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Les ailes de la nuit [Nightwings - fr]

Электронная книга - «Les ailes de la nuit [Nightwings - fr]». Краткое содержание книги:

Le vieux Guetteur, Avluela la Volante, et Gordon, un Elfon, revenaient vers Roum, la ville aux sept collines.
Le Guetteur était las d'avoir usé ses yeux et ses sens à détecter l'invasion extraterrestre dont la Terre se croyait menacée. Il avait fini par perdre la foi dans le principe fondamental de sa Guilde.
Tout son univers allait pourtant basculer quelques heures plus tard. Sa jeune protégée Avluela était remarquée par le Prince de Roum qui abusait d'elle. Gordon, l'Elfon sans Guilde, reconnaissait soudain être un émissaire déguisé des envahisseurs qui apparaissaient bientôt au Guetteur au cours de sa veille. La Terre allait être conquise.
Désorienté, ses veilles de guet devenues vaines, le Guetteur gagna d'abord Perris où il ne rencontra qu'intrigues et luxure, puis tenta le pèlerinage de Jorslem. C'est là qu'il retrouva Avluela la Volante et que, de la Terre vaincue, naquit un nouvel espoir.
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Elle n’avait pas la pureté des Pèlerins. Bien qu’elle eût passé l’épreuve de la pierre d’étoile, elle n’avait pas triomphé de la chair comme doivent le faire les Pèlerins. Parfois, elle disparaissait la moitié de la nuit ou plus longtemps encore et je l’imaginais dans quelque ruelle, démasquée et râlant dans les bras d’un Serviteur. C’était son affaire, pas la mienne. Quand elle rentrait, je ne faisais jamais allusion à ses escapades.

Même dans les auberges, elle prenait la vertu à la légère. Jamais nous ne partagions la même chambre — aucune auberge pour Pèlerins ne l’aurait permis — mais nous avions généralement des chambres mitoyennes et elle me faisait venir chez elle ou entrait chez moi quand l’idée lui prenait. La plupart du temps, elle était nue. Une nuit, en Ogypte, elle atteignit le comble du grotesque : je la trouvai avec son masque pour tout vêtement, son corps pâle et satiné démentant l’austérité de la grille de bronze qui dissimulait sa face. En une occasion, elle oublia que je n’étais peut-être pas encore assez sénile pour ne pas la désirer. Elle examina mon anatomie rabougrie et desséchée et murmura d’une voix rêveuse :

— Je me demande comment tu seras après avoir suivi la cure de jouvence à Jorslem. J’essaye de t’imaginer rajeuni. Est-ce que tu me donneras du plaisir, à ce moment ?

J’éludai la question :

— J’ai donné du plaisir à des femmes en d’autres temps.

Olmayne supportait difficilement la chaleur et la sécheresse de l’Ogypte. Nous voyagions presque exclusivement de nuit. Dans la journée, nous ne quittions pas l’auberge. Les routes étaient encombrées en permanence. Les Pèlerins qui se rendaient à Jorslem étaient une multitude extraordinaire. Et nous nous interrogions sur le temps qu’il nous faudrait pour avoir accès aux eaux de jouvence, compte tenu de l’affluence.

— Tu n’as jamais été rajeuni, Tomis ?

— Jamais.

— Moi non plus. Il paraît qu’on n’admet pas tous ceux qui se présentent.

— La cure de rajeunissement est un privilège, pas un droit. Il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus.

— J’ai également entendu dire que tous ceux qui se baignent dans les eaux de jouvence ne sont pas forcément rajeunis.

— Je ne suis pas très au courant de ce problème.

— Il y en a qui vieillissent au lieu de rajeunir. Et d’autres qui rajeunissent trop vite et qui en meurent. C’est risqué.

— Et tu hésites à prendre le risque ?

Elle éclata de rire.

— Il faudrait être fou pour hésiter.

— Pour l’instant, tu n’as pas besoin d’une cure de jouvence. C’est pour des motifs d’ordre spirituel que tu dois aller à Jorslem, si je me souviens bien, pas pour prendre soin de ton corps.

— Quand nous serons arrivés, je m’occuperai des deux — de mon corps et de mon âme.

— Mais, à t’entendre, on a l’impression que le seul endroit que tu songes à visiter est la maison du renouvellement.

— C’est le plus important, répliqua-t-elle en se levant et en s’étirant voluptueusement. C’est vrai, je dois expier. Mais crois-tu que j’accepte de faire ce long voyage uniquement au bénéfice de mon âme ?

— En ce qui me concerne, c’est mon but.

— Toi ! Tu es vieux et tu n’as plus que la peau sur les os ! Tu as tout intérêt à t’occuper de ton âme — et de ta chair pendant que tu y seras. Pour ma part, perdre quelques années, je ne serais pas contre. Pas énormément. Huit ou dix, ce serait suffisant. Les années que j’ai gâchées avec ce crétin d’Elegro. Je n’ai pas besoin d’un rajeunissement complet. Tu as raison ! je suis encore en fleur. (Sa physionomie s’assombrit :) Mais si Jorslem est pleine de Pèlerins, peut-être qu’on ne me laissera pas entrer dans la maison de jouvence ! Qu’on me dira que je suis trop jeune, que je n’ai qu’à revenir dans quarante ou cinquante ans… Tomis, crois-tu que c’est ce qu’on me dira ?

— Il est malaisé de te répondre.

Maintenant, elle tremblait.

— Toi, ils te feront entrer. Tu es déjà un cadavre ambulant. Ils seront bien forcés de te rajeunir. Mais moi, Tomis… Moi, je n’accepterai pas qu’ils m’opposent une fin de non-recevoir ! J’obtiendrai ce que je veux, même si je dois, pour cela, démanteler Jorslem pierre par pierre !

Je me demandai dans mon for intérieur si elle était spirituellement en état de poser sa candidature pour le rajeunissement. L’humilité est une vertu recommandée quand on endosse la robe du Pèlerin. Mais, peu désireux de m’attirer ses foudres, je préférai garder le silence. Peut-être l’accès aux eaux de jouvence lui serait-il accordé en dépit de ses manques. J’avais mes propres soucis. C’était la vanité qui animait Olmayne. Mes mobiles à moi étaient d’une autre nature. J’avais longtemps erré de par le monde et fait beaucoup de choses — des choses loin d’être toutes vertueuses. J’avais plus besoin de laver ma conscience dans la cité sainte que de retrouver la jeunesse du corps.

Mais n’était-ce pas l’orgueil qui me faisait penser ainsi ?

6

Quelques jours plus tard, après avoir traversé un paysage calciné, nous atteignîmes un village. Des enfants manifestement terrorisés se ruèrent à notre rencontre, criant avec excitation : « Venez, venez, s’il vous plaît ! Venez, Pèlerins ! »

Ils s’agrippaient à nos vêtements.

— Qu’est-ce qu’ils disent, Tomis ? me demanda Olmayne, étonnée et manifestement irritée. Je ne comprends rien de ce qu’il racontent avec cet horrible accent ogyptien.

— Ils réclament notre assistance. (Je prêtai l’oreille aux clameurs des gamins.) La maladie de la cristallisation s’est déclarée dans ce village. Ils souhaitent que la Volonté prenne les malades en sa miséricorde.

Olmayne recula et je devinai sa grimace de dégoût derrière le masque. Elle agita les bras pour empêcher les enfants de la toucher.

— Nous ne pouvons pas ! s’exclama-t-elle.

— Il le faut.

— Mais nous sommes pressés ! Il y a foule à Jorslem. Je n’ai aucune envie de perdre mon temps dans cet affreux village.

— On a besoin de nous.

— Nous ne sommes pas des chirurgiens.

— Nous sommes des Pèlerins, répliquai-je posément. Les avantages attachés à notre état entraînent certaines servitudes. Si tous ceux que nous rencontrons sont tenus de nous accueillir, nous devons, en contrepartie, assister spirituellement les humbles. Viens.

— Je ne veux pas !

— Que pensera-t-on de ta conduite à Jorslem quand tu auras à rendre compte de ton comportement, Olmayne ?

— C’est une horrible maladie. Suppose que nous l’attrapions ?

— C’est donc cela qui t’inquiète ? Aie confiance en la Volonté. Comment espères-tu te renouveler si la grâce te fait défaut à ce point-là ?

— Crève, Tomis ! gronda-t-elle. Depuis quand es-tu aussi dévot ? Tu le fais exprès à cause de ce que je t’ai dit à l’entrée du Pont de Terre. Dans un moment d’égarement, j’ai eu la bêtise de t’insulter et, maintenant, tu es prêt à nous faire courir le risque d’attraper une terrible maladie pour te venger. N’y va pas, Tomis !

Je ne relevai pas l’accusation.

— Les enfants s’énervent, Olmayne. Veux-tu m’attendre ? Ou préfères-tu aller jusqu’au prochain village ? Je te retrouverai à l’hôtellerie.

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