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Les fous de Baalbek

Электронная книга - «Les fous de Baalbek». Краткое содержание книги:

Malko n’osait plus bouger, même d’un millimètre. L’explosion pouvait se produire s’il tendait encore plus le fil. Mais la première tension pouvait aussi avoir été le système d’armement de la machine infernale, se déclenchant alors si on relâchait le fil…
Dans les deux cas, il était cloué au sol.
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Ils regagnèrent la galerie des tapis et s’assirent sagement.

— Tu sais, fit la jeune chiite, je t’en voulais beaucoup. L’autre jour, avec Abu Chaki, ça été horrible.

— Je m’en veux affreusement, dit Malko. C’est pour cela que j’ai essayé de te faire plaisir.

Elle baissa les yeux sur la montre :

Elle est superbe …

— J’ai encore besoin de toi, dit Malko.

— J’ai l’information que tu veux, dit Neyla. L’adresse du garage. Dans la rue de la Mosquée Hussein, à Chiyah. Après le coude. Devant, il y a une carcasse de camion. C’est là qu’ils ont caché la benne à ordure.

— Fantastique, dit Malko. Mais j’ai besoin d’autre chose. Tu te souviens de ce que nous a dit Nabil, à Baalbek ?

— Je n’ai pas tout entendu.

Il lui résuma l’histoire des ULM, concluant :

— Je dois savoir, coûte que coûte, où ces engins vont se trouver. Par ton ami, il y a peut-être une chance.

— Peut-être, fit-elle. Il sait beaucoup de choses. Mais ce ne sera pas facile de le faire parler. Il m’avait demandé de le voir ce soir. Je vais y aller.

— Tu es merveilleuse, dit Malko.

De nouveau, ils s’étreignirent.

— Je t’appellerai demain, dit Neyla. Si tu veux, nous nous verrons demain soir.

Malko ressortit de la boutique, un peu tranquillisé. Neyla, regonflée, était une alliée précieuse. Même si « Johnny » ne réapparaissait pas, elle pourrait peut-être obtenir le renseignement qu’il cherchait. Déjà, il devait communiquer à Robert Carver l’emplacement du garage où on piégeait probablement la benne à ordure.

* * *

Abu Nasra regarda par la fenêtre l’homme qui montait l’escalier extérieur menant à son bureau. Un Iranien qui s’occupait de la même opération que lui à Baalbek et venait d’arriver de la Bekaa. Ses gardes du corps le firent entrer et les deux hommes s’étreignirent sous le portrait géant de Moussa Sadr.

— Tout s’est bien passé ?

— Sans problème, affirma l’Iranien en s’asseyant. Nous avons utilisé des camions de primeurs qui ont l’habitude de venir deux fois par semaine à Beyrouth. Même s’il y a eu des photos aériennes, on ne pourra rien distinguer sous les bâches.

Donc, les trois ULM étaient à pied d’œuvre. Abu Nasra ne se tenait plus de joie. Son plan prenait forme.

— Ils sont en sûreté ?

— L’endroit où ils se trouvent a résisté à tous les bombardements sionistes, affirma l’Iranien.

— Combien de temps faut-il pour les vérifier ?

La partie ULM relevait des Iraniens.

— Deux jours, si nous n’avons pas de complications avec les moteurs, trois au plus.

— Que les pilotes demeurent près des appareils ! ordonna Abu Nasra, que personne ne puisse les apercevoir ou parler avec eux. Le B2 et les juifs ont des informateurs partout.

— Très bien. J’ai aussi le dossier de l’incident d’avant-hier.

Il déposa une mince chemise verte adressée à Abu Nasra par le chef des Hezbollahis. Dès qu’il fut seul, Abu Nasra se plongea dans sa lecture. D’abord, l’interrogatoire du traître. Puis différentes dépositions sur le couple qui s’était rendu à Baalbek. Sans grand-chose qu’il ne sache déjà. Mais un témoignage le glaça. Un des miliciens d’Amal prétendait avoir reconnu la fille qui s’était rendue à Baalbek, lorsqu’elle était revenue dans la Mercedes blanche d’Abu Chaki. Ce serait la maîtresse d’un des hommes travaillant pour Abu Nasra. Hélas, il ne se souvenait plus de son nom.

Abu Nasra repoussa la note, le sang battant à ses tempes. Si ce milicien disait vrai, il était infiltré, peut-être surveillé. Il en avait froid dans le dos. Un échec pour cette mission signifiait son élimination, à lui. Les Syriens et les Iraniens ne lui pardonneraient pas.

Il referma le dossier, l’enferma à clef dans le bureau et sortit en trombe.

— Réunissez dans deux heures tous les hommes de mon groupe ! ordonna-t-il.

Abu Nasra fit une entrée théâtrale, sanglé dans sa tenue de combat verdâtre et posa devant lui son Kalachnikov tout neuf à crosse pliante, avant de parcourir d’un regard sévère les visages attentifs de ses hommes. Tous très jeunes, pas rasés, beaucoup arborant le portrait de l’imam Moussa Sadr sur la poitrine ou la manche. La plupart totalement analphabètes, mais tous fanatiquement dévoués à l’Islam.

— J’ai une chose grave à vous annoncer, annonça-t-il. Les sionistes ont réussi à nous infiltrer.

Un murmure outragé parcourut l’assistance. Abu Nasra calma ses hommes d’un geste paternel.

— Grâce soit rendue à Allah qui m’a ouvert les yeux et confondra nos ennemis ! continua-t-il avec emphase. Je sais qu’aucun de vous n’est un traître.

Murmures de soulagement et quelques cris deAllah Akbar[19] Abu Nasra qui tenait bien son auditoire martela les mots qui suivirent :

— Seulement, l’un d’entre vous a été abusé par une agente sioniste ! Une chiite dénaturée. Il ne le sait pas lui-même, et je lui pardonne d’avance. Je vais poser une question et je suis certain qu’il va répondre sans hésiter. Quel est celui d’entre vous qui a une amie habitant Beyrouth Ouest ? Une fille qui se maquille, qui porte des jupes et vend son corps aux étrangers ?

Abu Nasra avait terminé sa péroraison en vociférant et se rassit d’un coup. Dans un silence de mort.

Mohsein Houmal sentit le sang se retirer de son visage. Heureusement, sa barbe dissimulait sa pâleur. Il crut cependant que tous ses camarades le regardaient. Il ne pouvait s’agir que de Neyla ! Neyla dont il était fou amoureux.

Son cœur cognait contre ses côtes si fort qu’il avait l’impression que tout le monde l’entendait. Il avait très peu de temps pour répondre : s’il ne disait rien et qu’on découvre la vérité ensuite, on le fusillerait à genoux. Comme traître à la cause islamique. S’il dénonçait Neyla, il imaginait ce qui arriverait … Le cerveau en bouillie, il adressa une prière muette à Allah et leva timidement le doigt sans oser regarder Abu Nasra.

* * *

Malko contemplait d’un œil absent les trois filles en train d’évoluer à quelques centimètres de leurs amants respectifs, dans une danse du ventre endiablée. C’était encore la fête à Achrafieh. Les femmes étaient habillées et maquillées comme si ce devait être la dernière fois. L’ombre de la mort planait sur toutes les distractions beyrouthines. Jocelyn Sabet, les yeux démesurément agrandis par le kohl, portait une tenue qui l’aurait fait écharper dans la banlieue sud … Une jupe fendue qui s’ouvrait à chaque pas et un chemisier de dentelle noire dissimulant à peine les pointes de ses seins. Tout le monde avait beaucoup bu. Malko aussi. Ce qui n’avait pas calmé l’angoisse diffuse qui lui serrait la poitrine. Il se reprochait d’avoir renvoyé Neyla à l’assaut après l’équipée de Beyrouth.

Il avait hâte d’être au lendemain matin. De connaître le résultat de l’expédition de Neyla.

Jocelyn se comportait en amoureuse transie.

— Tu as envie de rentrer ? demanda-t-elle, devant son air renfermé.

— Oui.

Elle se méprit sur ses intentions et en trois minutes eut pris congé de leur hôte. Ils traversèrent la ville à l’habituelle folle allure. Malko n’osa pas lui demander de le déposer directement au Commodore. Dès qu’ils furent dans l’appartement de Jocelyn, la jeune femme se dépouilla de son chemisier et de sa jupe avant d’enlacer Malko. Il lui rendit son baiser, mais sans vraie passion. Trop tracassé.

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19

Allah est grand.

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