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La nurse anglaise

Электронная книга - «La nurse anglaise». Краткое содержание книги:

Sir David Bentham, lord et pair d'Angleterre, compte parmi les individus les plus petits du Royaume-Uni puisque, à vingt-huit ans, il ne mesure que 104 centimètres. En revanche, la nature a doté ce gentleman d'un attribut viril d'une taille et d'une puissance phénoménales dont il use sans répit. Le nanisme de sir David, joint à la richesse familiale, le dispense d'exercer une profession. Alors, comme il déteste l'oisiveté, pour passer le temps, il tue les gens…
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— Ce serait imprudent de notre part, sir, objecta le domestique. Mieux vaut commander une ambulance.

Son maître se rendit à ses raisons. Il téléphona à sa mère, lui expliqua qu’au cours de la nuit Victoria avait fait une chute dans l’escalier, que son état semblait alarmant et lui demanda conseil concernant un endroit réputé où la conduire. La duchesse l’assura qu’elle allait s’en occuper et lui dépêcher Mrs. Macheprow pour préparer la jeune fille à une éventuelle hospitalisation.

Elle raccrocha et murmura dans sa langue maternelle :

— Si cette pétasse pouvait au moins crever !

Ce vœu pieux ne devait pas être exaucé.

* * *

A la clinique où la nurse fut admise, on diagnostiqua un traumatisme crânien nécessitant une mise en observation d’une semaine. Sir David quitta l’établissement complètement désemparé, se demandant de quelle façon il allait franchir cette période. Rencogné dans un angle de la voiture, il examinait la nuque de Tom ; une vague envie de le supprimer le taraudait. Il supportait mal que son serviteur ait repoussé « la prime » qu’il lui proposait. Si les valets se mettaient à jouer les hommes d’honneur, où allait-on ? Un type engagé pour être battu ! Il rêva de son assassinat ; se dit que rien n’urgeait ; ce garçon pouvait lui rendre bien des services encore.

Comme ils approchaient de Charles Street, il eut l’idée de rendre visite à sa belle-sœur ; il pria Lacase de modifier leur itinéraire.

En arrivant à Hampstead, il aperçut Mary qui sortait d’une librairie. Il la jugea pâle et amaigrie ; de grands cernes creusaient son regard. La jeune femme tenait à la main un livre protégé par une jaquette publicitaire.

— Laissez-moi là ! ordonna-t-il à Tom.

— Où devrai-je vous attendre, monsieur ?

— Je n’ai plus besoin de vous.

Une chose l’agaçait venant de son domestique : le fait qu’il ne lui parlait jamais à la troisième personne. Il lui en avait fait le reproche en différentes occasions, chaque fois le Noir lui présentait ses excuses mais reprenait presque aussitôt le vouvoiement, si bien que David qui, par ailleurs, était satisfait des prestations de Lacase, avait renoncé à lui faire entendre raison.

Il quitta la voiture et emboîta le pas à Mary. Il n’avait d’yeux que pour sa croupe et ses longues jambes. Il aimait la convoitise sexuelle, ce fabuleux préambule à l’amour.

Sir David la fila jusqu’à sa demeure, ne la rejoignant que lorsqu’elle eut sonné à la porte. Elle eut un sursaut en le voyant :

— Vous me suiviez ?

— Depuis la librairie seulement.

— Pour quelle raison ?

— Je sais que vous détestez vous donner en spectacle ; ce qui aurait été un peu le cas si vous aviez cheminé au côté d’un nabot.

La femme de chambre ouvrit. Mary entra chez elle avec brusquerie.

— Vous permettez ? s’enquit David, car, d’après l’attitude de sa belle-sœur, il aurait pu en conclure qu’elle ne le souhaitait pas.

— Naturellement.

Elle défit son manteau de lainage et le tendit à la camériste, puis elle gravit l’escalier rapidement.

Parvenue au premier, elle pénétra dans un salon de musique où elle s’isolait volontiers pour jouer du hautbois, instrument qu’elle avait pratiqué dans l’orchestre de son collège.

Elle ouvrit un coffret de marqueterie et prit un marron glacé enveloppé dans du papier doré. C’était Sa Grâce, la duchesse Muguette qui les lui avait rapportés de France sachant qu’elle en raffolait.

— C’est la première fois que je vous prends en flagrant délit de gourmandise, remarqua son beau-frère.

— Vous me connaissez si peu, fit la marquise.

Il en vint à leur projet de voyage en commun.

— Mère vous a fait part de ma proposition de croisière ?

— Oui, et je trouve que c’est une bonne idée. Quel genre d’itinéraire proposez-vous ?

— Peu importe, ce qui est agréable dans l’affaire, c’est le bateau, non les escales. Débarquer dans un site dépaysant en compagnie d’une horde d’imbéciles uniquement stimulés par leur appareil photographique ne m’a jamais beaucoup tenté.

— Ces mêmes imbéciles, vous les avez à bord, dans un contexte plus réduit.

— A bord, ma chère, nous aurons des cabines et nous en disposerons à notre gré. Toutes les folies seront à notre portée ; les jours et les nuits se confondront. Nous passerons notre temps à faire l’amour et à dormir. Ce sera un plaisir intarissable, Mary. Cette évocation me met en érection.

Elle sourit.

— Je commence à croire que votre existence n’est qu’un interminable coït, David.

— Bien faible compensation à ma disgrâce, soupira le nain.

Elle lui coula un long regard perspicace.

— La cruauté vous aide à vivre ?

Il faillit s’insurger, mais fit patte de velours.

— Ma vie ne serait acceptable qu’à travers une totale résignation ; or je ne me résignerai jamais à accomplir ma durée dans un corps d’enfant. J’en veux à la terre entière de ma petitesse. Dieu ne s’est pas comporté en gentleman avec moi.

Ils restèrent un moment silencieux. Puis il s’approcha de sa belle-sœur et passa la main sous ses jupes, la regardant bien dans les yeux pour chercher à percer ses sentiments. Mary ne broncha, ni ne cilla.

— Vous me laisseriez lécher votre sexe ? lui demanda-t-il.

Elle eut un léger sourire qu’il ne sut déchiffrer.

— Si vous en avez un vif désir…

— Cette caresse ne vous tente pas ?

— Il m’est difficile d’envisager ce que j’éprouverais, le cas échéant.

— On risque l’expérience ?

— Pourquoi non ? Auparavant, veuillez fermer la porte à clé, il arrive à mon fils d’entrer sans crier gare.

David fit ce qu’elle lui demandait et revint à elle. Elle s’était mise debout, les jambes légèrement écartées.

Il défit sa jupe et s’interrompit pour admirer ses cuisses duveteuses. Avec une dévotion quasi religieuse, il fit descendre son slip de soie. Puis baisa doucement la toison de la jeune femme.

— Vous avez la bouche à la hauteur de mon sexe, fit-elle d’un ton sérieux, votre cas n’est pas si grave !

Sir David poussa un étrange cri de mouette et se précipita sur la porte que, dans sa fureur, il eut du mal à ouvrir.

48

Privé de Victoria, il trouva que le temps n’avait plus la même densité. Le vide de ses jours lui causait une angoisse morbide. Il se sentait seul dans le monde et fragilisé.

Les après-midi, il se rendait à la clinique où il avait droit à une courte visite. C’était pour lui l’unique instant positif, et encore sa brièveté causait-elle à sir David plus de nostalgie que de bonheur. Cette situation, heureusement fugace, lui démontrait à quel point il tenait à cette fille. Sans elle, son existence se serait flétrie à jamais.

Il eut la vague tentation d’aller « neutraliser » quelque visiteurs de la Tour de Londres ou du British Muséum ; mais, cette sorte de chasse au gibier humain ne le stimulait plus, privé de son égérie.

Pour ne pas demeurer seul, il prenait ses repas chez le lord, son père. Lady Muguette était très accaparée par son exposition qui battait son plein et remportait un franc succès. Il y avait toujours des convives, le soir : critiques d’art, directeurs de galerie, membres du département des Beaux-arts… La Française était surexcitée par ces projecteurs braqués sur elle.

Ce jour-là au moment du lunch, elle prévint son cadet que le duc d’Édimbourg allait venir prendre le thé avec son père. Les deux hommes s’étaient liés d’amitié pendant la guerre de 39 et entretenaient des relations qui, pour être espacées, n’en restaient pas moins cordiales.

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