Les fous de Baalbek
- Автор: Де Вилье Жерар
- Серия: SAS #74
- Год: 1984
- Язык: французский
- Год: Plon
- ISBN: 2-84267-923-7
- Жанр: Шпионские детективы
Электронная книга - «Les fous de Baalbek». Краткое содержание книги:
Dans les deux cas, il était cloué au sol.
Il le rejoignit.
— Qu’est-ce …
— Tu viens, vite, fit l’autre. Le patron, y veut te voir.
Malko le suivit. Dix mètres plus loin, il y avait une Mercedes noire cabossée. Farouk ouvrit la portière et Malko aperçut la veste verdâtre de « Johnny ».
Il grimpa dans la voiture. Le Palestinien fumait, très calme. Ses yeux globuleux se posèrent sur Malko avec une expression mi-admirative, mi-ironique.
— Marhaba[21] ! Vous voulez vous suicider ? Que faites-vous ici ?
— Et vous ? J’ai cherché à vous joindre.
— Je sais, dit « Johnny », je travaillais pour vous. Et je vous surveillais. Je ne veux plus de rendez-vous convenu à l’avance. De cette façon, je peux vous joindre quand j’en ai envie.
— Pourquoi ici ?
Le Palestinien se pencha en avant, tendant le bras vers le bout de la rue.
— Pourquoi … Vous voyez la Land-Rover, là-bas ? Ce sont les gens d’Abu Nasra. Ils vous attendent.
Malko aperçut le véhicule avec devant un milicien armé d’un RPG 7, le torse ceint de roquettes. Son estomac se contracta. Le Palestinien l’observait en silence.
— Vous êtes en danger de mort, dit-il, ils s’apprêtent à vous arrêter.
Chapitre XVII
Malko eut l’impression de recevoir une douche glaciale. Farouk venait de se glisser à l’avant. Le conducteur de la Mercedes démarra, recula et regagna la rue Omar Beyhum. Au moment où ils tournaient le coin, Malko vit un homme arriver en courant à la hauteur de la Land-Rover et interpeller ses occupants. « Johnny » remarqua :
— Il était temps …
Au lieu de remonter vers le nord, la voiture s’enfonçait dans les ruelles de Chiyah.
— Où allons-nous ? demanda Malko.
« Johnny » eut un sourire en coin.
— Faire ce que vous vouliez tenter. Inspecter le garage près de la mosquée …
— Mais, comment savez …
— Je vous ai dit que je travaillais pour vous, dit le Palestinien, d’une façon moins imprudente que vous, parce que je tiens à rester vivant. J’ai découvert où sont les ULM et aussi ce qui se prépare dans ce garage. Car les deux choses sont liées …
Ils cahotaient le long d’un terrain vague. La Mercedes stoppa devant un vieil autobus renversé en travers de la rue, renforcé d’un remblai de terre. « Johnny » descendit, et Malko l’imita. Ce coin de Chiyah était dévasté, pratiquement inhabité. « Johnny » jeta un coup d’œil à Malko, comme pour le jauger.
— Nous avons perdu tous les deux des gens qui nous étaient chers. Maintenant faites ce que je vous dis. La mosquée Hussein est là-bas. Personne ne passe jamais par ici, parce qu’il y a des mines. Farouk connaît un chemin.
Ils partirent tous les trois, glissant dans le cloaque de boue, accompagnés par les gouttes énormes d’une nouvelle averse. En un clin d’œil ce fut un déluge. Du coup les derniers piétons avaient disparu. Les épaules voûtées, « Johnny » ressemblait de plus en plus à un gros batracien, avec sa veste verte. Ils zigzaguaient dans des jardins en friche, des immeubles abattus comme des châteaux de cartes, des carcasses de voitures. Les ruelles étaient envahies par les herbes qui dissimulaient souvent de dangereuses ferrailles. Les enseignes pendaient, déglinguées. Seuls quelques chats errants semblaient à l’aise dans cette désolation.
Farouk s’arrêta enfin et désigna une maison de trois étages, verte et blanche. La rue y menant était barrée par des rails de chemin de fer. Un milicien, stoïque sous la pluie, la capuche baissée, veillait, Kalach sur les genoux. Deux autres stoppaient les voitures, ne s’intéressant pas aux piétons, considérés comme moins dangereux.
— Le garage, il est derrière, dit Farouk.
— On peut le voir ? demanda Malko.
Le jeune Palestinien échangea un regard avec « Johnny » et, sur un signe de ce dernier, dit :
— Viens.
Laissant « Johnny » sur place, ils firent un immense détour, dans un no man’s land de bâtisses à moitié détruites ; on apercevait des familles survivant dans des maisons sans fenêtres, accrochées à leurs ruines. La misère et partout les photos de Khomeiny et le sigle d’Amal. L’espoir.
Ils parvinrent à un immeuble en parties effondré et Farouk, suivi de Malko, se glissa dans un éboulis de béton. À quatre pattes, ils gagnèrent ce qui restait du toit … Malko réprima une exclamation de dégoût : un rat gros comme un autobus venait de filer entre ses jambes. Puis, ayant atteint le toit, ils progressèrent à plat ventre sur le ciment trempé et glacial.
Malko aperçut de l’autre côté de la rue un petit terre-plein débouchant sur un garage en contrebas. Une Mercedes grise était garée devant, le capot levé. La porte coulissa pour laisser sortir une Range-Rover. Malko eut le temps d’apercevoir la masse jaune d’une benne à ordure, comme celles qui parcouraient Beyrouth !
Déjà la porte s’était refermée.
L’information de Neyla était exacte.
Il n’eut pas le temps de s’en féliciter. Un cri strident le fit sursauter. Quatre toits plus loin, un homme en tenue militaire gesticulant avec un Kalachnikov. Un milicien de Amal ! Farouk poussa un grognement sourd et s’aplatit. Il était temps. Le milicien avait ouvert le feu. Les détonations claquèrent en chapelet, faisant voler des éclats de ciment dans tous les coins. Farouk roulait déjà sur lui-même, à peine crispé.
— Vite ! Vite !
Malko risqua un œil. Le milicien remettait un chargeur dans son arme tout en hurlant comme une sirène. Deux hommes dégringolèrent en courant l’escalier extérieur de l’immeuble. Malko et Farouk arrivèrent en bas en quelques secondes et foncèrent en zigzag dans le dédale des ruelles détruites.
« Johnny » les attendait près de la Mercedes. Farouk lui jeta une longue tirade en arabe et ils se ruèrent tous les trois dans la voiture qui démarra sur les chapeaux de roues. Le Palestinien semblait tendu, inquiet. Ils débouchèrent dans une rue animée. Au même moment, Farouk poussa une exclamation. Malko se retourna. La Land-Rover qu’il avait vue à côté de la mosquée leur donnait la chasse, hérissée de miliciens en armes. Renforcée par une camionnette.
Farouk se baissa et prit sur le plancher de la voiture un Kalach à crosse pliante, puis ouvrit la glace.
— Il faut gagner la route entre Bordj El Brajneh et le camp des Marines, expliqua calmement « Johnny ». J’espère qu’il n’y aura pas de barrages …
La course continua dans un silence tendu. Puis des coups de feu claquèrent. Une balle traversa la lunette arrière et le pare-brise. Si leurs poursuivants tiraient au RPG 7, ils étaient fichus. La vieille Mercedes cahotait effroyablement dans les trous, les mares de boue, évitant de justesse les piétons. Tout à coup, Malko aperçut, par dessus les toits, l’immense drapeau américain du poste des Marines le plus au nord, installé sur le toit d’une station-service détruite. « Johnny » l’avait vu aussi. Il cria quelque chose au chauffeur qui s’engagea dans une ruelle, tourna, à droite, puis à gauche, débouchant dans un chemin un peu plus large. À deux cents mètres sur la droite, Malko vit la grande avenue Jamal, avec un poste de l’armée libanaise et le bunker des Marines. Seulement, la route était barrée par deux Land-Rover entourées de miliciens d’Amal.
Le conducteur pila et se retourna, guettant un ordre de « Johnny ». Celui-ci regardait autour de lui. Leurs poursuivants les talonnaient. En face se dressait un petit immeuble de deux étages, visiblement abandonné. « Johnny » se tourna vers Malko :
— Vite, donnez le numéro direct de M. Carver à Farouk. Il va essayer de le prévenir. Nous allons nous réfugier ici.
21
Bienvenue.