Les salauds ont la vie dure
- Автор: Héléna André
- Серия: Maurice Debar #1
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Éditions E-dite
- ISBN: 978-2846083058
- Жанр: Военная проза
Электронная книга - «Les salauds ont la vie dure». Краткое содержание книги:
Feuilletons, romans d'aventure, BD endiablées, sérials comico-héroïques, chroniques tragiques d'une époque, petite histoire des Français, Les salauds ont la vie dure et sa suite, Le Festival des macchabées, sont tout cela et plus encore.
La multiplicité des talents littéraires d'André Héléna, son imagination, son sens de l'action, la pluralité de son écriture, l'acuité du regard font de cette saga unique une épopée hors du commun, dont la pertinence historique n'a rien à envier à celles des chroniques les plus averties. L'histoire vue par l'autre bout de la lorgnette, et un chef-d'œuvre d'un genre littéraire n'appartenant qu'à son auteur.
C’est pour ça qu’elle était contente, la patronne, en me voyant ainsi arrangé, elle supposait que quelqu’un m’avait mis une trempe.
Ce n’était pas tout ça. Comment allais-je m’y prendre pour le contacter, Riton. Il savait que j’avais réussi à m’en tirer. Il devait se tenir sur ses gardes. C’est vrai qu’il ignorait absolument que j’étais rencardé. Il ne pouvait pas savoir que tout avait été combiné à l’avance, je veux dire le coup de téléphone, et que Mordefroy m’avait mis au courant de sa trahison.
Je ne risquais rien, je pouvais y aller franco. Il allait me recevoir à bras ouverts, le jean-foutre.
— Vous ne savez pas si Monsieur Riton est chez lui ? demandai-je à la patronne.
— Je ne sais pas, répondit-elle. Il est venu tout à l’heure, il a attendu un bon moment, paraît que vous aviez rendez-vous avec lui. Puis il s’est impatienté et il est parti.
Elle n’en avait jamais dit si long.
— Je vous remercie, dis-je. Je vais voir s’il est là.
Je grimpai doucement l’escalier. Non point que je me souciais de faire du bruit, mais parce que j’en profitai pour sortir mon feu de ma poche intérieure et le glisser dans celle de mon veston.
Puis je tapai tranquillement.
Naturellement, c’est Riton lui-même qui vint m’ouvrir. Quand il me vit, un tiers de seconde son visage se crispa, mais il sourit aussitôt de toutes ses dents.
— C’est maintenant que tu arrives ? Ben mon pote ! Je t’ai attendu tout l’après-midi.
— N’exagérons rien. On avait rendez-vous vers sept heures.
— Enfin, une bonne heure quand même.
— Je le sais, la patronne me l’a dit. Toujours aussi aimable, entre parenthèses.
— M’en parle pas. Depuis qu’elle sait que je fais partie de la boîte, elle ne peut plus m’encadrer et mes amis non plus.
Je me dis à part soi qu’il y avait de quoi et que je ne m’étais pas trompé.
Riton alla chercher deux verres et la bouteille de pastis.
— Et ton pote ? demanda-t-il innocemment.
— Mon pote, ricanai-je, il s’est fait descendre, mon pote !
— Non ? s’exclama-t-il, en s’arrêtant de servir.
— Si, répliquai-je. Et par tes petits copains encore. Il s’en est fallu d’un cheveu que je me fasse également ratatiner.
— Là, alors, tu me coupes bras et jambes.
Je pensai que je lui couperais encore autre chose volontiers, notamment la gorge, à cette peau de vache, mais qu’il fallait attendre un peu et que je ne savais pas encore trop comment j’allais m’y prendre.
— Oui, dis-je amèrement, il est mort comme un chien écrasé, au bord du trottoir. Ils l’ont tiré par le pied pour dégager la rue. Je ne sais même pas où ils l’ont mis.
— Eh bien ça, c’est la première nouvelle. Je ne suis pas passé au bureau de la journée, je n’en savais rien. Mais comment diable as-tu réussi à t’en tirer ?
— Je me suis planqué dans une cave. C’est-à-dire que j’y ai dégringolé bien involontairement. J’en suis ressorti il y a une heure.
— C’est là que tu t’es arrangé de cette manière ?
— Oui, c’est là.
— C’est un miracle que tu t’en sois tiré.
— À qui le dis-tu !
— Mais comment ça s’est passé ? Ils vous sont tombés dessus par hasard ?
— Oh non ! ce n’était pas par hasard. On a bel et bien été balancés.
— Mais par qui, bon sang ?
— Je n’en sais rien encore, mais tu peux être sûr que je le saurai.
— Qu’est-ce qui te fait croire qu’on vous a donnés ?
— Ils nous attendaient dans le bistrot où on avait rendez-vous, Jimmy et moi. Quand je suis arrivé, j’ai vu Jimmy sortir du bar, les mains en l’air. Quand il m’a vu, il a filé un coup bas à son ange gardien et il a mis les voiles. Alors moi, j’ai sorti mon flingue et j’ai foncé dans le tas. J’ai quand même eu la satisfaction d’en envoyer un faire connaissance avec le dieu Wotan. Malheureusement, ils ont démoli mon pauvre copain.
— Je suis atterré, dit cette ordure, mais rien ne prouve que ce ne soit pas du hasard. Ils l’ont peut-être sauté comme ça, puis tu es arrivé et, alors que personne ne te demandait rien, tu as bondi dans la sauce. Jimmy n’a sans doute pas eu le temps de t’expliquer le scénario.
— Bien sûr, dis-je, malheureusement quelqu’un me l’avait expliqué avant, à sa place. Alors j’ai téléphoné pour lui raconter le truc et lui donner le prétexte de sortir. C’est alors qu’ils l’ont sauté, en voyant que la proie leur échappait.
Les mâchoires de Riton s’étaient contractées.
— Qui t’a raconté cette salade ? dit-il sèchement.
— Un type des renseignements américains.
Il sauta sur place.
— Qu’est-ce que tu me chantes ? Il ne t’a pas dit qui c’est qui vous avait balancés aussi, non ? cria-t-il.
— Si, dis-je en sortant vivement mon feu de ma poche.
Riton eut un geste rapide vers sa fesse mais il abandonna tout espoir et leva les bras. Il était vert. Moi, j’étais toujours assis et je ne bronchais pas. Mais à la contraction de mes traits je devinais que mon visage, actuellement, ne devait pas ressembler à celui de Jean Marais.
— Ne fais pas le zouave, c’est un pétard qui part tout seul.
Il haussa les épaules.
— Tu ne deviens pas fou, des fois ?
Il s’efforçait au calme, mais sa voix tremblait.
— Non, répondis-je, le mec m’a affranchi en long et en large. Tu es un vrai salaud, une moisissure, un choléra. Je vais te mettre en l’air.
Ma voix à moi, au contraire, résonnait, sèche, déterminée. J’étais en pleine forme.
— Jimmy, c’était mon meilleur copain, tu saisis ? On avait travaillé ensemble à Paris. C’était un type franc comme l’or et serviable, et dévoué, un vrai frangin. Il a fallu qu’il vienne ici pour qu’une tante comme toi le fasse déquiller. Ce sont des trucs qui se payent. Cher.
— Je te jure…
— Ce n’est pas le moment de faire des faux serments. Tu es au bord de la fosse. Ne charge pas ton âme de péchés supplémentaires.
La seule chose qui m’embêtait, c’est que je me demandais comment j’allais le démolir. Si je me servais de mon revolver, ça allait faire un boucan infernal. Je regrettais de n’avoir pas le silencieux de Jimmy.
— Allez, dis-je en me levant, tourne-toi.
Je me levai, j’avais trouvé.
— Non ! hurla-t-il avec une espèce de sanglot dans la voix.
— Tourne-toi, répétai-je.
Cette fois il obéit.
— À genoux.
Il se laissa tomber à terre en pleurant. Là, c’était parfait. Il me tournait le dos et il était absolument à ma main.
Je saisis la bouteille de pastis sur la table, et, de toutes mes forces, je lui en expédiai un grand coup sur la nuque. Elle était presque vide, donc beaucoup plus dangereuse. Elle éclata en morceaux. Riton tomba en avant avec un hoquet.
Seulement je n’étais pas tout-à-fait sûr qu’il soit mort. Mais je finis par découvrir un marteau, dans la pièce à côté et je m’acharnai sur lui jusqu’à ce que le crâne soit broyé et que la matière cervicale apparaisse. Comme ça, j’étais tranquille. Encore un qui ne nuirait plus à personne.
J’allai me laver les mains, emportai le portefeuille et descendis l’escalier tranquillement. Il n’y avait pas eu le moindre bruit. Personne n’avait rien entendu.