Ce cher Dexter [Darkly Dreaming Dexter - fr]
- Автор: Линдсей Джеффри
- Серия: Dexter (fr) #1
- Год: 2005
- Язык: французский
- Год: Seuil
- ISBN: 2-02-063942-4
- Переводчик: Sylvie Lucas
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Ce cher Dexter [Darkly Dreaming Dexter - fr]». Краткое содержание книги:
Lui, c’est Dexter, expert au service médico-légal de Miami. Un homme tout à fait moral : il ne tue que ceux qui le méritent. Mais aussi très méticuleux : il efface toute trace de sang après avoir découpé les corps. Un jour, il est appelé sur les lieux d’un crime perpétré selon des méthodes très semblables aux siennes. Dexter aurait-t-il rencontré son alter ego ? Ou serait-ce lui qui. Impossible.
Pourquoi m’embêter avec un rêve, tout court ? Je n’en avais pas besoin. J’avais besoin de sommeil, et au lieu de dormir j’étais planté dans la cuisine en train de jouer avec une poupée Barbie. Je donnai encore une fois une pichenette à la tête : toc toc. Et puis d’ailleurs, à quoi rimait cette Barbie ? Allais-je parvenir à élucider toute cette affaire à temps pour sauver la carrière de Deb ? Comment allais-je me dépêtrer de LaGuerta alors que la pauvre faisait une fixation sur moi ? Et au nom de tout ce qu’il y a de sacré au monde, si tant est que ces mots aient un sens, quel besoin avait eu Rita de m’infliger ÇA ?
J’avais soudain l’impression d’être dans un mauvais feuilleton télévisé ; c’en était vraiment trop pour moi. Je trouvai de l’aspirine et m’appuyai contre le meuble de la cuisine afin de prendre trois comprimés d’un coup. Le goût me déplaisait fortement. Je n’ai jamais aimé les médicaments, quels qu’ils soient, si ce n’est d’un strict point de vue pratique.
Surtout depuis que Harry est mort.
CHAPITRE XVI
Harry ne mourut pas rapidement, ni facilement non plus. Il prit son temps, un temps long et terrible : le premier et dernier acte d’égoïsme de son existence. Il mit un an et demi à mourir, par petites étapes. Il déclinait pendant plusieurs semaines, puis luttait jusqu’à retrouver presque toute sa vigueur, nous laissant comme étourdis à force de chercher à deviner. Allait-il partir maintenant, pour de bon, ou avait-il réussi à triompher de la maladie ? Nous n’en savions rien, mais, parce qu’il s’agissait de Harry, il nous semblait idiot de baisser les bras. Harry faisait toujours ce qui était le plus juste, quel que soit l’effort à fournir, mais cela avait-il encore un sens quand il s’agissait de mourir ? Était-il juste de lutter, de résister et de faire subir aux autres une mort interminable, quand la mort viendrait de toute façon, quoi que Harry fasse ? Ou valait-il mieux s’éclipser avec grâce, sans faire d’histoires ?
À dix-neuf ans, je n’avais pas la réponse, même si j’en savais déjà beaucoup plus sur la mort que la plupart des gros lards boutonneux qui étaient avec moi en deuxième année à l’université de Miami.
Un bel après-midi d’automne, alors que je traversais le campus après un cours de chimie pour me rendre au club des étudiants, Deborah surgit à mes côtés.
« Deborah, lui lançai-je, prenant mon ton d’étudiant, tu viens boire un Coca avec moi ? »
Harry m’avait conseillé d’aller souvent traîner au club et d’y consommer des Coca. Il disait que c’était un bon truc pour avoir l’air normal et étudier le comportement des êtres humains. Comme toujours, il avait raison. Ce n’était pas génial pour mes dents, mais j’en apprenais tous les jours un peu plus sur cette race déplaisante.
Deborah, déjà bien trop sérieuse pour ses dix-sept ans, secoua la tête.
« C’est papa… » dit-elle.
Quelques minutes plus tard, nous étions dans la voiture et roulions vers l’hôpital pour malades en phase terminale où Harry avait été transféré. Le lieu en soi était mauvais signe. De toute évidence, les docteurs estimaient que Harry était prêt à mourir et qu’à présent il devait coopérer.
Harry n’avait pas bonne mine lorsque nous entrâmes. Il semblait si figé, son teint était si vert par contraste avec le blanc des draps que je crus qu’on arrivait trop tard. Sa longue lutte l’avait laissé émacié, décharné ; on aurait juré qu’une bestiole le mangeait de l’intérieur. Le respirateur à côté de lui sifflait, un souffle à la Darth Vader qui s’échappait d’une tombe vivante. Harry vivait encore, biologiquement parlant.
« Papa, lui dit Deborah en prenant sa main. J’ai ramené Dexter. »
Harry ouvrit les yeux et sa tête roula vers nous, comme si une main invisible l’avait poussée depuis l’autre côté du lit. Mais ce n’étaient pas les yeux de Harry. C’étaient des cavités d’un bleu trouble, ternes et vides, inhabitées. Le corps de Harry était peut-être vivant, mais ce n’était plus qu’une enveloppe creuse.
« Son état empire, nous dit l’infirmière. On cherche seulement à ce qu’il souffre le moins possible, maintenant. »
Et elle s’affaira avec une grosse seringue hypodermique sur un plateau, la remplit et la leva devant elle afin d’en expulser la bulle d’air.
« Attendez… » Ce fut un son si ténu que je crus d’abord que c’était le respirateur. Je regardai tout autour de la pièce et mes yeux finirent par tomber sur la forme inerte de Harry. Au fond du trou éteint de ses yeux luisait une petite étincelle. « Attendez… » répéta-t-il avec un léger signe de tête vers l’infirmière.
Elle ne l’entendit pas ou fit semblant de ne pas l’entendre. Elle s’approcha de lui et souleva délicatement son bras filiforme, qu’elle tamponna avec un morceau de coton.
« Non… » souffla Harry, de façon presque inaudible. Je jetai un coup d’œil à Deborah. Elle avait l’air d’être au garde-à-vous, figée dans une attitude d’incertitude totale. Je regardai à nouveau Harry. Ses yeux me fixaient intensément. « Non… » répéta-t-il, et je vis dans son regard une expression très proche de l’horreur à présent. « Pas de… piqûre… »
Je m’avançai et retins la main de l’infirmière, juste avant qu’elle n’enfonce l’aiguille dans le bras de Harry.
« Attendez », dis-je.
Elle leva les yeux vers moi et pendant une fraction de seconde il y eut une drôle de lueur au fond de son regard. Je fus si surpris que j’en tombai presque à la renverse. C’était une rage froide, une pulsion irrépressible et inhumaine, la conviction que le monde entier était sa chasse gardée. Ce ne fut qu’un éclair, mais je n’eus aucun doute. Elle aurait voulu me ficher l’aiguille dans l’œil pour l’avoir ainsi interrompue. Me la planter dans la poitrine et la tourner jusqu’à ce que mes côtes éclatent et que mon cœur lui saute entre les mains, et elle aurait pu alors serrer, tordre, arracher le peu de vie qui me restait. J’avais en face de moi un monstre, une chasseuse, une tueuse. C’était une prédatrice, une créature insensible et malfaisante.
Comme moi.
Mais son sourire mielleux revint presque aussitôt.
« Qu’est-ce qu’il y a, mon joli ? » me demanda-t-elle, jouant à la perfection son rôle de Dernière Infirmière si gentille.
J’avais l’impression que ma langue était bien trop grosse pour ma bouche et il me sembla mettre plusieurs minutes à répondre, mais je finis par réussir à dire :
« Il ne veut pas de piqûre. »
Elle sourit de nouveau : une expression magnifique qui se déposa sur son visage telle la bénédiction d’un dieu bienveillant.
« Ton papa est très malade, m’expliqua-t-elle. Il souffre beaucoup. » Elle leva la seringue et, comme au théâtre, un rayon de lumière vint l’éclairer depuis la fenêtre. L’aiguille étincela comme s’il s’était agi de son saint Graal personnel. « Il a besoin d’une piqûre, dit-elle.
— Il n’en veut pas, insistai-je.
— Il souffre », répéta-t-elle.
Harry dit quelque chose que je ne saisis pas. J’avais les yeux rivés sur l’infirmière, et elle sur moi : deux monstres qui se disputaient le même quartier de viande. Tout en continuant à la fixer, je me penchai vers lui.
« Je… VEUX… souffrir… » dit Harry.