L'homme dans le labyrinthe [The Man in the Maze - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1973
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- Переводчик: Michel Rivelin
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «L'homme dans le labyrinthe [The Man in the Maze - fr]». Краткое содержание книги:
Tous les hommes qui avaient tenté de pénétrer dans le labyrinthe de Lemnos avant Muller étaient morts d’une façon atroce. Tous ceux qui avaient essayé de l’y rejoindre par la suite avaient été massacrés.
Aujourd’hui Ned Rawlins vient d’atterrir près du labyrinthe. Il a reçu l’ordre de ramener Muller sur la Terre, sa planète natale qui a besoin de lui. Sa planète qui, neuf ans auparavant, l’avait impitoyablement chassé, forcé à se réfugier au cœur de ce labyrinthe aux dédales mortels.
Quelles chances Rawlins a-t-il de survivre et d’accomplir sa mission ?
— La cage… tenta Rawlins.
— Laissez-moi finir ! gronda Muller. Vous voyez, la vérité a éclaté. Je n’étais pas un dieu. Seulement un pauvre homme mortel qui avait subi des désillusions à propos de sa déité. Les dieux véritables ont compris qu’il fallait que j’apprenne ma leçon jusqu’au bout. Ils ont décidé qu’il faudrait que je me souvienne toujours de la bête misérable cachée sous la couche d’épiderme. Surtout, ne jamais oublier l’animal sous la dépouille humaine. Alors ils se sont arrangés pour que les Hydriens me fassent un petit truc chirurgical au cerveau. Ce doit être une de leurs spécialités, je suppose. Je ne sais même pas s’ils m’ont fait cela par haine ou, innocemment, pour essayer de me guérir de ma tare : cette incapacité que j’avais de leur faire ressentir mes émotions. Ils voulaient peut-être que nous puissions enfin nous rencontrer. Je vous laisse le soin d’en décider. Toujours est-il qu’ils ont agi sur moi. Et je suis revenu sur la Terre. Héros et lépreux à la fois. Quand on s’approche de moi on devient malade. Pourquoi cela, croyez-vous ? Pour vous rappeler en recevant une dose de moi que vous êtes vous aussi un animal. Ainsi le cercle vicieux est bouclé. Vous me haïssez parce qu’en vous approchant de moi, vous voyez votre âme mise à nu et que cela vous déplaît. Et moi, je vous hais parce que vous me fuyez. Sachez-le, je suis porteur du plus grand fléau qui puisse s’abattre sur les hommes : la vérité ! Mon existence constitue la preuve qu’il est heureux que chaque homme soit enfermé dans son propre crâne. Vous rendez-vous compte ? Si nous possédions la moindre faculté de télépathie, ne serait-ce que cette petite anomalie honteuse mais très limitée qui est la mienne, nous ne pourrions pas nous supporter. La société humaine deviendrait impossible. Les Hydriens arrivent à atteindre la pensée de leurs frères et ils semblent très bien l’accepter. Mais nous, non ! C’est pourquoi je dis que l’homme est la créature la plus méprisable de l’univers. Il n’ose même pas sentir la puanteur de sa propre espèce, âme contre âme !
— La cage semble s’ouvrir, dit doucement Rawlins.
— Quoi ? Faites voir !
Muller se précipita vers la rue et passa rapidement devant Rawlins. Le jeune homme n’eut pas le temps de se reculer et il reçut une violente bouffée d’émanations. Cette fois-ci, ce fut moins pénible. Des images automnales naquirent dans sa tête : des feuilles mortes, des fleurs fanées, un vent encore doux et de précoces crépuscules enflammés. Il se sentait plus envahi de regrets que d’angoisse, devant la brièveté de la vie. Telle est notre condition : à peine avons-nous commencé qu’il faut déjà mourir.
Muller était bien loin de ces états d’âme. Le nez presque sur les barreaux d’albâtre de la cage, il les contemplait passionnément :
— Ils se sont déjà enfoncés de quelques centimètres. Pourquoi ne me l’avez-vous pas dit.
— J’ai essayé. Mais vous ne m’écoutiez pas.
— Vous avez raison, Ned. Vous avez raison. Cette sale manie que j’ai de toujours soliloquer. (Il rit tout bas :) Ned, j’ai attendu des années pour voir cela. La cage s’ouvre ! Regardez comme les barreaux se déplacent sans à-coups et glissent dans le sol. C’est parfait. (Il se tut un instant pour étudier le mouvement de plus près :) Mais c’est étrange, Ned. Auparavant, elles ne s’étaient jamais ouvertes deux fois dans la même année et voici qu’elles s’ouvrent pour la seconde fois cette semaine.
— Peut-être ne les avez-vous pas toujours remarquées ? Par exemple, pendant votre sommeil ? suggéra Rawlins.
— J’en doute énormément. Regardez ça !
— Alors pourquoi à votre avis une telle entorse au rythme habituel ?
— À cause des ennemis qui se sont approchés, dit Muller. À présent, la cité me considère comme un de ses véritables habitants. Il y a si longtemps que je vis ici. Mais elle cherche à vous mettre en cage, vous. Les ennemis. Les hommes.
Maintenant, la cage était entièrement ouverte. Les barreaux semblaient avoir disparu dans le sol. Seule une étude minutieuse révélait l’emplacement de l’orifice dans le pavement.
— Avez-vous déjà essayé de mettre quelque chose dedans ? Des animaux ?
— Oui. Un jour, j’avais mis le cadavre d’un grand animal mort. Rien ne s’est passé. Puis je lui ai amené des petites bêtes vivantes. Toujours rien. (Son front se plissa :) Une fois, j’avais pensé à entrer moi-même dans la cage pour voir si elle se refermerait automatiquement sur un être pensant et vivant. Mais je n’ai pas osé. Quand on est seul, il est difficile de tenter de pareilles expériences.
Il resta assez longtemps silencieux avant de reprendre :
— Que diriez-vous de m’aider pour un petit essai, là, maintenant. Hein, Ned, qu’en dites-vous ?
Rawlins n’arrivait pas à retrouver son souffle. L’air si léger lui brûlait maintenant les poumons.
— Il suffit de pénétrer une minute ou à peu près à l’intérieur, poursuivit calmement Muller. Nous verrons si la cage se referme sur vous. Ce serait une découverte très importante.
Rawlins fit semblant de ne pas le prendre au sérieux :
— Et si elle se referme ? Avez-vous une clé pour la rouvrir ?
— J’ai des armes. Nous pourrons toujours faire sauter les barreaux.
— Ce serait de la destruction. Vous m’avez averti que vous ne vouliez pas que nous détériorions le labyrinthe.
— Parfois il faut détruire pour apprendre. Allez-y, Ned. Allez-y.
La voix de Muller devenait haletante. Il se tenait étrangement ramassé sur lui-même, les mains crispées sur ses cuisses. Comme s’il se préparait à me pousser dans le piège, songea Rawlins.
Il entendit dans son oreille la voix tranquille de Boardman.
— Faites ce qu’il dit, Ned. Entrez dans la cage. Montrez-lui que vous lui faites confiance.
Je lui fais confiance, se persuada Rawlins, mais je ne fais pas confiance à cette cage.
Son imagination le travaillait désagréablement ; si le fond de la cage s’ouvrait une fois les barreaux revenus en place, le précipitant dans un insondable puits d’acide ou un lac de feu ? Peut-être était-ce ce que la cité avait prévu pour les ennemis capturés ? Quelle assurance avait-il de s’en sortir ?
— Faites-le, Ned, murmura Boardman.
C’était l’acte fou et insensé. Rawlins pénétra sur l’aire et vint appuyer son dos contre le mur. Presque aussitôt les barres courbes sortirent du pavement et vinrent se ficher hermétiquement dans le mur au-dessus de sa tête. Le fond semblait stable. Aucun rayon mortel ne fusa pour le découper. Ses plus grandes craintes ne s’étaient heureusement pas réalisées ; mais il était bel et bien prisonnier.
— C’est fascinant, dit Muller. Cela doit mesurer le taux d’intelligence de la créature qui se trouve dessus. Quand j’ai essayé avec des animaux morts ou vivants, rien ne s’est passé. Qu’en dites-vous, Ned ?
— Je suis content de vous avoir aidé à vérifier votre théorie. Mais je serais encore plus heureux si vous m’aidiez à en sortir maintenant.
— Je ne vois pas comment.
— Vous disiez que vous pourriez faire sauter les barreaux.
— Pourquoi détruire tout de suite ? Attendons un peu, voulez-vous ? Peut-être vont-ils se rouvrir d’eux-mêmes ? Vous êtes parfaitement à l’abri à l’intérieur. Je vous apporterai à manger si cela dure trop longtemps. Au fait, que vont penser vos amis si vous n’êtes pas de retour à la nuit tombée ?