Les Habits Noirs Tome VI - L’Avaleur De Sabres
- Автор: Феваль Поль Анри
- Серия: Les Habits Noirs #6
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome VI - L’Avaleur De Sabres». Краткое содержание книги:
Elle semblait plus gaie; une nuance rose animait l’ivoire de sa joue; en montant l’escalier, Médor l’entendit, qui chantait tout bas une petite chanson qu’elle avait apprise naguère à Justine.
C’était tout à fait la voix d’un enfant. On eût dit qu’elle essayait de se tromper elle-même et d’écouter encore une fois le chant argentin de l’absente.
Au moment où Médor entra, elle se tut et demanda:
– N’avez-vous rien appris de nouveau?
Médor fut étonné; il y avait plus d’une semaine qu’elle n’avait interrogé.
– Tout va bien, répondit-il, on cherche, on trouvera.
Lily lui tendit la main; c’était la première fois. On aurait pu voir le cœur du pauvre garçon battre sous sa veste.
– Vous l’aimiez bien, dit-elle. C’est pour elle que vous avez pitié de moi.
– C’est pour elle et pour vous, reprit Médor vivement.
Mais il s’interrompit pour ajouter:
– Oui, c’est vrai, je l’aimais bien, c’est pour elle.
Ce fut tout. La Gloriette reprit son ouvrage.
Au bout de quelques instants, elle revint à Médor qui s’était assis près de la porte et qui songeait. Elle tenait à la main deux bijoux de petits souliers.
– J’ai retrouvé cela, dit-elle toute joyeuse, je les lui avais mis pour son baptême.
Et elle raconta le baptême avec cette volubilité qu’elle avait chaque fois qu’elle parlait de Petite-Reine.
– Son père était si heureux ce jour-là! soupira-t-elle en finissant.
Elle n’avait jamais parlé du père de Petite-Reine, quoique Médor eût bien deviné que c’était l’homme qui demeurait au château de Monceaux, en Bléré, par Tours. Il resta muet, Lily continua:
– Il est peut-être mort, puisqu’il ne me répond pas. Il avait bon cœur et il adorait l’enfant.
– Il est peut-être aussi en voyage, suggéra l’excellent Médor, qui s’étonna d’éprouver une certaine répugnance à plaider la cause du père de Petite-Reine.
– Ou bien ma lettre était mal faite, pensa tout haut la Gloriette. Je n’ai pas pu en écrire bien long, ma main tremblait trop. Je cherche à me souvenir.
Elle pressa son front entre ses doigts.
– Oui, reprit-elle, c’est cela, je lui ai dit: «Mon cher Justin, notre petite est perdue, on me l’a volée, viens à mon secours.» Est-ce assez?
– Ah! fit Médor, si j’avais été au bout du monde, moi, ou sur le lit de mon agonie…
Il n’acheva pas. La Gloriette continua en se parlant à elle-même.
– Non, ce n’est pas assez; j’aurais dû ajouter: «Ce n’est pas pour vous retenir près de moi. Dès que vous m’aurez aidée à retrouver l’enfant, vous serez libre.»
– L’aimez-vous bien? balbutia Médor malgré lui.
Lily le regarda.
– Je ne sais pas, répondit-elle. C’est son père.
Elle baisa les petits souliers et leur chercha une place sur l’autel. Puis elle dit encore:
– On doit parler d’elle au Jardin des Plantes, bien sûr. Je pensais cette nuit: mère Noblet va tous les jours dans le bosquet avec ses petits; c’est à elle qu’on doit dire tout ce qu’on apprend, tout ce qu’on sait, tout ce qui court… Si vous alliez causer avec mère Noblet?
Médor était déjà debout. Il mit sa casquette, passa la porte et descendit l’escalier quatre à quatre.
– Quoique, reprit Lily dont les yeux s’éteignirent, mère Noblet est une bonne vieille, elle n’aurait pas attendu; si elle savait quelque chose, elle serait venue me voir…
– Quinze jours! s’interrompit-elle. Mon Dieu! mon Dieu! quinze jours que je ne l’ai plus!
Elle se laissa tomber sur une chaise, auprès du berceau et resta immobile, les mains jointes sur ses genoux.
Elle était merveilleusement belle avec la pâleur presque transparente de ses joues, encadrées dans le splendide désordre de ses cheveux. Le jeûne involontaire avait agrandi ses grands yeux. Il y avait je ne sais quoi d’attendrissant et de charmant dans la désolation même de son sourire. Elle avait ce rayonnement de suave douleur qui fait adorer la Mère des larmes.
Elle demeura ainsi longtemps, muette et perdue dans ce rêve, toujours le même, qui ressuscitait les joies mélancoliques de son passé. Le jour allait baissant. Des pas se firent entendre dans l’escalier.
– Déjà! dit-elle, en pensant que c’était Médor.
Mais à peine eut-elle prononcé ce mot que son cou gracieux se tendit en avant, tandis qu’un peu de sang montait à ses joues. Ses yeux s’ouvrirent tout larges.
– Ce n’est pas Médor! murmura-t-elle. Si c’était…
Le nom de Justin vint jusqu’à ses lèvres, épanouies par cette joie, vive entre toutes: la venue d’un bien qu’on n’espérait plus.
Elle se leva électrisée par un espoir si grand qu’il valait presque une certitude. C’était Justin, et avec Justin, Petite-Reine serait bien vite retrouvée!
On frappa.
– Entrez! On entra.
La Gloriette retomba, brisée, sur son siège.
Ce n’était pas Justin.
La Gloriette reconnut dans le nouvel arrivant l’homme au teint bronzé, à la barbe et aux cheveux noirs comme du charbon, qui s’était trouvé plus d’une fois sur son passage quinze jours auparavant, qui s’était assis non loin d’elle au théâtre de la foire – et que Médor avait pris au collet, dans le bosquet, en l’accusant d’avoir parlé à la voleuse d’enfants.
Elle avait eu vaguement frayeur de cet homme autrefois, mais maintenant que pouvait-elle craindre?
L’étranger fit quelques pas à l’intérieur de la chambre et salua avec respect. Il y avait de la noblesse dans son maintien, mais il y avait surtout un extrême embarras.
À la rigueur, la sombre beauté de son visage aurait pu appartenir à don Juan, mais il n’en était pas ainsi de ses façons, qui trahissaient une timidité de sauvage ou d’enfant.
Il baissa les yeux sous le regard de Lily et lui tendit sa carte, exactement comme il avait fait au commissaire de police.
Lily jeta les yeux sur la carte qui portait: «Hernan-Maria Gerès da Guarda, duc de Chaves, grand de Portugal de première classe, envoyé extraordinaire de S. M. l’empereur du Brésil.»
– Que voulez-vous? demanda-t-elle avec le calme fatigué des grandes douleurs.
– Je vous aime, répondit le duc d’une voix très basse.
La carte glissa entre les doigts de Lily et tomba à terre. Elle tourna la tête.
Cet homme, avec ses grands titres et son amour, était pour elle néant.
Il ne l’avait point blessée en lui disant: «Je vous aime»; elle n’avait point conscience de l’audace craintive de ce duc, ni du ridicule qui se mêlait au côté bizarre et dramatique de cette scène.
Elle n’avait conscience de rien.
Le duc rougit sous le bronze de son teint. Peut-être qu’il avait honte.
– Je vous aime, reprit-il pourtant, parlant avec effort et cherchant les mots de notre langue qui lui était rebelle; je vous aime passionnément, douloureusement. Je donnerais une portion de mon sang pour ne pas vous aimer.
Lily n’écoutait pas. Elle se disait: