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Face aux feux du Soleil [The Naked Sun - fr]

Электронная книга - «Face aux feux du Soleil [The Naked Sun - fr]». Краткое содержание книги:

Nous connaissons déjà Elijah Baley et Daneel R. Olivaw qui menèrent une difficile enquête dans Les cavernes d’acier.
C’est désormais sur la lointaine planète Solaria qu’ils vont devoir exercer leur talent. Sur ce monde, les hommes n’acceptent plus de se rencontrer physiquement mais se « visionnent » grâce à des projections télévisées.
Or, un meurtre a été commis, un meurtre apparemment impossible puisque aucun Solarien n’aurait eu la force nerveuse suffisante pour s’approcher d’un de ses compatriotes. Qui plus est, un robot semble impliqué, ce qui est absurde, puisque les lois de la robotique interdisent à ces êtres de métal de causer le moindre tort aux hommes.
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— Parlez-vous sérieusement ? dit-il.

— Très sérieusement.

— Connaissez-vous la nature de cette arme ?

— Tout le monde la connaît. Vous aussi, si vous voulez bien réfléchir un peu. Peut-être m’en suis-je rendu compte un peu plus tôt et un peu plus facilement que les autres étant donné que je suis sociologue. Certes, on ne l’utilise pas comme une arme est ordinairement employée. Elle ne tue ni ne blesse, mais même ainsi elle reste imparable. Et d’autant plus imparable que personne ne lui prête attention.

Baley, agacé, demanda :

— Et quelle est donc cette arme invincible et non meurtrière ?

— Le robot positronique, répondit Quemot.

11

La ferme aux fœtus

Pendant un moment, Baley en eut froid dans le dos : le robot positronique était le symbole même de la supériorité des Spaciens sur les Terriens. Et, en fait d’arme, c’en était une de taille.

Néanmoins, il conserva le même timbre de voix pour dire :

— Ce n’est qu’une arme du point de vue économique. Solaria est nécessaire aux autres Mondes Extérieurs parce qu’elle fournit des robots très spécialisés et d’avant-garde. Aussi n’ont-ils aucun intérêt à vous causer le moindre tort.

— Cela va de soi, dit Quemot d’un ton léger. C’est d’ailleurs grâce à cela que nous avons obtenu notre indépendance. Non, ce que j’ai en tête est tout autre chose ; c’est beaucoup plus subtil et surtout à l’échelle cosmique.

Et Quemot se mit à considérer ses ongles avec l’esprit visiblement ailleurs, préoccupé d’abstractions.

— C’est encore une de vos théories sociologiques ? demanda Baley en manifestant un certain intérêt.

Le Terrien eut beaucoup de peine à réprimer un sourire devant le regard d’orgueil péniblement contenu que lui lança Quemot :

— Oui, elle est de moi. Et tout à fait originale, pour autant que je sache. Néanmoins, c’est d’une évidence aveuglante si l’on étudie avec soin les statistiques démographiques des Mondes Extérieurs. Mais, commençons par le commencement : depuis l’invention du robot positronique, on l’a mis de plus en plus à contribution partout.

— Pas sur Terre, dit Baley.

— Allons, allons, inspecteur. Je ne connais pas grand-chose de votre Terre, mais j’en sais assez pour me rendre compte que les robots commencent à s’intégrer à votre économie. Vous, les Terriens, vivez dans de vastes cités souterraines et laissez inoccupée la plus grande partie de la surface terrestre. Qui donc alors fait marcher vos fermes et vos usines ?

— Les robots, concéda Baley. Mais si vous attaquez le problème sous cet angle, permettez-moi de vous faire remarquer que ce sont les Terriens qui ont les premiers inventé le robot positronique.

— Vraiment ? Vous en êtes sûr ?

— Vérifiez si vous voulez. C’est l’exacte vérité.

— Très curieux. Et pourtant c’est là où ils ont fait le moins en raison de l’importante population de la Terre. Ce serait donc d’autant plus long… oui… Néanmoins, vous avez des robots dans vos cités ?

— Oui, dit Baley.

— Vous en avez davantage maintenant, disons qu’il y a cinquante ans ?

Baley acquiesça avec une certaine impatience.

— Vous voyez bien alors que les faits justifient ma théorie. Il n’y a simplement qu’une différence de temps. Les robots tendent à relever l’homme de tout effort physique et l’économie robotisée est monovectorielle. De plus en plus de robots, de moins en moins d’humains. J’ai étudié avec la plus grande attention les statistiques démographiques, j’en ai tracé la courbe et me suis livré à quelques extrapolations. (Et il s’arrêta net, avec surprise :) Mais au fait, c’est bien là une application des mathématiques à la sociologie, n’est-ce pas ?

— C’en est une, oui, dit Baley.

— Après tout, vous aviez peut-être raison tout à l’heure. Il faudra que j’y réfléchisse. Bref, quoi qu’il en soit, voici les conclusions auxquelles j’ai abouti, et je suis absolument persuadé de leur valeur intrinsèque : le rapport robots-humains dans toute économie qui a accepté l’emploi de travailleurs robots tend continuellement à s’accroître au détriment de l’homme, en dépit des lois qui peuvent être votées pour enrayer ce progrès des robots ; l’accroissement est ralenti, mais jamais stoppé. Tout d’abord, la population humaine s’accroît, mais le nombre de robots croît beaucoup plus rapidement. Puis lorsqu’on atteint un certain point critique…

Quemot s’arrêta de nouveau, puis dit :

— Voyons un peu. Je me demande s’il est possible de situer exactement ce point critique, si on peut le chiffrer. Nous en revenons toujours à vos mathématiques.

Baley s’agita :

— Qu’arrive-t-il une fois ce point critique atteint, docteur Quemot ?

— Hein ? Euh ! La population humaine se met alors réellement à baisser et la planète approche d’une véritable stabilité sociale. C’est ce qui arrivera obligatoirement à Aurore. C’est ce qui arrivera tout aussi inéluctablement à votre Terre. La Terre résistera peut-être quelques siècles de plus, mais devra céder, elle aussi, finalement.

— Qu’entendez-vous par stabilité sociale ?

— La situation telle qu’elle existe ici, sur Solaria ; un monde où les humains ne représentent plus que la classe oisive. Aussi, n’avons-nous aucune raison d’avoir peur des autres Mondes Extérieurs. Attendons seulement un siècle peut-être, et ils seront tous devenus semblables à Solaria. Je suppose qu’en un sens on peut dire que ce sera la fin de l’histoire de l’Homme, mais ce sera surtout sa réalisation dans le sens complet du mot. Les Hommes alors auront tout ce qu’ils peuvent désirer, tout ce dont ils peuvent avoir besoin. Vous savez, il existe une phrase qui, un jour, m’a frappé. Je ne sais d’où elle vient : c’est quelque chose à propos de la recherche du bonheur.

Baley dit, citant d’un ton pensif :

— Tous les hommes reçoivent à leur naissance, de leur Créateur, certains droits inaliénables… Parmi ceux-ci il y a le droit à la vie, à la liberté, à la recherche du bonheur.

— C’est cela même. D’où est-ce tiré ?

— De quelque vieux grimoire, dit Baley[1].

— Vous voyez comme tout cela est changé ici sur Solaria, et comme cela évoluera un peu plus tard dans toute la Galaxie ; la recherche sera terminée. Et les droits imprescriptibles dont jouira alors l’humanité seront la vie, la liberté, le bonheur. Rien que cela : le bonheur.

— Peut-être bien, rétorqua Baley d’un ton sec, mais pour le moment présent, un homme a été tué sur votre Solaria et un autre est entre la vie et la mort.

Il éprouva du regret de ces paroles au moment même où il les prononçait : le visage de Quemot sembla changer comme s’il venait de recevoir une gifle. Le vieillard courba la tête et dit, sans la relever :

— J’ai répondu à vos questions dans toute la mesure du possible. Y a-t-il autre chose que vous désirez savoir ?

— Merci, monsieur, j’en sais suffisamment. Excusez-moi de vous avoir dérangé dans votre chagrin d’avoir perdu votre ami.

Quemot releva la tête lentement :

— Il me sera bien difficile de trouver pareil partenaire aux échecs. Il observait méticuleusement tous nos rendez-vous et il avait un jeu extrêmement suivi. C’était vraiment un bon Solarien.

— Je comprends, murmura doucement Baley. Puis-je avoir votre permission d’utiliser votre appareillage de stéréovision pour entrer en liaison avec la prochaine personne que je dois voir ?

— Bien sûr, je vous en prie, dit Quemot. Mes robots sont à votre service. Et maintenant, permettez-moi de vous laisser. Liaison terminée.

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1

Exactement, le début de la Déclaration des Droits de la Constitution américaine, rédigée par Payne et Jefferson (N.d.T.).

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