Dominium Mundi. Livre II
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #2
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-1-090648-18-0
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:
Ses barrages mentaux tombaient un à un tandis que sa colère se muait en fureur. Ils allaient trop loin. Ils ne voulaient pas le punir, ils voulaient le détruire.
Sous le choc de la sentence, Tancrède prit brutalement conscience de ce qui lui restait à faire : partir. Fuir cet asile de fous ! Au lieu du maelström émotionnel dans lequel le conseil disciplinaire l’avait plongé quelques mois plus tôt, ce verdict absurde venait au contraire de lui procurer une soudaine lucidité. Les brumes qui obscurcissaient ses pensées venaient de se lever. Il réalisa qu’il lui restait peut-être un moyen de sauver sa vie de ce qui ressemblait de plus en plus à un naufrage. Une sorte de mission. Il devait essayer de réparer le mal qu’il avait contribué à causer. Il devait mettre un terme à cette guerre, sauver les Atamides des hommes, et sauver les hommes d’eux-mêmes.
« Accusé ! tonna le juge. Avez-vous une dernière parole à prononcer avant l’exécution de la sentence ? »
Tancrède tourna mécaniquement la tête en direction de la voix, mais son regard était ailleurs. Les pensées continuaient à défiler à toute vitesse à l’intérieur de son crâne.
La sentence…
S’il laissait ces fous le jeter en prison, il n’en sortirait peut-être jamais et se trouverait définitivement réduit à l’impuissance !
Dans son esprit se produisit alors comme une explosion, une déchirure insupportable, où, durant un bref instant, toutes sortes d’images se bousculèrent, se télescopèrent violemment, mélangeant des scènes qu’il avait vues, vécues ou rêvées.
Suis les lignes.
Ses rêves…
Suis les lignes.
Tous ses rêves étranges semblaient prendre un sens nouveau.
Suis ma voix/voie.
Il était temps pour lui de sortir de l’obscurité de la caverne et d’affronter les feux du soleil, dehors.
Suis les lignes, si tu veux vivre.
Il devait partir, s’éloigner, quitter les siens, peut-être pour toujours.
On ne peut les voir que de loin.
Ses pensées s’emballèrent brusquement, culminant en un paroxysme de confusion dont il émergea en entendant un long hurlement. Le sien. C’était lui qui criait.
Il se tut. Un bref écho prolongea son cri dans les hauteurs de la salle. Toutes les personnes présentes le regardaient sans mot dire, stupéfaites.
« Maintenant, je vois les lignes », dit-il au juge qui le dévisageait, médusé.
Puis, d’un geste rapide de la main, il libéra les servomoteurs de son exo et se jeta sur le garde le plus proche.
« Message de sécurité, message de sécurité. Un prévenu s’est échappé du centre de détention. Il s’agit du lieutenant Tancrède de Tarente. Cet homme est dangereux. Si vous le voyez, n’essayez pas de l’arrêter, prévenez immédiatement la police militaire. Je répète, un détenu… »
Dès qu’elle entendit l’annonce diffusée dans tout le camp, Clorinde sut qu’il s’était produit quelque chose de grave. Elle augmenta la cadence du bipède de combat dont elle s’était emparée au dépôt, dépassant allègrement la vitesse maximale autorisée dans l’enceinte de la Nouvel-le-Jérusalem. Les passants qu’elle croisait devaient sauter de côté pour ne pas être renversés et la plupart manifestaient leur mécontentement en la couvrant d’injures tandis qu’elle s’éloignait à toute vitesse.
Son cœur se serra lorsque, arrivant en vue du palais de justice, elle y vit, garés devant l’entrée principale, une douzaine de véhicules de police ainsi que quelques ambulances. Une grande agitation régnait sur place, à laquelle elle contribua en arrêtant son RK dans un dérapage plus ou moins contrôlé qui souleva un épais nuage de poussière. Sans perdre un instant, elle sauta à terre puis se dirigea vers l’entrée du tribunal. Un policier se mit aussitôt en travers de son chemin.
« Halte-là, où allez-vous comme ça ? On ne passe pas ! »
Clorinde essaya de le contourner, mais l’homme fit un pas de côté pour lui barrer la route et lui empoigna l’épaule de sa main droite.
« Hé, vous êtes bouchée ou quoi ? Je viens de vous dire que… »
Sans un mot, Clorinde lui saisit le poignet et lui tordit le bras d’un geste rapide. Sentant que son articulation allait casser, le policier se laissa tomber sur le côté afin de suivre le mouvement et Clorinde en profita pour lui asséner un coup de coude sur la tempe. L’homme s’effondra et Clorinde reprit sa marche vers l’entrée.
Derrière elle, des cris retentirent pour l’arrêter, mais elle entra dans le hall principal sans y prêter attention. Aussitôt, elle remarqua les impacts de fusil T-farad dans les murs.
« Clorinde ! »
Germandière était là, en discussion avec l’un des policiers. Elle vint aussitôt à sa rencontre.
« Que s’est-il passé ? lui demanda la Méta-guerrière d’une voix brisée par l’émotion. Je t’en supplie, dis-moi que le pire n’est pas arrivé ! »
Mais déjà, des policiers pénétraient dans le hall derrière elle et l’encerclaient. L’un d’eux sortit une paire de menottes et lui attrapa le bras.
« Tu débloques, l’Amazone ? Tu crois quand même pas que tu peux te permettre de… ahh ! »
Avec pratiquement la même prise que quelques instants plus tôt, Clorinde lui retourna le bras et s’apprêta à le frapper lui aussi du coude lorsque Germandière intervint :
« Non, Clorinde ! Arrête ça ! Tu ne pourras rien faire si tu finis en prison ! »
L’Italienne suspendit son geste, mais raffermit sa prise.
« Dis-moi ce qui s’est passé ! aboya-t-elle tandis que l’agent, blême, tâchait de ne pas crier sous la douleur.
— Lâchez-le ! ordonna l’officier avec lequel Germandière parlait un instant plus tôt. Lâchez-le et je vous promets qu’on ne vous arrêtera pas ! »
Clorinde le dévisagea. C’était un homme brun, d’une quarantaine d’années et de stature moyenne. Ses traits rudes étaient sans grâce, mais son visage exprimait la droiture. Il avait des épaulettes de capitaine.
« Lâchez-le », répéta-t-il.
La jeune femme desserra son étreinte et l’homme tomba à genoux, tout près de tourner de l’œil.
« Reculez tous maintenant, commanda le capitaine, et attendez dehors. Je m’occupe de cette Amazone.
— Mais elle vient de bousiller les bras de deux de nos hommes, chef ! protesta l’un des policiers.
— Je sais, et à votre place, je ne m’en vanterais pas ! Mais ne vous inquiétez pas, cette femme répondra de ses actes le moment venu. Maintenant, sortez ! »
Sans discuter davantage, les policiers regagnèrent la sortie, l’un d’eux soutenant l’estropié dont le teint cireux montrait qu’il avait grand besoin d’air frais.
« Merci, Bertrand, dit Germandière. Tu as fait ce qu’il fallait. Ces hommes se seraient tous retrouvés à l’hôpital en moins de deux.
— Je sais, répondit le capitaine. Je vous ai vue lors de votre passage d’Épreuve, mademoiselle di Severo. C’était très impressionnant. Néanmoins, je crains que vous ne puissiez échapper à un petit séjour en cellule après ça. Heureusement pour vous que je connais Germandière et qu’elle m’avait prévenu que vous alliez sûrement faire quelque chose de ce genre. »
Tremblant d’impatience, Clorinde lui lança un regard déterminé.