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Le fabuleux Maurice et ses rongeurs savants [The Amazing Maurice and His Educated Rodents - fr]

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Vous connaissez l’histoire du joueur de flûte de Hamelin ? Les rats avaient envahi la ville, les habitants se désespéraient ; un joueur de flûte vint les sauver, qui ensorcela les rats au son de son instrument et les fit quitter la ville derrière lui pour les noyer dans la rivière.
Imaginez maintenant des rats intelligents qui soient de mèche avec le joueur de flûte… et pilotés par le roi de l’arnaque soi-même, le fabuleux Maurice, le chat de tous les chats. Ça, c’est une combine qui peut rapporter gros.
Jusqu’au jour où la fine équipe s’attaque au bourg de Bad Igoince où l’attendent le mystère, la terreur et le Mal.
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« Oh… c’est vous, mademoiselle…

— Oui. Mon père est le maire, vous savez.

— Euh… oui. On le sait.

— Pourquoi vous avez tous des bâtons ?

— Euh… on veut parler aux chasseurs de rats », répondit le porte-parole. Il s’efforçait de regarder derrière la jeune fille qui s’écarta.

« Il n’y a que nous ici, dit-elle. Sauf si vous croyez qu’il y a une trappe qui donne sur un labyrinthe de caves souterraines où des animaux désespérés sont enfermés dans des cages et où de grosses réserves de provisions volées sont stockées. »

L’homme jeta un nouveau coup d’œil nerveux. « Vous et vos histoires, mademoiselle, dit-il.

— Des ennuis ? demanda Malicia.

— On croit qu’ils étaient un… un peu vilains…» répondit l’homme. Il blêmit sous le regard qu’elle lui lança.

« Oui ? fit-elle.

— Ils nous ont roulés à la fosse aux rats ! dit dans son dos un homme que la présence d’un collègue entre Malicia et lui enhardissait. Ils ont dû entraîner ces rats-là ! Y en a un qui volait au bout d’une ficelle !

— Et un autre a mordu mon Jacko aux… aux… aux ce que j’pense ! protesta encore quelqu’un plus loin. Me dites pas qu’on l’a pas entraîné pour faire ça !

— J’en ai vu un ce matin avec un chapeau, ajouta Malicia.

— Il y a eu beaucoup trop de rats bizarres aujourd’hui, dit un autre homme. Ma m’man en a vu un qui dansait sur les étagères de la cuisine, elle m’a dit ! Et quand mon grand-père s’est levé pour prendre son dentier, un rat s’en est servi pour le mordre, il m’a dit. L’a mordu avec ses propres dents !

— Comment ça ? Il avait le dentier dans la gueule ? demanda Malicia.

— Non, il l’a fait claquer en l’air ! Une dame dans notre rue aussi, en ouvrant son garde-manger, a vu des rats qui nageaient dans la jatte de crème. Ils faisaient pas que nager, d’ailleurs ! Ils étaient entraînés. Ils se déplaçaient suivant des espèces de motifs, ils plongeaient dessous et agitaient leurs pattes en l’air, des trucs comme ça !

— Vous voulez dire qu’ils faisaient de la natation synchronisée ? s’étonna Malicia. Qui raconte des histoires maintenant, hein ?

— Vous êtes sûre de pas savoir où sont ces hommes ? demanda le meneur d’un ton soupçonneux. On nous a dit qu’ils venaient par ici. »

Malicia roula des yeux.

« D’accord, oui, fit-elle. Ils sont venus ici, un chat parlant nous a aidés à leur donner du poison et ils sont maintenant enfermés dans une cave. »

Les hommes la regardèrent. « Ouais, c’est ça, dit le meneur en faisant demi-tour. Ben, si vous les voyez, prévenez-les qu’on les cherche, d’accord ? »

Malicia referma la porte. « C’est terrible de ne pas être crue, dit-elle.

— Maintenant parle-moi des rois des rats », demanda Keith.

Chapitre 10

Pourquoi est-ce que je fais ça ? se demanda Maurice tandis qu’il suivait une canalisation en se contorsionnant. Les chats ne sont pas bâtis pour un exercice pareil.

Parce que nous sommes au fond quelqu’un de gentil, dit sa conscience.

Non, pas moi, songea Maurice.

Exact, oui, dit sa conscience. Mais nous ne voulons pas le faire savoir à Pistou, hein ? Au petit museau tremblotant. Il nous prend pour un héros !

Eh bien, je n’en suis pas un.

Alors pourquoi est-ce que nous tâtonnons sous terre pour essayer de le retrouver ?

Eh bien, manifestement, parce que c’est lui qui caresse le grand rêve de découvrir l’île aux rats, que les rats ne coopéreront pas sans lui et que je ne serai pas payé.

Nous sommes un chat ! Pourquoi un chat aurait besoin d’argent ?

Parce que je pense à ma retraite, songea Maurice. J’ai déjà quatre ans ! Une fois que j’aurai fait ma pelote, je vais me trouver une bonne maison avec un grand feu et une brave vieille dame qui me donnera de la crème tous les jours. J’ai tout prévu jusqu’au moindre détail.

Pourquoi nous offrirait-elle sa maison ? Nous sentons mauvais, nous avons les oreilles en lambeaux, un vilain bobo qui démange à la patte, nous avons l’allure d’un chat qui a reçu un coup de pied en pleine figure… Pourquoi une vieille dame s’enticherait-elle de nous plutôt que d’un petit chaton soyeux ?

Aha ! Mais les chats noirs portent chance, songea Maurice.

Ah oui ? Eh bien, nous ne voudrions pas être le premier à nous annoncer la mauvaise nouvelle, mais nous ne sommes pas noir ! Nous sommes une espèce de chat tacheté sale !

Les teintures, ça n’est pas fait pour les chiens, songea Maurice. Deux sachets de teinture noire, je retiens mon souffle une minute, et à moi la crème et le poisson jusqu’à la fin de mes jours. Bon plan, hein ?

Et la chance ? fit la conscience.

Ah ! Toute l’astuce est là. Un chat noir qui apporte une pièce d’or à peu près tous les mois, tu ne crois pas que c’est un chat qu’il faut garder chez soi ?

Sa conscience garda le silence. Sans doute un plan aussi habile la laissait-il sans voix, se dit Maurice.

Il devait reconnaître qu’il s’y entendait mieux en élaboration de plans qu’en orientation souterraine. Il n’était pas exactement perdu parce que les chats ne se perdent jamais. Il ne se souvenait pas où se trouvait tout le reste, voilà tout. Il n’y avait pas beaucoup de terrain sous le village, c’était sûr. Caves, grilles, canalisations, anciens égouts, cryptes et restes de bâtiments oubliés formaient une espèce de nid d’abeille. Même les humains pouvaient s’y déplacer, songea Maurice. Les chasseurs de rats ne s’en étaient sûrement pas privés.

Il sentait les rats partout. Il s’était demandé s’il n’allait pas appeler Pistou, mais il avait renoncé. L’appeler permettrait sans doute de retrouver le petit rat mais renseignerait aussi… n’importe qui sur sa position à lui, Maurice. Les gros rats étaient… ben, gros, et ils avaient l’air mauvais. Même un imbécile de chien risquait de ne pas faire le poids devant eux.

Il se trouvait à présent dans un petit tunnel carré parcouru de tuyaux de plomb. On entendait même un sifflement de vapeur qui s’échappait, et de l’eau chaude gouttait ici et là dans un caniveau qui suivait le sol du tunnel. Au loin, une grille donnait sur la rue au-dessus. Une lumière faible en tombait.

L’eau du caniveau paraissait propre. Du moins, on voyait au travers. Maurice avait soif. Il se pencha, la langue sortie…

Un mince filet rouge luisant serpentait doucement dans l’eau…

Pur-Porc, l’air confus et à moitié endormi, restait cependant assez conscient pour s’accrocher à la queue de Sardines tandis que les rats s’en repartaient de l’écurie. Ils se déplaçaient lentement. Sardines ne croyait pas que le vieux rat réussirait à passer les cordes à linge. Ils suivirent furtivement des gouttières et des canalisations en ne se dissimulant que sous le voile de la nuit.

Quelques rats tournaient en rond dans la cave lorsqu’ils finirent par arriver. Noir-mat et Sardines marchaient de chaque côté de Pur-Porc qui remuait à peine les pattes.

Une bougie brûlait encore dans la cave. Noir-mat fut surpris. Mais beaucoup d’événements s’étaient produits au cours de la dernière heure.

Ils lâchèrent Pur-Porc qui s’affaissa par terre et resta étendu, le souffle court. Des tremblements le secouaient à chaque inspiration.

« Poison, patron ? souffla Sardines.

— Je crois que c’était trop pour lui, dit Noir-mat. C’était trop. »

Pur-Porc ouvrit un œil. « Je… suis… toujours… le… chef ? demanda-t-il.

— Oui, chef, répondit Noir-mat.

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