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La nurse anglaise

Электронная книга - «La nurse anglaise». Краткое содержание книги:

Sir David Bentham, lord et pair d'Angleterre, compte parmi les individus les plus petits du Royaume-Uni puisque, à vingt-huit ans, il ne mesure que 104 centimètres. En revanche, la nature a doté ce gentleman d'un attribut viril d'une taille et d'une puissance phénoménales dont il use sans répit. Le nanisme de sir David, joint à la richesse familiale, le dispense d'exercer une profession. Alors, comme il déteste l'oisiveté, pour passer le temps, il tue les gens…
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— Pas le moins du monde ; mais je vous préviens qu’il sera abasourdi par votre proposition. Et où aimeriez-vous aller, Mary ?

— S’il accepte, il choisira notre destination, ce sera la moindre des choses.

* * *

De retour en son hôtel particulier, la duchesse appela son cadet et le manda de toute urgence. Il expliqua à sa mère qu’il achevait ses exercices de musculation et qu’il devrait se doucher avant de se présenter devant elle. Comme il s’agissait d’une personne qui détestait les tergiversations, elle répliqua qu’il n’avait qu’à demeurer chez lui et que c’était elle qui allait venir.

En maugréant, le petit homme s’épongea et passa un peignoir pour boxeur nain.

Sa mère avait dû courir dans le souterrain car elle fut là en un clin d’œil. Contrairement à ce que craignait son fils, elle semblait de belle humeur.

— Mon cher David, commença-t-elle avec une excitation qui évoquait celle des commères de quartier, je suis porteuse d’une requête qui va vous laisser « baba »[7].

D’une traite, elle lui résuma son entretien avec Mary. Ce qu’entendant, le nain fut saisi d’une jubilation si intense qu’il ne put la contenir.

— Cela vous rend gai ? s’étonna la duchesse.

— N’est-ce pas cocasse, mère ? Vous n’ignorez pas le mépris dans lequel m’a tenu cette femme depuis son arrivée dans notre famille. Et voilà que, brusquement, elle rêve d’aller en des lieux enchanteurs avec moi !

— Avec vous et Victoria, compléta lady Muguette.

— Pas possible !

— Elle me l’a assuré sans la moindre réticence.

Du coup, sir David devint grave.

— Intéressant, murmura-t-il, parlant à soi-même.

— Elle vous laisse décider de la destination, si vous consentez à l’accompagner.

— C’est trop de délicatesse, mère.

L’artiste contempla le visage de son rejeton et ne put se défendre à cet instant de l’admirer. Il émettait des radiations qui le nimbaient. Dans son peignoir blanc, il évoquait une toile de Fra Angelico.

— Est-ce un « non » franc et massif ou bien souhaitez-vous réfléchir à cette proposition ? demanda-t-elle.

— Réfléchir ! se récria David. Réfléchir ? Mais j’accepte, mère ; et de grand cœur.

— Eh bien ! j’aurai tout vécu, assura-t-elle.

Elle hocha la tête.

— Vous avouerai-je, David, que tout cela m’effraie un peu.

— Pour quelle raison, mère ?

— J’éprouve une sensation de vertige, un peu comme lorsqu’on monte à bord du grand 8 à la fête foraine.

— Je ne vois pas bien ce que vous entendez par là, mère, car chez les Bentham personne n’a jamais goûté aux plaisirs d’une fête foraine.

— Petit con ! murmura la duchesse, oubliant que son cadet parlait parfaitement le français.

Elle questionna, le masque crispé :

— Vous avez déjà une idée quant au lieu de ces vacances inopinées ?

— Parfaitement, mère : j’aimerais que nous fassions une croisière.

43

Christina Hertford s’était mise en frais de toilette. Elle portait un pantalon de velours noir, un chemisier vert pomme avec, par-dessus, une canadienne de daim à col de fourrure qui accentuait sa silhouette hommasse.

Malgré le froid mordant, elle restait à sa fenêtre, guettant l’arrivée de Victoria. L’impatience serrait sa gorge et il lui arrivait de lâcher à haute voix des bribes de suppliques au Seigneur pour Lui demander d’abréger ses affres. Au dernier moment, elle redoutait que son grand amour ne se ravise sans seulement la prévenir ; la pensée de rester à l’affût pendant des heures glaciales et de sentir se racornir son bonheur la plongeait dans un effroi indicible.

Pourtant, à l’heure convenue, une Hilmann s’engagea dans sa petite rue tranquille et stoppa en double file à la hauteur de sa demeure. Victoria en sortit à demi, le visage levé vers l’étage. Elles s’aperçurent. La jeune femme eut un adorable geste de la main qui chavira le cœur de Christina. Elle répondit par le même signe, prit à peine le temps d’abaisser la vitre et s’enfuit de sa maison comme si elle avait été la proie des flammes.

Un instant après, elle plongeait de toute sa masse dans la petite voiture, gémissante de bonheur.

— Vous n’avez pas eu froid à cette fenêtre ? demanda la nurse.

— Le froid ! Comme si cela importait lorsqu’on a la joie de vous attendre, chérie !

N’y tenant plus, enhardie par la nuit qui les enveloppait, la puéricultrice engagea sa main droite sous la jupe de son ancienne élève. Victoria eut un sourire indulgent et la laissa caresser son entrejambe. La grosse femme émettait des râles d’extase et de voracité que sa compagne jugea ridicules, se demandant comment, quelques années auparavant, elle avait pu être troublée par une aussi sotte bestialité.

— Il faut que je conduise ! objecta-t-elle doucement.

L’autre la libéra et elles quittèrent le quartier.

Ne pouvant la toucher comme elle le souhaitait, Christina lui parla, débitant mille déclarations enflammées d’une voix que la passion rendait rauque. Elle lui disait son amour éperdu, la violence de son excitation, pleurait en évoquant cette sinistre période sans elle, lui demandait pardon d’avoir tant grossi, lui promettait de devenir rapidement une sylphide, narrait complaisamment les délices qu’elle lui procurerait. Toute à son délire hystérique, elle ne prenait pas garde à l’itinéraire suivi. Ce fut la faiblesse de l’éclairage extérieur qui attira son attention. Les lampadaires s’espaçaient, les immeubles devenaient de plus en plus bas. Çà et là, des palissades de planches obstruaient des trous d’ombre.

— Mais où m’emmenez-vous donc, ma tendre chérie ? questionna-t-elle.

— Au bout de la nuit, répondit Victoria d’un ton enjoué.

— Ah ! si seulement c’était vrai ! soupira Christina.

Elle regarda à travers sa vitre.

— Seigneur ! Que venons-nous faire à Whitechapel ?

— Auriez-vous peur ? plaisanta la nurse.

— Cher ange, avec vous j’irais en enfer.

— C’est précisément là que nous nous rendons, assura la jeune femme en s’engageant dans une impasse.

La Hilmann cahota dans des fondrières. Ses phares arrachaient de l’obscurité un décor improbable fait de ferrailles déshonorées par des lustres de rouille.

Cette fois, la passagère de Victoria réalisa l’anormalité de leur parcours.

— Mais enfin, douce biche, qu’est-ce que cela signifie ?

— Je veux vous faire vivre un amour fabuleux, Christina.

— Vraiment ?

La voiture stoppa devant la porte pantelante d’un ancien entrepôt désaffecté.

— C’est là ! fit la maîtresse de sir David, descendons !

La corpulente Hertford ne fit pas un mouvement, paralysée par la stupeur et un début de panique. Alors sa portière s’ouvrit, des mains masculines l’empoignèrent par le col de sa canadienne et l’arrachèrent de l’auto. Elle commença de crier, mais reçut immédiatement une manchette sur la nuque qui la chavira.

Elle fut traînée dans un bâtiment à la toiture éventrée, aux verrières brisées. Dans un angle de la construction en ruine, une lampe électrique portable répandait une lumière rouge pour voie ferrée. Un vieux matelas crevé et constellé de larges taches innommables gisait à même le sol de ciment. Deux hommes de mauvaise mine, coiffés de casquettes enfoncées jusqu’aux sourcils, fumaient, mains aux poches, adossés au mur. Les malandrins qui s’étaient assurés de la puéricultrice propulsèrent celle-ci sur l’odieux matelas. L’étourdissement qu’ils venaient de lui infliger se dissipait et elle se remettait à glapir. Le « Chinois » qui dirigeait le commando sortit un cran d’arrêt de sa poche et en fit jaillir la lame.

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7

En français dans le texte.

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