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Les monades urbaines [The World Inside - fr]

Электронная книга - «Les monades urbaines [The World Inside - fr]». Краткое содержание книги:

L’an 2381.
La Terre porte 70 milliards d’êtres humains, dont la devise est : Croissez et multipliez.
70 milliards d’humains qui croient avoir atteint l’utopie.
Qui vivent dans des tours de mille étages, les monades urbaines.
Qui jouissent d’une totale liberté sexuelle.
Qui ne quittent jamais leurs villes verticales et qui explorent rarement un autre étage que le leur.
Le bonheur règne sur Terre.
Qui en doute est malade. Qui est malade est soigné.
Qui est incurable est exécuté.
Dieu soit loué !
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Micael rêve d’aventures hors de Monade Urbaine 116.

Pourquoi ne pas sortir d’ici ? Doit-il passer tout le reste de sa vie suspendu sur son siège mobile, à connecter et reconnecter sans cesse ? Ah, sortir ! Respirer cette atmosphère nouvelle, non filtrée, chargée de senteurs végétales. Voir une rivière. Planer n’importe comment au-dessus de cette planète hérissée, pour y découvrir des endroits sauvages. Grimper sur la Grande Pyramide ! Nager dans un océan – dans n’importe quel océan ! De l’eau salée. Comme ce doit être étrange. Se trouver à l’air libre, la peau exposée à l’éclat chaud et brûlant du soleil, ou contempler le firmament sous la pâle lueur frissonnante du clair de lune. Le miroitement orangé de Mars. Au petit matin, sourire à Vénus.

— Tu sais, dit-il à son épouse, je crois que c’est possible. (Stacion l’écoute placidement. Elle est grosse de leur cinquième enfant, une fille, qui doit naître dans quelques mois.) Je peux m’arranger pour programmer une autorisation de sortir à mon nom. Je descends en vitesse et je sors avant que quiconque ne s’aperçoive de rien. Puis je courrai dans l’herbe. Je me dirigerai vers l’est. En suivant la côte, je remonterai jusqu’à New York. Ils ne l’ont pas complètement démoli. C’est Jason qui le dit. Ils ont simplement nettoyé autour. On l’a conservé comme une sorte de symbole funeste.

— Comment te nourriras-tu ? demande Stacion, pratique.

— Je vivrai de ce que me donnera la nature. De racines et de plantes sauvages, comme les Indiens. Je chasserai ! Les troupeaux de bisons – ces gros animaux bruns et placides. J’en choisirai un, je m’approcherai derrière lui, je bondirai sur son dos, juste sur la bosse graisseuse, et j’enfoncerai mes mains dans le poitrail, yank ! Il ne comprendra pas – plus personne ne chasse maintenant. Il tombera mort et j’aurai de la viande pour des semaines. Je pourrai même la manger crue.

— Il n’y a plus de bisons, Micael. Il ne reste plus aucun animal sauvage nulle part. Tu le sais bien.

— Je plaisantais. Tu crois que je serais vraiment capable de tuer ? Tuer ? Dieu soit loué, je suis peut-être bizarre, mais je ne suis pas fou ! Non, écoute, je m’approvisionnerai dans les communes agricoles. Je me glisserai la nuit et je prendrai des légumes, des steaks de protéines, tout ce que je trouverai. Les communes ne sont pas gardées. On n’imagine pas qu’un urbain puisse venir rôder ainsi. Comme cela je pourrai manger. Et j’irai à New York, Stacion ! Je verrai New York ! Peut-être même que j’y trouverai une société d’hommes sauvages – avec des bateaux ou des avions ; quelque chose qui puisse m’emmener de l’autre côté de l’océan. À Jérusalem ! À Londres ! En Afrique !

Stacion rit.

— Que je t’aime quand tu commences à faire ton anomo comme cela. (Elle l’attire contre elle. Elle pose la tête échauffée de Micael contre la courbe douce de son ventre.) Entends-tu l’enfant ? demande-t-elle. Chante-t-elle dans mon ventre ? Dieu soit loué, Micael, que je t’aime.

Elle ne le prend pas au sérieux. Personne ne le prend au sérieux, mais il partira. Tout en se déplaçant à l’intérieur du dièdre, à raccorder et à brancher des connections, il se voit voyageant de par le monde. Un projet lui tient particulièrement à cœur : visiter toutes les vraies villes qui ont servi à nommer les cités de Monade 116. Du moins celles qui existent encore. Varsovie, Reykjavik, Louisville, Colombo, Boston, Rome, Tokyo, Tolède, Paris, Shangai, Edimbourg, Nairobi, Londres, Madrid, San Francisco, Birmingham, Leningrad, Vienne, Seattle, Bombay, Prague, Chicago et Pittsburgh. Si elles ne sont pas totalement disparues. Et les autres. En ai-je oublié ? Il énumère à nouveau. Varsovie, Reykjavik, Vienne, Colombo. Il se perd. Ce n’est pas important. L’important est de partir, même si je ne peux pas faire le monde entier. Peut-être est-ce plus grand que je ne l’imagine. Mais au moins je verrai quelque chose. Je sentirai la pluie sur mon visage. J’entendrai le bruit du ressac. Mes pieds fouleront des plages de sable froid et mouillé. Et le soleil ! Le soleil, le soleil ! Le soleil sur ma peau !

Il est évident que certains savants doivent encore voyager pour visiter l’ancien monde, mais Micael n’en connaît aucun. Jason lui-même, pourtant spécialisé dans le XXe siècle, n’est certainement jamais sorti du bâtiment. Il aurait au moins pu aller voir New York ; ou alors n’en a-t-il pas eu le droit ? Cela lui donnerait un aperçu plus réel, plus humain, de ce qu’il étudie. C’est tout Jason ; il ne sortirait pas même s’il y était autorisé. Pourtant il devrait. J’irais, moi, si j’étais à sa place. Avons-nous été créés pour vivre toute notre existence dans un immense bloc de béton ? Micael a eu l’occasion de visionner quelques cubes de Jason sur l’ancienne époque, les rues à ciel ouvert, les voitures qui roulent, des petits bâtiments habités par une seule famille, ne comprenant pas plus de trois ou quatre personnes. Incroyablement étrange. Irrésistiblement fascinant. Bien sûr, cela avait fait faillite ; la civilisation entière longtemps ébranlée avait fini par craquer définitivement. Il fallait que les choses soient enfin organisées. Mais Micael comprend le charme de cette façon de vivre. Il ressent la force centrifuge qui appelle à la liberté. Il voudrait bien y goûter un peu. On ne peut pas vivre comme ils vivaient, mais on ne peut pas non plus vivre comme nous vivons. Pas tout le temps. Sortir. Faire l’expérience d’un monde horizontal, au lieu de tout considérer en fonction du haut et du bas. Nos mille étages, nos centres d’Accomplissement Somatique, nos centres sonores, nos sanctificateurs, nos éthiciens, nos ingénieurs moraux, nos conseillers, notre tout. Il doit exister mieux. Rien qu’une petite visite au monde du dehors – la sensation suprême de ma vie. Oui. Oui. Suspendu dans le dièdre obéissant sereinement aux impulsions imprimées à ses réflexes, il se fait la promesse de ne pas mourir sans avoir accompli son rêve. Il sortira. Un jour.

Son beau-frère, Jason, a alimenté sans le savoir le feu qui couve au plus profond de lui. Cette théorie qu’il avait exprimée d’une race spéciale urbmonadiale, un soir que Micael et Stacion étaient chez les Quevedo. Qu’avait dit Jason exactement ? Je travaille sur une idée selon laquelle la vie en milieu monadial engendrerait une nouvelle espèce d’êtres humains. Un type humain naturellement adapté à un espace vital relativement étroit et à un faible quotient d’intimité. Au début, Micael n’avait pas été convaincu. Le fait que des individus s’entassent d’eux-mêmes dans d’immenses tours ne lui semblait pas ressortir de la génétique, mais plutôt d’un conditionnement psychologique. Ou même d’une acceptation volontaire d’une situation générale. Mais plus Jason avait développé ses idées, plus elles étaient apparues justes et sensées. Quand il avait expliqué pourquoi personne ne sortait des monades urbaines, bien qu’il n’existât aucune véritable interdiction. Parce que nous reconnaissons que ce serait une fantaisie sans espoir. Nous restons ici, que cela nous plaise ou non. Et ceux à qui ça ne plaît pas, ceux qui éventuellement ne le supportent plus… eh bien, vous savez ce qui leur arrive. Micael le sait. La chute pour les anomos. Ceux qui restent s’adaptent aux circonstances. C’est ce que je nommerais l’adaptation sélective, impitoyablement dirigée depuis deux siècles. Et nous sommes tous devenus parfaitement adaptés à notre mode de vie.

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