Les fous de Baalbek
- Автор: Де Вилье Жерар
- Серия: SAS #74
- Год: 1984
- Язык: французский
- Год: Plon
- ISBN: 2-84267-923-7
- Жанр: Шпионские детективы
Электронная книга - «Les fous de Baalbek». Краткое содержание книги:
Dans les deux cas, il était cloué au sol.
Jocelyn s’en rendit compte et s’écarta de lui comme si un serpent l’avait piquée.
— Tu as revu cette salope de Mona !
— Mais non, assura Malko, je suis préoccupé, inquiet …
Les yeux brillants d’humiliation, Jocelyn sauta du lit, attrapa son vison, le passa sans même se rhabiller, rafla ses clefs et dit sèchement à Malko :
— Viens, je te raccompagne.
Ils avaient parcouru les trois quarts du chemin dans un silence pesant, quand le moteur se mit à tousser. Jocelyn laissa échapper une exclamation furieuse, écrasa l’accélérateur, en vain. La Lancer s’arrêta au milieu de la rue et le silence de la nuit retomba autour d’eux. La jeune femme examina le tableau de bord, puis éclata d’un rire nerveux.
— C’est le garage ! Ils ont oublié de faire le plein …
Tomber en panne à une heure du matin à Beyrouth, ce n’était pas triste : en raison du couvre-feu, tout était fermé.
— Ce n’est rien, dit la jeune maronite, rentre à l’hôtel.
— Je ne vais pas te laisser là, protesta Malko, pas en plein Beyrouth Ouest, tu vas te faire violer …
Les yeux de la jeune femme flamboyèrent et elle tira de sous son siège un colt 45.
— Le druze qui essaiera de me violer prendra une balle dans la tête. Seulement, je ne peux pas rentrer à pied dans cette tenue.
Son manteau de fourrure s’était ouvert, découvrant son corps nu, à part ses bas. Malko éprouva une soudaine pulsion sexuelle, à la vue de ce corps offert, peut-être aussi à cause de la situation. Jocelyn le lut dans ses yeux. Elle noua ses bras autour de son cou, et se mit à jouer avec son oreille du bout de sa langue aiguë. Le silence était absolu, seul le vent faisait vibrer les glaces de la Mitsubishi.
— Nous sommes seuls en plein Beyrouth, murmura-t-elle. Tu ne trouves pas ça excitant ?
Elle sut le convaincre, s’enroulant autour de lui comme une liane, évitant le volant pour lui faire l’offrande de sa bouche. Jusqu’à ce que dans une étreinte acrobatique, Malko s’enfonce en elle. Jocelyn avait pris son siège. À genoux sur le plancher, il la besognait furieusement. Les deux escarpins appuyés au pare-brise, les bras noués autour de la nuque de Malko, Jocelyn haletait. Ils s’arrêtèrent dans un ultime éblouissement ne sachant plus très bien où ils se trouvaient.
Malko s’extirpa de la Lancer. Il était à quatre cents mètres du Commodore.
— Je vais chercher de l’essence, dit-il.
— Reviens vite, mon chéri, cria Jocelyn de nouveau enroulée dans son vison, le ventre en paix.
Personne devant le Commodore. Malko alla à la réception et expliqua son problème. L’employé le reconnut :
— On vous a téléphoné déjà deux fois … Une femme.
L’angoisse de Malko se raviva. Si c’était Neyla, pourquoi appeler si tard ? Il essaya de se rassurer en pensant qu’il s’agissait de Mona.
Avec vingt livres, l’employé consentit à aller soutirer de l’essence dans le réservoir d’une voiture en stationnement.
À peine était-il revenu que le standard téléphonique s’alluma. L’employé de nuit décrocha et tendit l’appareil à Malko.
— Vous avez de la chance. C’est pour vous.
Il lui arracha presque le récepteur des mains.
— Malko ?
La voix de Neyla. Effrayée, mais reconnaissable.
— Où es-tu ?
— Il faut que tu viennes me chercher. Je ne peux pas me déplacer, je n’ai pas de laissez-passer. Tu sais où est la place des Martyrs ? Je t’attendrai devant l’ancien commissariat de police. Viens vite.
— Mais qu’est-ce qui se passe ?
— Viens vite, répéta Neyla. Je t’en supplie.
Sa terreur n’était sûrement pas feinte. La communication avait été coupée. Malko était déjà passé place des Martyrs : l’ancien centre de Beyrouth détruit à cent pour cent. Neyla ne pouvait pas téléphoner de là. Cela sentait le piège à plein nez, mais il ne pouvait pas la laisser tomber.
Le bidon d’essence était prêt. Pas le moindre taxi. Il repartit en courant, tordu d’angoisse. Jocelyn fumait paisiblement une cigarette.
— Peux-tu me prêter ta voiture ? demanda Malko.
— Tu n’iras pas loin avec ça, fit-elle. Qu’est-ce qui se passe ?
— Je dois aller place des Martyrs.
— À cette heure-ci ?
— Oui, quelqu’un m’attend.
Elle fronça les sourcils.
— Qui ça ?
— Une informatrice.
La Libanaise secoua la tête.
— Je n’aime pas cela. Ce coin-là est dangereux. Viens, je vais te conduire.
— Je vais te ramener chez toi, proposa Malko, et je prendrai ta voiture.
— Ne fais pas l’idiot ! Monte !
Brusquement, elle se ravisa.
— Attends, prends le volant, je me cacherai. On croira que tu es seul.
Huit ans de survie dans une ville comme Beyrouth permettaient d’acquérir certains réflexes. Malko ne discuta pas, le temps pressait. Jocelyn le guida dans le dédale des ruelles de Beyrouth Ouest. Jusqu’au Carrefour Sodeco où ils franchirent le dernier barrage de l’armée libanaise avant la zone détruite du centre ville. À partir de la place Riad Solh, c’était l’apocalypse. Ils arrivèrent par le sud, par le souk Abu Nasr. Discrètement, elle se laissa glisser sur le plancher de la voiture. Les phares découvrirent un décor abominable : des pans d’immeubles déchiquetés, des enseignes en loques, des murs vérolés par les impacts, des fenêtres vides comme des orbites énucléées. Curieusement, on avait rétabli l’éclairage public de la vieille place des Martyrs et les lampadaires éclairaient les buildings effondrés, éventrés, aux murs troués. Malko stoppa en face du monument au centre de la place, resté intact par miracle, coupa le moteur, puis ouvrit la glace.
Le silence était impressionnant.
Il regarda autour de lui, distingua le petit bâtiment blanc de l’ancien commissariat avec ses colonnades et son perron. Où était Neyla ? La voiture faisait une cible magnifique en pleine lumière. Un cri éclata, encore plus poignant dans le silence de ce monde pétrifié.
— Malko !
Une voix de femme, celle de Neyla. Le sang de Malko se glaça. Cela venait d’une ouverture remplie de gravats, le long de l’immeuble blanc, ce qui avait été jadis la rue El Moutanabi. Un second cri, atroce, se termina en gargouillement.
Malko sauta hors de la Lancer.
— N’y va pas ! cria Jocelyn. N’y va pas !
Chapitre XVI
Malko n’écouta pas l’avertissement de Jocelyn. Il courait déjà vers l’endroit d’où les cris étaient venus. Il franchit la zone éclairée, grimpa le perron d’un bond. L’immeuble n’était plus qu’une coquille vide aux pierres rongées par les impacts, les planchers effondrés, quelques tuiles rouges encore accrochées à la charpente du toit. Une forme était allongée derrière la balustrade du perron. Malko se précipita, toucha des cheveux, puis sentit un liquide tiède et collant lui inonder les mains.
— Neyla !
La jeune chiite ne répondit pas.
Malko la prit sous les aisselles, la traîna dans la lumière des lampadaires et faillit vomir. La gorge avait été presque entièrement tranchée, pratiquement sous ses yeux, et le sang s’échappait encore à gros bouillons, des deux carotides. Neyla se vidait et rien ne pouvait la sauver. Son cerveau privé d’irrigation, elle était heureusement plongée dans l’inconscience. Il la reposa doucement à terre et s’accroupit, une main dans ses cheveux bouclés, ivre de haine et de rage, inspectant les lieux autour de lui. Ceux qui avaient commis ce crime horrible étaient encore à quelques mètres dans les ruines du commissariat ou dans la rue El Moutanabi. Ils avaient voulu que Malko voie le cadavre de Neyla avant de le liquider à son tour.