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Les Habits Noirs Tome VI - L’Avaleur De Sabres

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome VI - L’Avaleur De Sabres». Краткое содержание книги:

Ce sixième opus nous plonge plus avant dans ce monde du cirque dont Féval a fait l'un de ses univers de prédilection. Saladin, le «fils» d'Echalot et de Similor, a grandi au sein du cirque de Mme Samayoux. Héritant de la mauvaise nature de son père, il est devenu une crapule. En 1852, il enlève une petite fille, Justine, et la confie à Maman Léo et à Echalot, maintenant en ménage, en prétendant l'avoir trouvée. La mère de l'enfant, Lily, une jeune et belle fille du peuple que son amant avait abandonnée, désespérée de n'avoir pu retrouver sa fille, épouse le richissime duc de Chaves, dans l'idée de mener par la suite, grâce à sa fortune, les recherches nécessaires…
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Sa mère avait dit: «Il y a des choses impossibles!» mais là-bas, derrière le voile de l’avenir, Justin entrevoyait un sourire d’ange: une tête enfantine, auréolée de cheveux blonds.

Sa fille! Est-ce que sa mère résisterait aux caresses de sa fille!

Nous l’avons vu arriver au logis de la Gloriette absente, s’asseoir près du berceau vide, transformé en autel, et attendre.

En attendant il prit le portrait photographié de Lily et il eut un sourire ému en prononçant ce mot qui vient à la bouche de tout le monde, quand on voit la trace imparfaite de l’enfant dans une épreuve où la mère est «bien venue»: «Elle a bougé!»

Elle avait bougé beaucoup, car on n’apercevait qu’un flocon blanc, indécis et confus, quelque chose qui n’avait point de forme et qui pourtant était gracieux; un nuage souriant.

Mais Lily! le visage de Lily attirait le regard de Justin comme une fascination. Il y avait de la mélancolie sur ses traits, mais elle était splendidement belle.

Je ne sais quoi disait dans l’amoureux pli de ses lèvres, penchées vers le nuage, qu’elle était venue là pour avoir le portrait de l’enfant uniquement.

Je ne sais quoi disait encore que rien n’existait pour elle en dehors de l’enfant qu’on ne voyait pas, mais qu’elle regardait avec un si doux orgueil.

Tout en elle était charmant, mais sans coquetterie. Je dis trop ou trop peu: il y a des femmes qui, naturellement, ne sont pas coquettes, même dans ce sens restreint exprimant le goût innocent de la parure; il n’y a que les jeunes mères pour s’oublier tout à fait et pour être adorables malgré elles.

Justin regardait Lily; Justin lisait toute une belle et chère histoire dans la jeune gravité de ces traits. Les cheveux magnifiques avaient je ne sais quel tour austère, et il fallait la grâce enchantée de la taille pour faire valoir les plis presque maladroits de la pauvre petite robe.

Justin en arriva à deviner et se dit: je ne serai plus que le second dans ce cœur…

Et ce fut de la joie. La place était bonne, à côté de Justine adorée.

Il lui semblait, tant il était heureux, que son premier effort allait retrouver Justine.

La brume était déjà presque tombée que Justin regardait et songeait encore.

Un pas lourd monta l’escalier.

– J’ai été du temps, dit-on dès le carré; je ne voulais pas revenir sans avoir fait mon possible. Mais rien! La mère Noblet a perdu la moitié de ses pratiques et dit comme ça que nous en sommes la cause. Les autres, on croirait qu’on leur parle déjà du déluge… Ah!

La voix s’arrêta brusquement sur ce cri. Médor venait d’apercevoir Justin.

– Est-ce que je me suis trompé de porte? gronda-t-il dans son étonnement. Mais non. V’là le petit berceau. Où est la Gloriette?

– J’attends madame Lily, lui fut-il répondu.

– Ah! fit encore Médor, vous avez peut-être des nouvelles?

– Non, je ne sais rien.

Médor s’approcha et vint regarder l’étranger de tout près. Il faisait presque nuit.

– Alors, dit-il, qui êtes-vous pour l’attendre comme ça, chez elle?… chez elle, je n’ai jamais vu personne.

Justin hésita. Médor s’était mis entre lui et le jour pour l’examiner mieux.

– Ah! fit-il pour la troisième fois et sur un ton qui marquait peu de sympathie, vous, je vous reconnais bien! Vous êtes celui qui… enfin, l’homme du château en Touraine!

Justin fit un signe de tête affirmatif. Médor s’éloigna de lui.

– Et vous, demanda Justin, qui êtes-vous?

– C’est moi qu’ai perdu l’enfant, répliqua Médor avec rudesse. Alors, je rachète ça comme je peux.

Il sortit sur ces mots et redescendit l’escalier. L’instant d’après Justin le vit revenir tout essoufflé; il avait à la main un bougeoir allumé qu’il posa sur le guéridon.

Il vint se planter devant Justin et dit avec un grand trouble:

– Si vous n’étiez pas là, je croirais que c’est vous; mais vous voilà, c’est impossible!

Justin ne comprenait pas.

Il y avait tant d’égarement dans les yeux du pauvre diable que Justin le soupçonna d’être ivre, dans le premier moment.

Mais Médor n’était pas ivre; il parlait surtout pour lui-même et poursuivit cette argumentation bizarre destinée à éclairer sa propre pensée, ne s’inquiétant nullement de l’effet produit sur son interlocuteur.

– Vous, grommelait-il, je ne vous aime pas, c’est sûr, puisqu’elle vous attendait et que vous ne veniez pas. Vous étiez dans un château, et elle dans une mansarde. Si la petite avait eu son père auprès d’elle, on ne l’aurait pas volée, pas vrai? c’est sûr. Mais ce n’est pas ça: elle n’a jamais parlé que de vous: Justin, Justin, Justin, le jour et la nuit. Il y a donc que si vous l’aviez emmenée dans une belle voiture, c’était tout simple. Mais l’autre…

– Quel autre? demanda Justin dont le cœur se serra terriblement. Expliquez-vous, je vous en prie!

Médor avait deux larmes qui mouillaient les coins de ses paupières. Il continua:

– J’aurais pleuré, pas vrai? parce que je m’étais habitué à la garder et à la servir… Ah! ah! Écoutez donc: celle-là a été trop malheureuse! Mais ce n’est pas ça! s’interrompit-il en balayant son front de sa large main. Qui donc était dans cette belle voiture où elle est montée, puisque vous voilà ici, vous.

Justin s’était levé. Il balbutia:

– Alors, elle est partie?

– Après? fit Médor avec un emportement sans motif. N’était-elle pas libre de partir?

Sa main lourde pesa sur l’épaule de Justin qui avait la tête courbée.

– Vous voilà libre aussi, dit-il amèrement. Je ne connais pas bien les gens comme vous, mais je les devine. Elle vous a donné un prétexte; allez-vous-en, cette fois, pour tout de bon. Mais avant de partir, ne soufflez pas un mot contre elle! pas un! car je vous casserais la tête contre la muraille, hé! l’homme du château!

Médor avait la narine gonflée et l’œil brûlant.

Justin, en effet, ne prononça pas un mot, pas un seul, mais il ne s’en alla pas non plus. Médor, qui le sentit chanceler, fut obligé de le soutenir dans ses bras, puis de le soulever, pour le déposer, inerte, sur le lit de la Gloriette.

XV Vente de Lily

Quand Médor avait descendu l’escalier naguère sous le coup de son premier étonnement, son dessein n’était autre que d’attendre Lily en bas, sur le pas de la porte. Lily ne sortait jamais; elle devait être quelque part aux environs, guettant peut-être son retour à lui, Médor, qui, de son propre aveu, était en retard.

Mais sur le pas de la porte, il trouva la voisine qui s’était montrée discrète et charitable lors de l’arrivée de Justin.

Cette voisine, pour se dédommager, avait rassemblé là une demi-douzaine de commères des deux sexes et racontait, avec force embellissements, l’équipée de la Gloriette.

– On ne peut pas toujours pleurer, disait-elle, et puis le monsieur appartient peut-être à la haute administration. On dit que les chefs font comme ça de jolies connaissances, sans bourse délier et rien qu’en chantant: «J’ai le bras long, ma petite mère» sur l’air de Ma Normandie, je me brûle l’œil au fond de la rivière. Faut bien rire un peu, dites donc! n’empêche que la Gloriette était en déshabillé, pas gênée du tout, vis-à-vis du monsieur, préfet ou marquis, tiré à quatre demi-cents d’épingles, avec barbe moderne et cheveux coiffés par le perruquier, tout ça noir, mais noir! noir! que le cocher avait une perruque blanche, à treize boudins, et le valet de pied pareillement de même, en plus que les chevaux étaient harnachés de cuir verni avec toutes les boucles en or, et des peintures aux portières: sauvages qui tenaient des massues et supportaient une couronne au-dessus du blason, ça s’appelle comme ça, je l’ai su à l’Ambigu. Et que le grand seigneur a donné la main noblement à la Gloriette qui faisait ses manières. Et fouette cocher, ni vu ni connu, au galop pour l’île d’Amour ou autre, à Asnières, quarante francs par tête… voilà!

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