La nurse anglaise
- Автор: Дар Фредерик
- Год: 2011
- Язык: французский
- ISBN: 978-2-265-06163-7
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «La nurse anglaise». Краткое содержание книги:
Elle le jugea cocasse dans sa petite pelisse de fourrure. L’air de quelque prince-enfant pour film pseudo-russe. Elle se demanda comment tant de malfaisance pouvait habiter un corps aussi dérisoire.
— Bonjour, chère Mary…
Ils ne s’étaient pas revus depuis l’hôpital.
David s’approcha de son fauteuil et se défit du pardessus qu’il jeta au pied du lit. Après quoi, il s’en fut prendre une chaise.
— Vous savez qu’ils se paniquent, tous, à votre propos. Ils redoutent que vous soyez gravement malade et envisagent déjà les hypothèses les plus stupides. Mais moi je vous « sens », Mary. Mieux : je vous « vis ». Je sais parfaitement à quoi m’en tenir à propos de votre comportement. Vous n’avez plus rien de commun avec eux ; votre mari, vos parents, votre fils vous sont devenus étrangers. Avant votre liaison avec le Norvégien, vous établissiez le prototype des convenances et de la vie honorable tracée au cordeau. Mais votre tempérament a explosé, Mary, vous avez découvert que vous n’étiez que feu et passion. Vous voilà placée devant cette alternative, ma chérie : vous claquemurer en vous-même ou fuir aux antipodes pour tenter de refaire une vie problématique. Moi, je préconise une troisième solution : retrouver votre cuirasse de soie et, derrière elle, vivre la vie qui vous tente.
« Cette dépression qui vous met officiellement en porte-à-faux avec l’existence, est en réalité un masque vénitien derrière lequel vous allez vous dissimuler. Pensez à la griserie que vous ressentirez, Mary. Vous demeurerez Faîtière marquise, mais vous lécherez le sexe des chauffeurs de taxi quand l’envie vous en prendra. »
Il s’animait en parlant, son visage s’était empourpré et sa voix dérapait en bout de phrase.
— Mary très chère, dès aujourd’hui feignez un mieux de votre état et « guérissez rapidement ». Il ne faut pas vous complaire dans une léthargie volontaire qui finirait par devenir une seconde nature.
Il ne la regardait pas mais, tout comme elle, observait le trafic fluvial. L’eau s’irisait de reflets surprenants produits par une luminosité issue du fond de l’horizon.
Le nain n’osait plus faire un geste ni proférer une parole, envahi qu’il était par un trouble enchantement teinté de nostalgie. S’il n’avait été certain de ressentir une passion forcenée pour sa nurse, il se serait cru amoureux de cette femme naguère abhorrée. Il se taisait « avec ferveur », se disant qu’il n’avait que trop parlé au cours de ses deux visites. A présent, le temps des silences était venu. Les mots ne serviraient plus à rien ; s’ils avaient eu une fonction à accomplir, elle devait être terminée.
Plus d’une heure s’écoula en méditation, rompue parfois par le halètement ou la sirène d’un steamer. Puis un médecin entra, flanqué de ses adjoints. Un gros homme couperosé à la calvitie plate et au nez traversé d’une cicatrice ancienne.
Sir David glissa de sa chaise et gagna la porte sans un mot, raflant au passage son pardessus de garçonnet sur le lit.
Il retrouva Victoria sur le parking ; elle l’attendait dans sa petite Hilmann en lisant un roman de Mary Higgins Clark. Sa muette patience lui fit chaud au cœur.
— Comment est-elle ? questionna la nurse.
— Je ne sais pas, avoua sir David. C’est le Sphinx.
41
Ils furent en mesure de fixer rendez-vous à Christina Hertford pour le mercredi soir. Victoria invita la grosse femme à dîner et lui annonça qu’elle la conduirait ensuite dans un appartement discret où elles renoueraient avec les pratiques de « la grande époque », ce qui fit pousser des gémissements d’aise à la puéricultrice.
Deux jours restaient à courir avant leurs merveilleuses retrouvailles. Ce laps de temps parut interminable au nain enfiévré. Il proposa à sa nurse de reprendre les équipées de naguère qui se terminaient toujours par la mise à mort d’une personne de rencontre. Il éprouvait en outre une certaine mélancolie en songeant au landau à l’intérieur duquel il avait vécu tant d’instants grisants. Ils partirent donc en chasse dans l’appareil habituel.
L’hiver se déchaînait dans toute sa rigueur. Un froid tranchant malmenait les visages et engourdissait les doigts à l’intérieur des gants. Ils hésitèrent à faire leur promenade coutumière dans Hyde Park. Par une aussi basse température, les gens oubliaient les bancs de flânerie et se déplaçaient rapidement, la tête engoncée dans leur col relevé.
Ils décidèrent de se réfugier dans la touffeur d’un grand magasin, endroit rêvé pour la mise à mort d’un quidam. Leur choix se porta sur Harrod’s, Brompton Road, lieu mythique où grouillait une population composée en grande partie de touristes. La gentry le fréquentait peu, lui préférant Fortnum and Mason dans le quartier de Piccadilly. L’on raconte, à propos de ce dernier, qu’un jour, l’un des clients se trouva nez à nez avec une dame qu’il pensait connaître mais dont il ne se rappelait pas le nom. Il la salua aimablement et lui demanda ce que faisait son époux.
« Toujours roi », lui répondit gentiment la dame.
Chez Harrod’s, ils se sentirent à leur aise. David s’enfonça dans l’ombre de la capote afin de dissimuler son visage qui n’était plus celui d’un enfant.
Ils circulèrent d’un hall à l’autre et prirent l’un des monumentaux ascenseurs qui les hissa dans les hauteurs de cette formidable nef, où l’on « trouve de tout ». Il n’y a pas si longtemps, on pouvait y faire l’emplette d’un petit avion de tourisme comme d’un éléphanteau, l’un et l’autre se trouvant exposés dans cette gigantesque caverne d’Ali Baba.
Après une longue déambulation d’étage en étage, sir David jeta son dévolu sur le département « confection dames ». Il y avait là un nombre restreint de pratiques qui ne s’intéressaient qu’aux toilettes exposées. Elles allaient et venaient, examinant les étiquettes, touchant les étoffes, décrochant certaines tenues pour les plaquer contre soi et juger du résultat dans les larges miroirs.
Des clientes, presque conquises, pénétraient dans une cabine d’essayage, nanties d’une robe ou d’une jupe.
— Occupons-nous de l’une de ces personnes, décida le nain.
Ils choisirent deux boxes contigus, communiquant entre eux par un simple rideau coulissant. Victoria sélectionna quelques vêtements et pénétra avec la voiture d’enfant dans celui de droite. Elle avait repéré tout près de là une personne basanée, à la chevelure noire et huileuse, affublée d’un tatouage violine au front et d’un petit diamant dans la narine droite. Cette dame ne tarda pas à les rejoindre dans le compartiment voisin. Sir David tenait sa sarbacane prête. Sa nurse observait leur proie par un interstice de la portière de séparation.
A un moment donné, la cliente qui venait de poser son sari entreprit d’enfiler le nouveau vêtement par la tête. Victoria fit coulisser le rideau sur sa tringle, découvrant à David le buste dodu de la femme. Le nain, toujours précis, souffla un grand coup dans la tige de bambou et la fléchette se planta dans l’omoplate entrelardée de sa victime. Cette dernière émit un léger cri de douleur ressemblant à une exclamation, du genre de celle qui nous échappe quand nous nous blessons avec une aiguille.
David ramena le dard avec prestesse tandis que sa compagne rajustait le tissu. De son côté, la pseudo-Orientale, croyant qu’elle avait été piquée par quelque épingle restée après la robe se débattait avec celle-ci.
Le couple évacua promptement sa cabine ; Victoria remit en place les effets qu’elle était censée avoir essayés. Elle se félicitait de leur stratagème du landau qui les rendait anodins.