Les fous de Baalbek
- Автор: Де Вилье Жерар
- Серия: SAS #74
- Год: 1984
- Язык: французский
- Год: Plon
- ISBN: 2-84267-923-7
- Жанр: Шпионские детективы
Электронная книга - «Les fous de Baalbek». Краткое содержание книги:
Dans les deux cas, il était cloué au sol.
Il regarda en direction de la Lancer, arrêtée près de la statue. On attendait qu’il y remonte pour frapper cette cible facile. Eux savaient où il se trouvait, lui pas. Son seul avantage : Jocelyn tapie au fond de la Lancer. Soudain, il y eut un « plouf » sec, suivi d’une explosion violente. La Mitsubishi se transforma en boule de feu, explosant avec un bruit assourdissant. Un coup de RPG 7. Malko sentit une coulée glaciale glisser le long de sa colonne vertébrale. C’était la fin. Que pouvait son revolver contre une arme anti-char ?
En quelques secondes, il venait de perdre ses deux meilleures alliées. Mortes à cause de lui.
Ensuite, ce serait son tour. Dans ce quartier abandonné, l’explosion n’avait attiré l’attention de personne. Son unique chance était de gagner le haut de la place des Martyrs et de s’enfuir par les ruelles envahies de végétation des anciens souks. Mais pour cela, il devait traverser l’espace éclairé par les lampadaires entre le perron et la statue. Malko releva le chien de son 357 Magnum, et bondit.
À peine avait-il parcouru quelques mètres qu’une rafale éclata derrière lui, et une balle écorna le socle de la statue des Martyrs avec un miaulement méchant. Il avait encore vingt mètres à faire : jamais il n’y arriverait. Soudain, un cri jaillit de l’ombre, près de la statue :
— Malko, couche-toi !
Il plongea et, tout en roulant sur lui-même, enregistra la scène. Un homme accroupi à l’entrée de la rue El Moutanabi braquant sur lui le long tube d’un RPG 7. Et, en face, Jocelyn, qu’il croyait morte, accroupie, tenant son colt à deux mains. Plusieurs détonations claquèrent et l’homme s’effondra sur le côté, tandis que sa roquette allait exploser de l’autre côté de la place dans une grande gerbe rouge.
Malko se releva et parcourut les dix mètres qui le séparaient de Jocelyn en une seconde. Elle était en train de remettre un chargeur dans son arme.
— Filons ! dit-elle. Ils sont plusieurs, je les ai vus.
— Mais je croyais que tu …
— J’étais sortie de la voiture, dit-elle. Je me doutais de quelque chose comme ça.
Une longue rafale crépita venant du commissariat, les projectiles passèrent au-dessus d’eux. Se servant de la masse de la statue comme écran, ils commencèrent à s’éloigner.
La scène était irréelle. Jocelyn nue sous son manteau de vison, le colt à la main, les cheveux défaits, les flammes rouges qui jaillissaient de la Mitsubishi qui continuait à brûler comme un sinistre feu de Bengale.
— Attention, ils sont en train de remonter par l’intérieur des immeubles pour nous coincer, avertit Jocelyn. Il y a des passages partout. Il vaudrait mieux se cacher dans les ruines du cinéma Rivoli. Je connais bien tous les recoins, c’étaient nos positions en 76.
Ils repartirent, s’abritant derrière le gros bosquet qui avait poussé au milieu de la place, aperçurent une silhouette qui courait et tirait en même temps dans leur direction, couvrant d’autres miliciens. Un grondement se fit soudain entendre, venant de la rue Abu Nasr. Un M113 surgit en haut de la place des Martyrs, suivi par deux jeeps. Le phare de l’engin blindé balaya lentement la place, s’arrêtant sur Malko et Jocelyn. Presque aussitôt, une rafale fit voler le phare en éclats. La mitrailleuse de 12,7 du blindé tourna lentement et se mit à arroser la zone d’où étaient partis les coups de feu, creusant quelques impacts de plus …
Toutes les armes de la patrouille se mirent à leur tour à tirer. Quand elles se turent, Malko et Jocelyn se relevèrent. Le commando s’était dissous dans les ruines des souks. Jocelyn Sabet drapa autour d’elle son manteau de vison et fourra son colt dans sa poche.
— Nous avons eu beaucoup de chance, dit-elle simplement.
Malko tourna la tête vers l’endroit où reposait le corps de Neyla. Tordu d’une rage impuissante et bourrelé de remords. Les soldats libanais s’approchaient, méfiants, Jocelyn les apostropha en arabe et ils baissèrent leurs armes.
Robert Carver avait des poches sous les yeux. Malko l’avait réveillé au milieu de la nuit et il ne s’était pas rendormi.
Bien entendu, le ratissage entrepris par l’armée libanaise, place des Martyrs, n’avait rien donné … Le corps de Neyla avait rejoint à la morgue les cent mille morts de la guerre civile. Amer, épuisé et au bord du découragement, Malko ne voyait plus de solution à sa mission. « Johnny » demeurait invisible, en dépit de l’appel laissé au jeune Farouk.
L’attentat de la nuit précédente prouvait que de chasseur, il était devenu gibier. La pénombre dans laquelle était plongé le bureau du chef de poste ajoutait à sa morosité. Les deux hommes buvaient en silence un café infect et trop sucré, préparé par la secrétaire. Cherchant une issue.
— Puisque nous sommes bloqués sur les ULM, dit Malko en posant sa tasse, essayons au moins de résoudre l’histoire de cette benne.
— J’ai déjà fait prévenir les Marines et les Français, dit l’Américain. Il y aura des patrouilles d’hélicoptères pour surveiller le périmètre.
— Et si on allait la chercher ? suggéra Malko. Ce serait encore plus sûr.
Robert Carver posa sa tasse, pensif. Malko se doutait de ses objections : jamais il n’obtiendrait l’autorisation d’envoyer un commando de Marines à Chiyah. Il demeura muet quelques instants puis se leva.
— Vous avez foutrement raison ! dit-il. Allons voir le commissaire Kikonas, à la Sûreté.
Au moins, ils trompaient leur anxiété.
Il y avait un embouteillage indescriptible au passage du musée : la pluie et le barrage en face de l’entrée condamnée de la Résidence des Pins. Ils durent effectuer un immense détour pour rejoindre la rue du Musée.
L’immeuble gris de trois étages de la Sûreté libanaise était isolé dans un no man’s land de barbelés, de merlons, de blocs de ciment, de blockhaus. Les gardes du corps de Robert Carver vinrent renforcer les sentinelles libanaises, face au mur aveugle de ce qui avait été le musée. Un des coins de Beyrouth où on s’était le plus battu. Les Israéliens y avaient perdu quatre chars Merveka en dix minutes …
Le commissaire Kikonas était un petit homme affable, et tiré à quatre épingles. Il les reçut dans un somptueux bureau aux murs de boiseries claires et leur offrit un café amer à la cardamome. Tandis que l’Américain expliquait le problème, il faisait craquer ses articulations d’un air gourmand.
— C’est très intéressant ! conclut-il. Il faut arrêter ces terroristes. Nous savons que ce quartier est un nid insurrectionnel. Seulement, nos hommes ont beaucoup de difficultés à y pénétrer. De plus, pour tout ce qui concerne le Grand Beyrouth, c’est le B2 qui est responsable … Vous devriez voir le colonel Tarik. À l’état-major de la VIIIe Brigade. Je vais lui passer un coup de fil.
— Inutile, fit Robert Carver, un peu sèchement. Je le connais.
La route de Damas montait vers le Yarzé, traversant les collines de Baabda, un quartier de villas jadis élégantes, maintenant pilonné par les obus de Walid Jumblatt. Robert Carver désigna à Malko un grand bâtiment plat hérissé d’antennes, au sommet d’une colline, sur leur droite.
— Le ministère de la Défense, c’est là que nous allons.
Ils quittèrent la grande route, franchirent une douzaine de postes militaires, des chicanes renforcées de M113, durent exhiber vingt fois leurs laissez-passer. Plus ils s’approchaient, plus l’ambiance était tendue … Le ministère de la Défense n’avait plus une seule vitre.