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Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:

Citadelle est un livre particulier dans le sens où il n'a jamais été achevé ni retouché (ou très peu) par Saint-Exupéry. L'œuvre est restée à l'état de brouillon dactylographié imparfait avant d'être mis en forme, tant bien que mal, par l'éditeur. Saint-Exupéry aborde ici tous ses thèmes récurrents déjà visités dans ses précédents écrits: l'Amour, l'Apprentissage, la Création, Dieu, les Hommes, les Voyages, etc.
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Mais aussi cet avenir qui manque d'ennemis ne devient-il point � et tu agonises, et le sable crisse entre tes dents, et la palmeraie et le fleuve lourd et les chants des laveuses de linge chavirent lentement dans la mort.

Mais qui marche v�ritablement s'ab�me les chevilles aux pierres, lutte contre les ronces et s'ensanglante les ongles dans les �boulis. Car ils lui sont fournis tous les �chelons de son escalade dont il doit triompher, un � un. Et l'eau, il la cr�e lentement avec sa chair, avec ses muscles, avec les ampoules de ses paumes, avec les blessures de ses pieds. A brasser les r�alit�s contradictoires il tire l'eau de son d�sert de pierres � la force de ses poignets, comme le boulanger qui p�trit la p�te la sent peu � peu se durcir, s'augmenter d'une musculature qui lui r�siste, se nouer en n�uds qu'il doit rompre, et c'est qu'il commence de cr�er le pain. Ainsi de ce po�te ou de ce sculpteur qui d'abord travaillait le po�me ou la pierre dans une libert� o� il se perdait, libre qu'il �tait de faire sourire ou pleurer son visage, se pencher � droite ou � gauche, et dans une telle libert�, ne r�ussissant point � devenir. Mais vient l'heure o� le poisson mord et o� la ligne r�siste. Vient l'heure o� ce que tu voulais dire, tu ne l'as point dit � cause d'un autre mot que tu voulais garder, parce que cela aussi tu voulais le dire, et qu'il se trouve que ces deux v�rit�s te r�sistent. Et tu commences de raturer comme tu commences de p�trir dans ta glaise un sourire qui commence de te d�fier. Tu ne choisis point l'un ou l'autre, au nom d'une logique verbale, mais tu cherches la clef de vo�te de tes v�rit�s contradictoires, car rien n'est � perdre � et tu devines que ton po�me se fait ou qu'un visage va surgir de la pierre, car d�j� te voil� entour� d'ennemis bien-aim�s.

Ainsi n'�coute jamais ceux qui te veulent servir en te conseillant de renoncer � l'une de tes aspirations. Tu la connais, ta vocation, � ce qu'elle p�se en toi. Et si tu la trahis c'est toi que tu d�figures, mais sache que ta v�rit� se fera lentement car elle est naissance d'arbre et non trouvaille d'une formule, car c'est le temps d'abord qui joue un r�le, car il s'agit pour toi de devenir autre et de gravir une montagne difficile. Car l'�tre neuf qui est unit� d�gag�e dans le disparate des choses ne s'impose point � toi comme une solution de r�bus, mais comme un apaisement des litiges et une gu�rison des blessures. Et son pouvoir, tu ne le conna�trais qu'une fois qu'il sera devenu. C'est pourquoi j'ai toujours honor� d'abord pour l'homme, comme des dieux trop oubli�s, le silence et la lenteur.

LVII

Car il est beau d'�tre aussi jeunes, vous les d�sh�rit�s, les malheureux et les vaincus qui ne saviez lire dans votre h�ritage que la part de la mauvaise journ�e d'hier. Mais si je b�tis un temple et que vous y veniez composer la foule des croyants, si j'ai en vous jet� mes graines et vous r�unis l� dans la majest� du silence afin que vous soyez moisson lente et miraculeuse, o� voyez-vous qu'il y ait lieu de d�sesp�rer? Vous les avez connues, les aubes de victoire o� les mourants sur leurs grabats et les canc�reux dans leur pestilence et les b�quillards sur leurs b�quilles et les endett�s parmi leurs huissiers et les prisonniers parmi leurs gendarmes, tous, dans leurs divisions et leurs douleurs, se retrouvaient dans la victoire comme dans une clef de vo�te, apport�e � leur communaut�, et ces matins-l�, cette foule disparate devenait basilique pour le cantique de la victoire.

Tu l'as vu ainsi, l'amour, prendre, comme s'�tablissent des racines, avec retentissement soudain des �mes les unes sur les autres, peut-�tre m�me sous le coup du malheur qui tout � coup se fait structure et divine clef de vo�te pour tirer de tous la m�me part, la m�me face qui collabore � et la joie vient alors de partager son pain, ou d'offrir une place aupr�s de son feu. Tu faisais bien le d�go�t�, comme le podagre, avec ta maison minuscule que n'eussent m�me pas remplie tes amis, et tout � coup s'ouvre le temple o� seul l'ami entre, mais innombrable.

O� voyez-vous qu'il y ait lieu de d�sesp�rer? Il n'est jamais que perp�tuelle naissance. Et certes il existe, l'irr�parable, mais il n'y a rien l� qui soit triste ou gai, c'est l'essence m�me de ce qui fut. Est irr�parable ma naissance puisque me voici. Le pass� est irr�parable, mais le pr�sent vous est fourni comme mat�riaux en vrac aux pieds du b�tisseur et c'est � vous d'en forger l'avenir.

LVIII

L'ami d'abord c'est celui qui ne juge point. Je te l'ai dit, c'est celui qui ouvre sa porte au chemineau, � sa b�quille, � son b�ton d�pos� dans un coin et ne lui demande point de danser pour juger sa danse. Et si le chemineau raconte le printemps sur la route du dehors, l'ami est celui qui re�oit en lui le printemps. Et s'il raconte l'horreur de la famine dans le village d'o� il vient, souffre avec lui la famine. Car je te l'ai dit, l'ami dans l'homme c'est la part qui est pour toi et qui ouvre pour toi une porte qu'il n'ouvre peut-�tre jamais ailleurs. Et ton ami est vrai et tout ce qu'il dit est v�ritable, et il t'aime m�me s'il te hait dans l'autre maison. Et l'ami dans le temple, celui que, gr�ce � Dieu, je coudoie et rencontre, c'est celui qui tourne vers moi le m�me visage que le mien, �clair� par le m�me Dieu, car alors l'unit� est faite, m�me si ailleurs il est boutiquier quand je suis capitaine, ou jardinier quand je suis marin sur la mer. Au-dessus de nos divisions je l'ai trouv� et suis son ami. Et je puis me taire aupr�s de lui, c'est-�-dire n'en rien craindre pour mes jardins int�rieurs et mes montagnes et mes ravins et mes d�serts, car il n'y prom�nera point ses chaussures. Toi, mon ami, ce que tu re�ois de moi avec amour c'est comme l'ambassadeur de mon empire int�rieur. Et tu le traites bien et tu le fais s'asseoir et tu l'�cout�s. Et nous voil� heureux. Mais o� m'as-tu vu, quand je recevais des ambassadeurs, les tenir � l'�cart ou les refuser parce qu'au fond de leur empire, � mille jours de marche du mien, on s'alimente de mets qui ne me plaisent point ou parce que leurs m�urs ne sont point miennes. L'amiti� c'est d'abord la tr�ve et la grande circulation de l'esprit au-dessus des d�tails vulgaires. Et je ne sais rien reprocher � celui qui tr�ne � ma table.

Car sache que l'hospitalit� et la courtoisie et l'amiti� sont rencontres de l'homme dans l'homme. Qu'irais-je faire dans le temple d'un dieu qui discuterait sur la taille ou l'embonpoint de ses fid�les, ou dans la maison d'un ami qui n'accepterait point mes b�quilles et pr�tendrait me faire danser pour me juger.

Tu rencontreras bien assez de juges de par le monde. S'il s'agit de te p�trir autre et de te durcir, laisse ce travail � tes ennemis. Ils s'en chargeront bien, comme la temp�te qui sculpte le c�dre. Ton ami est fait pour t'accueillir. Sache de Dieu, quand tu viens dans son temple, qu'il ne te juge plus, mais te re�oit.

LIX

Si tu veux fonder des amiti�s, l� o� il n'est plus que partage des provisions et divisions du c�ur qui en d�coulent � car si tu veux qu'ils se ha�ssent, jette-leur des grains � retrouve le respect de l'homme, et sache que la tribu n'est respirable que l� o� nul ne critique l'autre. Quand tu penses mal de ton ami et que tu l'exprimes, c'est que tu ne l'as point rencontr� � l'�tage o� sont les hommes, celui de l'assembl�e quand elle est une, dans le temple. Et il ne s'agit l� ni d'indulgence ni de faiblesse ni de mollesse dans la vertu. Ta rigueur se situe ailleurs et ailleurs tu es juge. Et tu trancheras les t�tes s'il en est besoin sans d�faillir. Car encore une fois, tu condamnes � mort mais tu gu�ris d'abord le condamn� s'il est malade. Ne crains point ces contradictions dont ton langage insuffisant use pour parler sur les hommes. Car il n'est rien qui soit contradictoire sinon le langage qui exprime. Et il est une part du condamn� que tu livres au bourreau, mais il est une part que tu peux recevoir � ta table et que tu n'as point le droit de juger. Car il t'est ordonn� de juger l'homme mais il t'est ordonn� aussi de le respecter. Et il ne s'agit point de juger l'un et de respecter l'autre, mais le m�me. Ceci est un myst�re de mon empire, lequel n'est d� qu'� la maladresse du langage.

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