jambes il ne saurait la rattraper. Qu’elle parcoure encore une centaine de mètres et elle déboucherait dans une artère qui, sans être très fréquentée, connaissait néanmoins un peu d’animation.
Alors il s’arrêta, ramassa une pièce de fer dans laquelle il venait de buter et la lança de toutes ses forces en direction de la fuyarde. L’objet était cintré et ressemblait vaguement à un boomerang.
Le temps parut se décomposer. Il attendit dans la pénombre et, brusquement, comme par magie, Christina culbuta et chut dans la boue de cette voie désertée.
Sir David la rejoignit et constata que son arme de jet improvisée venait de lui briser la nuque. Soulagé, mais rendu furieux par l’échec de ses projets initiaux, il retourna auprès de Victoria.
La jeune femme reprenait lentement connaissance. Un ruisselet rouge serpentait sur le sol, Il la secourut de son mieux ; une profonde entaille teignait ses cheveux en un brun visqueux et son mouchoir ne fut pas d’un grand secours, Il parvint à l’asseoir. La clarté pourpre de la lanterne ajoutait au dramatique de la scène.
— Comment vous sentez-vous, ma chérie ?
Elle balbutia quelque chose d’inaudible.
Sir David s’exhorta au calme. Sa situation n’était pas brillante, mais il fallait l’assumer. Il fit le bilan de ses misères : la puéricultrice morte dans l’impasse, Victoria dans l’incapacité de conduire, lui-même ne pouvant manœuvrer une voiture et, pour couronner le tout, quatre malfrats de bas étage qui, dans quelques heures, allaient être au courant de son meurtre ! Il pensa également à ses empreintes qui fourmillaient dans l’entrepôt et jusque sur ce qu’il nommait « le boomerang ».
Il envisagea les suites de l’affaire. Le Yard remonterait la piste sans coup férir. Il serait convaincu de meurtre et jugé, lui, le fils de lord Bentham, ami de la famille royale d ‘ Angleterre ! L’horreur !
Il était là, planté dans ce bâtiment en ruine ouvert à tous les vents, les mains dans les poches de son vêtement de nabot, plein de crainte, de fiel et de fureur, tragique farfadet du crime cherchant comment s’arracher à ce bourbier.
Tout en réfléchissant, il triturait des pièces de monnaie dans son vêtement.
Ce furent elles qui lui fournirent une solution de salut.
45
Il jouissait d’un bon sommeil franc et massif. Malgré tout, il s’éveillait aisément. Dès la première sonnerie du téléphone, il récupéra sa pleine lucidité ; à la seconde, il avait déjà le combiné en main.
— Tom Lacase ! annonça-t-il.
La voix de sir David n’avait rien de brumeux, ce qui n’était pas surprenant car la pendulette de voyage indiquait dix heures vingt.
— J’ai un urgent besoin de vous, Tom.
— A votre disposition, sir.
— Je suis dans Whitechapel, venez me rejoindre de toute urgence, je vous attends devant la Whitechapel Art Gallery. Ne prenez pas la Rolls et ne vous mettez pas en livrée !
— Bien, sir.
Vingt-cinq minutes plus tard, le Noir atteignit le lieu du rendez-vous. Il ne vit pas son maître, mais au bout d’un instant d’attente, le nain quitta la zone d’ombre où il se dissimulait et vint vivement à la voiture. Il ne laissa pas le temps à Lacase d’ouvrir la portière et s’engouffra à l’avant du véhicule pour la première fois de sa vie.
— J’apprécie votre disponibilité, Tom, formula-t-il d’une voix calme.
— Elle est normale, sir. Où allons-nous ?
— Pas très loin d’ici. Empruntez Whitechapel Road, et quand je vous le dirai vous prendrez à gauche.
Le conducteur démarra, vaguement intrigué.
— Tom, attaqua David, j’ai un grave problème que vous êtes seul à pouvoir résoudre.
— Alors je le ferai bien volontiers, sir.
— Merci. Je tiens à vous préciser que si vous m’apportez une aide inconditionnelle, votre fortune est faite. Vous rentrerez aux U.S.A. avec suffisamment d’argent pour vous y acheter une maison ou un commerce. Que pensez-vous de deux cent mille dollars ?
— C’est là une somme terriblement importante, sir.
— Elle sera à vous tout à l’heure. Je vous ferai un chèque que vous aurez l’opportunité d’encaisser dès demain.
Le serviteur s’abstint de toute réaction. Sidéré par une telle promesse, il supputait ce qu’on allait lui demander en échange d’un tel pactole. Le nain le lui expliqua : une amie de miss Victoria, qui avait été son professeur, souhaitait connaître les bouges de ce légendaire quartier du Crime. Pour amuser cette vieille fille, ils l’amenèrent dans un bar malfamé et lièrent connaissance avec des hommes équivoques très « couleur locale ».
Au bout d’une heure, ils abandonnèrent l’endroit sans s’apercevoir que les vilains les suivaient. Ceux-ci se jetèrent sur eux au moment où ils reprenaient leur voiture, deux d’entre eux y prirent place en leur compagnie, dont l’un au volant. Les canailles les emmenèrent dans des locaux en ruine, tout proches. Une fois là, ils se jetèrent sur les femmes. Leurs acolytes vinrent à la rescousse et participèrent à un viol collectif après avoir neutralisé David d’un coup de matraque. Comme miss Hunt regimbait avec l’énergie du désespoir, ils l’assommèrent. Profitant de la confusion, son amie voulut fuir, mais ils la rattrapèrent et l’abattirent. Puis, devant l’énormité de leurs forfaits, ils prirent peur et se sauvèrent…
— Certes, j’ai eu la pensée d’appeler la Police, conclut le nain. Ce qui m’a retenu, c’est la crainte du scandale. Vous songez, Tom, au parti que la presse, surtout celle de gauche, tirerait d’une telle affaire ? Ce serait le déshonneur pour notre famille ; mon illustre père n’y survivrait pas !
Il se prit le visage à deux mains, hoqueta quelque peu, sans trop exagérer, puis ajouta, la voix brisée :
— Aidez-moi à me sortir de cette mauvaise histoire, Tom, vous êtes mon unique recours. Tournez à gauche, je vous prie.
Le Noir eut la sagesse de ne rien répondre avant d’avoir affronté « la situation ». C’était un garçon intelligent et réfléchi ; depuis pas mal de temps, il considérait les Blancs (surtout lorsqu’ils étaient riches et désœuvrés) comme des zozos sans grande consistance qui savaient inventer des fusées interplanétaires, des armes atomiques, la pénicilline et le bloody mary ; peindre La Joconde ou Les Demoiselles d’Avignon ; mais qui en dehors de ça ne valaient pas tripette.
Une fois dans « l’impasse tragique », il examina le cadavre de Christina Hertford (David avait évacué la barre de fer comportant ses empreintes). Jugea écœurante la grosse dondon au cul nu. Il suivit son maître à l’intérieur des ruines où Victoria, ensanglantée, pleurait dans son bras replié. Cette image l’émut. En secret il aimait cette ravissante fille et se masturbait énergiquement en pensant à elle.
Elle se tenait accroupie, les jambes ouvertes. Il guigna le renflement de son slip qu’éclairait la lumière pourpre du fanal.
— Très bien, sir, fit-il, je vais vous aider de mon mieux ; que décidez-vous ?
Le nain n’aurait jamais soupçonné une pareille vigueur chez son valet. Tom Lacase, en plein effort, ressemblait à ces toros noirs des corridas qui, dans leur furie, défoncent les planches de l’arène ou éventrent le cheval caparaçonné du picador. La manière aisée dont il s’y prit pour placer le corps dans le coffre de la Mercedes aurait donné à croire qu’il manipulait un sac de son. Il aida ensuite Victoria à s’installer à l’arrière, après quoi, il saisit une torche électrique dans la boîte à gants et alla procéder à l’examen des lieux. Bien lui en prit, car il trouva dans l’usine en ruine le pantalon, la canadienne, la culotte et les chaussures de l’ogresse.