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Face aux feux du Soleil [The Naked Sun - fr]

Электронная книга - «Face aux feux du Soleil [The Naked Sun - fr]». Краткое содержание книги:

Nous connaissons déjà Elijah Baley et Daneel R. Olivaw qui menèrent une difficile enquête dans Les cavernes d’acier.
C’est désormais sur la lointaine planète Solaria qu’ils vont devoir exercer leur talent. Sur ce monde, les hommes n’acceptent plus de se rencontrer physiquement mais se « visionnent » grâce à des projections télévisées.
Or, un meurtre a été commis, un meurtre apparemment impossible puisque aucun Solarien n’aurait eu la force nerveuse suffisante pour s’approcher d’un de ses compatriotes. Qui plus est, un robot semble impliqué, ce qui est absurde, puisque les lois de la robotique interdisent à ces êtres de métal de causer le moindre tort aux hommes.
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« Or, ici, sur Solaria, pour la première fois, le sommet de la pyramide existe seul. En lieu et place des mécontents, il n’y a que des robots. Et nous avons, nous, la première société révolutionnaire, la seule qui le soit vraiment, la première grande découverte sociale depuis que les fermiers de Sumer et d’Egypte ont inventé les villes.

Il se rejeta dans le fond de son fauteuil, tout en souriant. Baley approuva de la tête et demanda :

— Avez-vous publié tout ceci ?

— Un de ces jours peut-être, répondit Quemot, en affichant une insouciance affectée. Je ne l’ai pas fait encore. Ceci est ma troisième œuvre.

— Les deux premières avaient-elles une pareille envergure ?

— Elles ne portaient pas sur la sociologie. Dans le temps, j’ai été sculpteur. Les statues que vous voyez autour de vous (il les désigna d’un geste large) sont mon œuvre. Et j’ai composé de la musique également. Mais, je me fais vieux et Rikaine Delmarre défendait toujours les arts d’application pratique contre les beaux-arts. Aussi je me suis décidé à étudier la sociologie.

— D’après ce que vous me dites, Rikaine Delmarre semble avoir été un grand ami à vous.

— Nous nous connaissions. A l’âge que j’ai, on connaît tous les Solariens adultes. Mais il n’y a pas la moindre raison pour que je ne vous accorde que Rikaine Delmarre et moi avions beaucoup de goûts communs.

— Quel genre d’homme était Delmarre ? (Assez étrangement, le nom même de l’homme évoqua, dans l’esprit de Baley, l’image de Gladïa et il se tourmenta au souvenir de la dernière vision qu’il avait eue d’elle, furieuse, le visage déformé par la colère.)

Quemot sembla réfléchir un instant avant de répondre :

— C’était un homme remarquable, dévoué à Solaria et à son mode de vie.

— Un idéaliste, en d’autres termes.

— Oui. Exactement. On peut s’en rendre compte en remarquant qu’il s’était porté volontaire pour son travail, en tant que… que fœtologue. C’était de l’art pratique, voyez-vous, et je vous ai déjà fait part de ses idées sur la question.

— Et y avait-il quelque chose d’inhabituel à se porter volontaire ?

— Comment osez-vous ? Excusez-moi, j’oublie toujours que vous êtes un Terrien. Oui, c’était très inhabituel. C’est l’une de ces tâches qu’il faut accomplir mais pour lesquelles on ne trouve jamais de volontaires. Ordinairement, il faut y assigner quelqu’un pour une durée donnée, quelques années en général, et ce n’est jamais agréable d’être désigné pour cet emploi. Delmarre, lui, s’est porté volontaire et pour assumer la charge sa vie durant. Il estimait que c’était quelque chose de trop important pour la laisser aux mains de gens désignés d’office et accomplissant leur besogne à contrecœur. Il m’avait fait partager ses vues sur ce problème aussi. Néanmoins, je ne crois pas que je me serais jamais porté volontaire. J’aurais été incapable d’une pareille abnégation. Et c’était un sacrifice d’autant plus méritoire de sa part qu’il était presque un fanatique de l’hygiène de soi.

— Je ne suis pas certain d’avoir encore bien compris la nature de sa tâche.

Les vieilles joues de Quemot s’empourprèrent légèrement.

— Ne croyez-vous pas que vous feriez mieux d’en discuter avec son assistant ?

— C’est ce que j’aurais déjà certainement fait, monsieur, répondit aussitôt Baley, si quelqu’un, avant vous, avait bien voulu prendre la peine de me prévenir que le Dr Delmarre avait un assistant.

— Je regrette que vous n’en ayez pas été informé, dit Quemot, mais la présence de cet assistant révèle mieux encore le sens qu’il avait de sa responsabilité sociale. Aucun titulaire du poste jusqu’alors n’en avait envisagé l’existence. Delmarre, par contre, estima nécessaire de découvrir un jeune ayant des dispositions pour cet emploi, et de le former lui-même, de façon à laisser derrière lui un successeur capable lorsque le moment serait venu pour lui de prendre sa retraite ou, après tout, de mourir. (Le vieux Solarien poussa un profond soupir :) Et pourtant, je lui survis, à lui, qui était mon cadet de tant d’années. J’avais l’habitude de jouer aux échecs avec lui. Bien des fois.

— Comment y arriviez-vous ?

Quemot leva les sourcils d’étonnement :

— Mais de la manière habituelle.

— Vous vous rencontriez réellement ?

Quemot parut horrifié :

— Quelle idée ! Si même j’avais pu endurer une pareille situation, jamais Delmarre n’y aurait consenti. D’être fœtologue n’avait pas émoussé sa sensibilité, et il était si vétilleux !

— Alors, comment diable…

— Mais, avec deux échiquiers, comme deux partenaires normaux jouent toujours ici. (Le Solarien haussa les épaules dans un mouvement brusque de tolérance.) Oui, évidemment, vous êtes un Terrien. Bon. Alors ses mouvements de pièces se répercutaient sur mon échiquier et les miens sur le sien. C’est quelque chose de très simple à réaliser.

— Connaissez-vous Mme Delmarre ? demanda Baley.

— Nous nous sommes parlé par stéréovision. Elle est une plastocoloriste, vous savez, et j’ai eu l’occasion de visionner certaines de ses œuvres mises en exposition. Du beau travail, en un sens, mais plus intéressant comme curiosités que comme œuvres d’art à proprement parler. Néanmoins, c’est intéressant et ça révèle un esprit alerte et intuitif.

— Est-elle capable d’avoir tué son mari, à votre avis ?

— La pensée ne m’a même pas effleuré l’esprit. Les femmes sont des êtres tellement surprenants ! Mais voyons, il n’y a guère matière à discussion, je crois. Seule Mme Delmarre était assez proche de Rikaine pour pouvoir le tuer. Jamais, sous aucun prétexte, Rikaine n’eût accordé à quelqu’un d’autre le privilège de lui parler en présence effective ; il était bien trop vétilleux. Peut-être vétilleux n’est pas le mot qui convient après tout : c’était simplement qu’il était dépourvu de toute anomalie, de toute dépravation. C’était un bon Solarien, bien équilibré.

— Vous considéreriez donc que d’avoir accepté de me voir était une dépravation ? demanda Baley.

— Oui, répondit Quemot, j’en suis persuadé. J’irai même jusqu’à dire que c’était du masochisme.

— Est-ce qu’on aurait pu tuer Delmarre pour des motifs politiques ?

— Hein ?

— Je me suis laissé dire qu’il était un Traditionaliste.

— Oui. Et alors ? Nous le sommes tous.

— Est-ce à dire qu’il n’y a pas de groupement Solarien qui ne soit Traditionaliste ?

— J’oserai dire, dit Quemot en mesurant ses mots, qu’il y en a certains qui pensent qu’il est dangereux d’être trop Traditionaliste. Ils se font une montagne du fait de notre faible démographie par rapport aux populations des autres mondes. Ils estiment que nous sommes sans défense contre toute agression éventuelle d’un autre des Mondes Extérieurs. Leurs craintes sont stupides et, d’ailleurs, ils ne sont pas nombreux. Je ne pense pas qu’ils représentent une force politique.

— Pourquoi les prétendez-vous stupides ? Y a-t-il quelque chose sur Solaria qui pourrait transformer l’équilibre des forces en dépit de votre grand désavantage numérique ? Quelque nouveau type d’arme, peut-être ?

— Une arme, oui, certes. Mais qu’elle soit nouvelle, non. Les gens dont je vous parle sont plus aveugles que stupides réellement. Ils ne se rendent pas compte que cette arme est sans arrêt en action et qu’elle est imparable.

Les yeux de Baley n’étaient plus que des fentes :

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