La Bible amusante
- Автор: Таксиль Лео
- Год: 1904
- Язык: французский
- Жанр: Прочее юмористическое
Электронная книга - «La Bible amusante». Краткое содержание книги:
Eh bien! que représente-t-il donc, ce légendaire voyage? quel itinéraire moderne pourrait-on lui comparer, pour faire mieux ressortir le ridicule achevé de la relation biblique?… La mémorable marche des Hébreux à la suite de Moïse et Josué équivaut exactement à un voyage à pied que l’on ferait en partant de Paris pour descendre au sud-est jusqu’à Dijon et remonter ensuite au nord-est jusqu’à Liège, en Belgique. Paris, Dijon et Liège donnent, sur le globe, le même écart géométrique que Baal-Zéphon, Hazeroth et Jéricho. Un cul-de-jatte ne demanderait pas trois mois pour fournir ce parcours, et il se reposerait fréquemment en route! Les Israëlites y ont mis quarante ans. Inclinons-nous, et sourions devant cette colossale blague que le pigeon-canard a fait encore avaler aux dévots mystifiés.
Mais les croyants n’examinent rien et avalent tout. S’ils prenaient seulement la peine de réfléchir un peu, après avoir lu l’Exode, ils trouveraient au moins étonnant que l’auteur de ce livre, qui dit avoir été élevé en Egypte et y avoir longtemps vécu avant d’entraîner ses compatriotes à en sortir, n’ait pas un mot au sujet des monuments, des mœurs, des lois, de la religion, de la politique, de l’histoire de ce pays si renommé et alors en pleine civilisation; car, tout postérieur que soit le royaume d’Egypte au vaste empire des Indes et à celui de Chine, toujours est-il que les Egyptiens contemporains du prétendu Moïse occupent le premier rang parmi les nations civilisées de notre Occident; à cette époque florissaient Thèbes et Memphis, dont l’auteur de l’Exode semble ignorer l’existence, puisqu’il ne parle même pas de ces merveilleuses et opulentes cités, puisque leurs noms paraissent lui être inconnus. Quant aux puissants monarques qui régnaient alors, l’auteur sacré les appelle tous indifféremment Pharaon, ce qui est un titre, et non point un nom; le «pharaon», c’est le roi égyptien, comme un roi de Prusse est un «könig», comme une reine d’Angleterre est une «queen». Le prétendu Moïse, parlant de différents rois d’Egypte, leur attribuant des aventures en des temps placés à plusieurs siècles de distance et ne trouvant pour les désigner les uns et les autres que le nom de Pharaon, ressemble à un pseudo-historien qui, dans des récits de fantaisie concernant l’empire russe à diverses époques, citerait constamment «Sa Majesté Tsar», pour désigner les empereurs Ivan-le-Terrible, Pierre-le-Grand et Nicolas I, dont il ignorerait les noms; cet historien grotesque serait un maladroit, qui ferait rire de lui. Or, comment pourrait-on prendre plus au sérieux l’auteur de la Genèse et de l’Exode? Il connaît et cite les noms personnels de minuscules roitelets, quand il s’agit de royaumes sans histoire, c’est-à-dire absolument imaginaires, tels que ceux de Sodome, de Gomorrhe et de Gérare; mais, lorsque c’est le souverain d’un royaume réel, historique, important, qu’il met en scène, comme celui d’Egypte, alors sa science devient modeste au point de ne pas oser dire si le pharaon dont il parle est Touthmès, Aménophis ou Hôrus. En résumé, il précise, quand il croit qu’aucun contrôle de ses assertions n’est possible; il reste dans le vague, quand la grosse question est pour lui de ne pas trahir son ignorance par quelque fâcheux quiproquo, qui risquerait d’être un jour trop aisément démontré.
Les théologiens, qui ont proclamé que le Pentateuque est la plus pure expression de la vérité, ne prévoyaient pas les découvertes des Champollion, des Wilkinson, des Lepsius et autres savants égyptologues, lorsqu’ils fixèrent les dates de la chronologie du monde en se basant sur la Bible. Ainsi, d’après la Vulgate, c’est-à-dire selon saint Jérôme, la création du monde serait de l’an 4004 avant J.-C., et le déluge universel serait de l’an 3296; et tous les Pères de l’Eglise ont opiné du bonnet. Or, Ménès, chef militaire égyptien, qui fonda la première dynastie connue, en soustrayant son pays à la domination suprême de la caste sacerdotale, accomplit cette révolution 5,400 ans avant l’ère chrétienne, soit 1,400 ans avant la création et 2,100 ans avant le déluge. Les théologiens nous donnent aussi la date à laquelle Joseph, étant premier ministre d’un pharaon, établit Jacob et sa famille dans la terre de Gessen; c’est en 1962 avant J.-C.: et les Hébreux demeurèrent quatre, cent trente ans en Egypte; leur sortie est placée en l’an 1533, toujours selon les théologiens et la Bible. Mais, aujourd’hui, l’on possède, on a mis au jour et déchiffré les monuments historiques de l’Egypte; on a lu cette histoire écrite sur la pierre des temples et des obélisques, et l’histoire de cette période s’y trouve, établissant les règnes et les grands faits des Pharaons, notamment le pylône du temple de Karnak, découvert à Thèbes, qui énumère les 115 villes soumises par le pharaon Touthmès III, après sa victoire de Maggeddo; on connaît, et en détail, les quinze campagnes successives et toujours heureuses entreprises en Asie par ce prince. Or, ce règne glorieux, que la science des hiéroglyphes a éclairé d’une lumière si vive, brille au milieu des siècles où les fils de Jacob étaient censément en Egypte; et rien, dans ces monuments, rien, absolument rien ne relate le fameux gouvernement de Joseph; aucun de ces pharaons n’a songé à inscrire, sur les annales de pierre du royaume, la célébrité de son Richelieu!…
Bien mieux, le pharaon qui régnait à l’époque où, d’après l’auteur sacré, les Hébreux quittèrent l’Egypte, et, par conséquent, celui que nous allons voir tout à l’heure englouti par les flots de la Mer Rouge, périssant misérablement avec toute son armée, ce pharaon, en prenant les dates bibliques adoptées par les théologiens, ne peut être qu’Aménophis III. Or, son histoire est écrite au complet sur les monuments antiques, et elle ne concorde aucunement avec la narration de l’Exode. Ce prince appartenait à cette vaillante race des pharaons de la dix-huitième dynastie, souverains puissants et conquérants illustres, qui donnèrent à l’empire égyptien une splendeur et une étendue qui ne furent maintenues que par la dynastie suivante; ils firent la conquête de l’Ethiopie, de tout le pays des Arabes, de la Mésopotamie, du pays de Canaan, prirent Ninive et l’île de Chypre, eurent pour tributaires les Babyloniens, les Phéniciens, les Arméniens; en un mot, le succès de leurs armes s’étendit bien loin dans l’Asie occidentale. Touthmès IV, père d’Aménophis III, ne perdit pas le fruit des conquêtes du grand Touthmès; des monuments le représentent glorieusement régnant en 1550 avant J.-C., dix-sept ans avant l’époque où la Bible place la sortie des Hébreux d’Egypte. Quant à Aménophis III, les témoignages historiques de ses triomphes abondent: c’est lui qui fonda le temple de Louqsor; c’est en son honneur que fut élevée à Thèbes la statue si connue sous le nom de colosse de Memnon, statue qui le représentait et qui rendait des sons harmonieux lorsque les rayons du soleil levant venaient la frapper; on a la longue liste des rois et des peuples qui étaient soumis à ce pharaon, mort en pleine gloire sur son trône, et nullement noyé dans la Mer Rouge, mais somptueusement inhumé dans une des pyramides. En l’année où l’Exode le fait périr dans les flots obéissant à la baguette de Moïse, il achevait la conquête de l’Abyssinie, et plus tard il faisait encore de grandes expéditions en Asie; il mourut si peu à cette époque, que, tandis que l’Exode promène les Juifs dans la péninsule du Sinaï, il faisait bâtir le magnifique palais de Sholeb, dans la haute Nubie, et la partie sud du grand temple de Karnac, à Thèbes. Il laissa son immense empire à son fils Hôrus, qui châtia une révolte des Abyssins et continua les travaux de son père. Voilà l’histoire; elle contredit formellement la Bible.