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Ce cher Dexter [Darkly Dreaming Dexter - fr]

Электронная книга - «Ce cher Dexter [Darkly Dreaming Dexter - fr]». Краткое содержание книги:

Il est lui-même serial-killer quand il ne s’emploie pas à les traquer.
Lui, c’est Dexter, expert au service médico-légal de Miami. Un homme tout à fait moral : il ne tue que ceux qui le méritent. Mais aussi très méticuleux : il efface toute trace de sang après avoir découpé les corps. Un jour, il est appelé sur les lieux d’un crime perpétré selon des méthodes très semblables aux siennes. Dexter aurait-t-il rencontré son alter ego ? Ou serait-ce lui qui. Impossible.
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« Dexter ?… demanda-t-elle d’une voix douce, timide, ne sachant peut-être pas elle-même si elle préférait que je réponde oui ou non. Je… je ne pensais pas que tu viendrais.

— Eh si, me voilà ! » dis-je avec obligeance.

Elle mit un long moment à répondre, bien plus long qu’il ne semblait raisonnable. Puis elle finit par entrouvrir un peu plus la porte et me dit :

« Tu n’as qu’à… entrer… S’il te plaît… »

Si déjà son ton de voix faible, hésitant, qu’elle n’avait jamais pris avec moi auparavant, était quelque peu surprenant, imaginez ma stupeur lorsque je vis sa tenue. Je crois bien qu’il s’agissait d’un peignoir, ou plus exactement d’un négligé, étant donné la quantité négligeable de tissu qui le composait. Quel que soit le nom correct, c’était tout ce qu’elle portait ! Et, si bizarre que cela puisse paraître, je crois bien qu’elle s’était vêtue ainsi en mon honneur.

« S’il te plaît… » répéta-t-elle.

C’en était trop pour moi. Enfin quoi ! Qu’est-ce que j’étais censé faire maintenant ? J’étais encore tout bouillonnant de mon expérience interrompue avec le gardien ; des murmures de mécontentement me parvenaient toujours du siège arrière. Et un rapide tour de la situation dans son ensemble indiquait clairement que je ne cessais d’osciller entre ma chère Deb et mon Artiste préféré. Et voilà qu’à présent j’étais supposé faire un truc humain, comme… eh bien, quoi, au juste ? Elle ne pouvait tout de même pas avoir en tête de… Enfin, n’était-elle pas furax ? Qu’est-ce que c’était que ce binz ? Pourquoi moi ?

« J’ai expédié les enfants chez la voisine », dit Rita.

Elle referma la porte d’un petit coup de hanche.

J’entrai.

Je pourrais décrire ce qui se passa ensuite d’innombrables façons, mais aucune ne me paraît appropriée. Elle se dirigea vers le canapé. Je la suivis. Elle s’assit. Je l’imitai. Elle avait l’air gênée et tordait sa main gauche dans la droite. Elle avait l’air d’attendre quelque chose et, comme je ne savais pas trop quoi, je me surpris à repenser à mon travail inachevé sur Jaworski. Si seulement j’avais eu un peu plus de temps ! Tout ce que j’aurais pu faire !

Alors qu’il me venait quelques idées intéressantes, je pris soudain conscience que Rita s’était mise à pleurer doucement. Je la dévisageai un instant, m’efforçant de refouler les images du gardien écorché et exsangue. Je ne comprenais absolument pas pourquoi elle pleurait, mais, m’étant longtemps entraîné à imiter les êtres humains, je savais que mon rôle était de la consoler. Je me penchai vers elle et passai un bras autour de ses épaules.

« Rita, dis-je. Allons, allons. »

Ce n’étaient pas des mots qui cadraient exactement avec mon personnage, mais ils avaient été approuvés par de nombreux experts. Ils furent efficaces, en tout cas. Rita plongea en avant et vint enfouir son visage dans ma chemise. Je serrai un peu plus mon bras autour de ses épaules, ramenant ainsi ma main dans mon champ visuel. Il y avait moins d’une heure, cette même main tenait un couteau à viande au-dessus du gentil gardien. J’en fus presque pris de vertiges.

Et vraiment je ne sais pas comment tout s’enchaîna, mais voilà. Un instant, je lui tapotais le dos en répétant « Allons, allons », les yeux rivés sur les tendons de ma main, sentant la mémoire sensorielle palpiter dans mes doigts, l’onde de puissance et de brillance se propager tandis que le couteau explorait l’abdomen de Jaworski. Et l’instant d’après…

Je crois bien que Rita leva les yeux vers moi. Je suis à peu près sûr que je la regardai également. Et pourtant, curieusement, ce n’était pas Rita que je voyais mais un joli tas froid de membres exsangues. Et ce n’étaient pas les mains de Rita que je sentais sur la boucle de ma ceinture, mais le chœur d’insatisfaction de plus en plus fort qui s’élevait du siège arrière. Et un moment plus tard…

Eh bien, c’est tout simplement inconcevable. Juste là, sur le canapé…

Mais comment cela a-t-il pu se produire ?

Lorsque je grimpai enfin dans mon lit, j’étais absolument éreinté. En temps normal, je n’ai pas besoin de beaucoup de sommeil, mais ce soir-là j’avais l’impression que j’aurais pu aisément dormir trente-six heures d’affilée. Les nombreux rebondissements de la soirée, la fatigue nerveuse liée à tant de nouvelles expériences : cela m’avait vidé. Pas autant que Jaworski, certes, cette vilaine bestiole dégoulinante, mais cette soirée trépidante avait épuisé ma réserve d’adrénaline pour le restant du mois. J’étais incapable de comprendre ce que tous ces événements pouvaient bien signifier, à commencer par mon étrange impulsion à foncer dans la nuit de façon aussi incontrôlée et irraisonnée, pour finir par les trucs inconcevables qui s’étaient passés avec Rita. Lorsque je l’avais quittée, elle était assoupie et avait l’air beaucoup plus heureuse qu’avant. Mais ce pauvre Dexter, défait, détraqué, était de nouveau complètement largué. J’eus à peine le temps de poser la tête sur l’oreiller que déjà je dormais.

… et voilà que je me retrouvais au-dessus de la ville comme un oiseau sans os, souple et leste, et l’air froid se déplaçait autour de moi et m’entraînait, m’attirait là où le clair de lune ondulait sur l’eau, puis je fais irruption dans l’étroite et froide pièce des meurtres et là le gentil gardien lève les yeux vers moi et rit, il est étendu, les jambes et les bras écartés au-dessous du couteau, et il rit et sous l’effort son visage se tort, se transforme et maintenant ce n’est plus Jaworski mais une femme, et l’homme qui tient le couteau lève les yeux vers l’endroit où je flotte au-dessus des viscères rouges qui tournoient mais au moment où le visage se lève j’entends Harry derrière la porte et je me retourne juste avant de pouvoir voir qui est sur la table et…

Je me réveillai. J’avais un mal de tête atroce, à croire que mon crâne allait éclater. J’avais l’impression que je venais à peine de fermer les yeux, et pourtant mon réveil indiquait 5:14.

Un autre rêve. Un nouvel appel longue distance sur ma ligne aux abonnés absents. Pas étonnant que j’aie catégoriquement refusé de rêver pendant une bonne partie de ma vie. C’était si stupide, truffé de symboles tellement flagrants et stériles. Une mélasse d’angoisses totalement incontrôlable, un ramassis d’inepties exécrables.

Et maintenant je n’arrivais pas à me rendormir ; les visions infantiles me revenaient. S’il fallait absolument que je rêve, n’était-il pas possible que ce soit un peu plus à mon image : intéressant et original ?

Je me redressai et frottai mes tempes endolories. La terrible et assommante vague d’inconscience se retira goutte à goutte comme un sinus qui se vide, et je m’assis au bord de mon lit dans un état d’hébétement profond. Qu’est-ce qu’il m’arrivait ? Pourquoi fallait-il que cela tombe sur moi ?

Ce rêve m’avait paru différent, mais j’étais incapable d’expliquer quelle était cette différence et ce qu’elle signifiait. La fois d’avant, j’avais été absolument certain qu’un nouveau meurtre était sur le point de se produire, et je savais même où. Mais cette fois…

Je me levai en soupirant et me rendis à pas feutrés dans la cuisine pour boire un verre d’eau. La tête de Barbie fit toc toc comme j’ouvrais le frigidaire. Je restai là à la regarder tout en avalant à petites gorgées un grand verre d’eau froide. Les yeux bleus brillants soutenaient mon regard, sans ciller.

Pourquoi avais-je rêvé ? Était-ce la tension nerveuse des aventures de la veille qui refluait de mon inconscient maltraité ? Je n’avais jamais senti de tension auparavant ; au contraire, il s’était toujours agi pour moi de libérer toutes les tensions. Bien sûr, je n’avais jamais été aussi proche de la catastrophe. Mais pourquoi en rêver ? Certaines des images étaient terriblement évidentes : Jaworski, Harry et le visage invisible de l’homme au couteau. Non mais vraiment ! Pourquoi venir me déranger avec cette psychologie à deux balles ?

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