Les salauds ont la vie dure
- Автор: Héléna André
- Серия: Maurice Debar #1
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Éditions E-dite
- ISBN: 978-2846083058
- Жанр: Военная проза
Электронная книга - «Les salauds ont la vie dure». Краткое содержание книги:
Feuilletons, romans d'aventure, BD endiablées, sérials comico-héroïques, chroniques tragiques d'une époque, petite histoire des Français, Les salauds ont la vie dure et sa suite, Le Festival des macchabées, sont tout cela et plus encore.
La multiplicité des talents littéraires d'André Héléna, son imagination, son sens de l'action, la pluralité de son écriture, l'acuité du regard font de cette saga unique une épopée hors du commun, dont la pertinence historique n'a rien à envier à celles des chroniques les plus averties. L'histoire vue par l'autre bout de la lorgnette, et un chef-d'œuvre d'un genre littéraire n'appartenant qu'à son auteur.
Naturellement, sitôt tourné l’angle de la rue, les boches arrêtèrent les frais. Ils durent aussitôt prendre le pas de course, eux aussi, pour essayer de me jointer. Il ne fallait pas rester dans la rue, sinon la comédie précédente allait recommencer, et ça jusqu’à ce que mort s’ensuive. La mienne, naturellement.
Il n’y avait, par chance, pas grand monde. Il était midi passé et les Lyonnais mangent ponctuellement. Seuls venaient à ma rencontre deux ouvriers et une vieille femme portant un cabas.
Quand ils virent surgir ce type maigre, échevelé, hagard, avec un Colt au poing, de saisissement ils s’arrêtèrent. J’espérais qu’il n’y aurait parmi eux aucun mouchard…
J’ouvris une porte, la lançai derrière moi et me précipitai dans l’allée. Au bout, un escalier sale et obscur grimpait vers les étages. Au-dessous de cet escalier s’ouvrait une porte. Je supposai que c’était les waters.
J’ouvris et me jetai dedans, à tout hasard, mais le pied me manqua. Avec horreur, je me sentis dégringoler dans le noir, pendant un siècle. Je repris contact avec un sol humide en écrasant une caissette qui avait dû contenir des dattes, dans les temps heureux.
Je me trouvais dans le noir absolu, car la porte s’était refermée automatiquement, meurtri sur tout le corps et saignant du nez. Parole, jamais de ma vie je n’avais descendu une échelle aussi précipitamment ! Car c’était une échelle de bois qui se trouvait là. Ce que j’avais pris pour les w.-c., c’était la cave, tout simplement, et j’y étais allé aussi franchement qu’un âne qui trotte.
Seulement fallait pas rester là. À tâtons, je m’éloignai vers le fond, de manière à ne pas être juste dans le champ si quelqu’un ouvrait la porte. Heureusement encore, dans ma chute, je n’avais pas perdu mon Colt. Au contraire, ma main, instinctivement, s’était crispée sur lui et je me demande même comment je n’avais pas lâché un coup de feu, en dégringolant.
Si les gens qui m’avaient vu entrer dans cette foutue baraque parlaient, les Allemands allaient fouiller l’immeuble de fond en comble, ce n’était que trop certain. Sinon, ils allaient se demander où j’avais pu passer et ça allait encore être une drôle de corrida. Au point où nous en étions, ils allaient tout mettre en œuvre pour me retrouver.
C’est à ce moment que j’entendis un bruit de pas au-dessus de moi. Brusquement, la porte de la cave s’ouvrit et je vis un type se pencher.
Je levai mon Colt, bien décidé à ne pas me laisser posséder comme un enfant. Avant qu’ils aient mon cuir, j’aurais de quoi faire plusieurs dizaines de portefeuilles avec le leur.
À la faveur de la pauvre lumière grise qui venait de la porte, je pus constater que, sans le faire exprès, puisque je n’y voyais rien et que j’étais parti à tâtons dans le noir, je m’étais assis derrière une caisse assez haute pour me cacher à la vue du mec dont la silhouette s’encadrait dans l’entrée.
Je me recroquevillai sur moi-même le plus que je pus. Le flic promena un faisceau de clarté jailli de sa lampe de poche sur mon nouveau palais et dit quelque chose en allemand, dans lequel il y avait nicht. Comme il referma aussitôt la porte, j’en conclus qu’il n’y avait vu que du feu, si l’on peut dire, et que j’étais passé à l’as.
Je commençais à reprendre espoir. S’ils fouillaient tout le coin, bien sûr, il y en avait pour un moment, mais ici j’étais à l’abri. C’étaient des types méthodiques. Ils avaient contrôlé ce cul de basse fosse, ils n’y reviendraient pas, persuadés qu’il était désert.
Effectivement, un moment après, un long moment, j’entendis les pas redescendre l’escalier. Ils avaient dû aller couper l’appétit à tous les locataires de l’immeuble en perquisitionnant chez eux à l’heure du repas. Surtout que je connaissais leur manière de procéder. Ils mettaient tout en bombe, ce n’était pas compliqué. Et sans dire un mot, encore, sans prononcer une parole, sans même répondre aux questions inquiètes du pauvre diable qui ne s’expliquait pas cette intrusion et qui aurait bien voulu savoir de quoi il retournait et ce qu’on pouvait bien lui reprocher.
Mais enfin, ils partaient, c’était l’essentiel. Et ils m’oubliaient dans mon coin. Une fois de plus, je venais de m’en tirer. Seulement il fallait être prudent, ce n’était quand même pas le moment de sortir triomphalement dans la rue et d’aller se taper l’apéritif au bistrot du coin. La fusillade devait avoir attiré pas mal de monde, et surtout des flics, comme par hasard. De plus, il suffisait de voir ma tenue pour se rendre compte que je ne sortais pas du bal des Petits Lits Blancs. Je devais vraiment avoir une tête abominable avec le sang qui continuait à couler de mon nez, la boue de cette cave, dans laquelle je m’étais roulé, sur mes vêtements et tous les horions que j’avais reçus marqués sur le corps. Le premier mec qui me rencontrerait appellerait aussitôt la police. Si je voulais sortir de là, il me fallait faire un brin de toilette. Je m’éclipserais quand je serais dans un état décent et seulement à la nuit tombée.
Malheureusement, cette cave manquait vraiment de commodités. Il me fallait déjà sortir de là pour trouver le nécessaire.
Je me dis qu’après tout c’est une tentative que je pouvais risquer. Les flics, je l’avais entendu, étaient sortis de l’immeuble après l’avoir fouillé. Ils étaient persuadés que je ne me cachais pas dans celui-ci, ce qui, entre parenthèses, tendrait à prouver que les passants ne m’avaient pas balancé. Maintenant qu’ils avaient fait leur petite promenade, c’était certain qu’ils n’allaient pas revenir. La maison était libre, je pouvais y aller.
Je grattai une allumette et je pus accrocher l’échelle. Ça ne m’étonnait pas de m’être cassé la figure. Ce qu’elle pouvait être raide ! On aurait dit qu’elle avait été construite pour un acrobate de cirque. Si un vieillard venait ici chercher du charbon, il descendrait toujours, bien sûr, comme moi, par exemple, mais pour remonter, bernique ! Faudrait aller chercher et le hisser avec des cordes.
Enfin, j’arrivai en haut. Je poussai timidement la porte et je risquai un œil. Le couloir était désert, la porte qui donnait sur la rue fermée. Un jour gris coulait de l’imposte.
J’émergeai de mon trou et je pris l’escalier qui menait aux appartements. À pas de loup, bien entendu, et mon Colt à la main, comme bien l’on pense. J’étais moulu de courbatures comme si on m’avait roué de coups. Ma chute dans l’escalier n’avait pas été du chiqué. Je me demandais encore, faut qu’il y ait un Dieu pour la canaille, comment je ne m’étais rien cassé.
Je grimpai donc précautionneusement jusqu’au premier étage. Il n’y avait qu’une porte sur le palier. Une carte de visite y était épinglée, sur laquelle on lisait : Madusse, tailleur pour dames.
Je heurtai deux ou trois fois, doucement. J’entendis un pas furtif, de l’autre côté de la lourde et la porte s’entrebâilla. La tête d’un homme apparut. Il avait un visage rond sur lequel on ne pouvait mettre aucun âge précis. Il était chauve, comme tous les types trop casaniers. Il avait des yeux glauques dans lesquels se devinaient une résignation et aussi une peur latente de tout ce qui peut se passer dehors, grimper l’escalier et heurter à votre porte pour vous apporter à votre propre domicile, où l’on est si bien, tous les emmerdements extérieurs. De plus, il devait être un peu myope, car il ne vit pas tout de suite le pétard pourtant respectable que je tenais à la main.
— Monsieur ? demanda-t-il, sans ouvrir complètement.